chapter 20: Cauchemar

J'eu du mal à trouver le sommeil. Je restai un long moment allongé sur les draps, à contempler la pénombre. Je pensai à tout et à rien, ni vraiment serein, ni vraiment inquiet. J'étais juste incapable d'arrêter le flot confus de mes pensées.

Quand je me laissai déborder par des idées sombres, il me suffisait de contempler les deux drakenides assoupis contre moi. Mes angoisses s'apaisaient et je retournai aussitôt dans l'instant présent. Mais je continuai de me poser tout autant de questions.

Je fini par me lever sans bruit. Mes yeux s'étaient habitués à l'obscurité. La lumière des croissants de lune me suffisait amplement. Je me servis un grand verre d'eau que je bus d'une traite. Je ressentais encore un léger tiraillement dans mes muscles, et une gêne secondaire au creux de mes reins. Le bain m'avait fait du bien. Mon corps reprenait vite des forces. Peut-être grâce à la magie des drakenides.

Mon esprit, en revanche, n'était toujours pas décidé à s'assoupir. Je sortis sur le balcon pour respirer l'air nocturne.

Le vent était frais. La brise me fit frissonner, sans réussir à me chasser d'ici. Drakomaï se confondait avec le ciel tapissé d'étoile. La lueur des deux lunes se reflétait sur le lac, dont les nombreux bras se perdaient dans les forêts de la caldeira. Des centaines de points colorés brillaient tout autour de nous. J'ignorai s'il s'agissait de cristaux, d'arbres et de fleurs qui réagissaient à la magie des drakenides, ou bien de feux et de bougies allumés par des humains. Je m'accoudai à la balustrade pour contempler toutes ces lumières scintiller dans la nuit.

Je me rappelai d'Ashkelon. Depuis les murailles du château, j'avais passé de nombreuses nuits à contempler la vue imprenable sur la capitale assoupie. Emerveillé, souvent. Puis inquiet, quand les feux des campements militaires avaient peu à peu encerclés la ville. J'entendis soudain des échos lointains résonner dans ma tête. Des cris. Le fracas des armes. Des voix furieuses qui m'accablaient de reproches. Les railleries cruelles d'Adraxas.

La main chaude de Nerei se posa sur mon épaule. Son cœur de feu m'enveloppa aussitôt et le froid disparu.

– Tu devrais dormir.

– Toi aussi.

Il m'adressa un sourire. Ses pupilles blanches luisaient dans le noir. Elles avaient la blancheur des deux lunes. Leurs rayons se reflétaient sur les cornes dorées du dragon.

– C'est à cause de moi que tu es réveillé ?

– Non. Moi non plus, je ne dormais pas bien.

Je ne lui demandai pas pourquoi. Nerei s'accouda près de moi et se perdit dans la contemplation du paysage. J'appréciai cette compagnie silencieuse. Il était plus facile de cesser de penser quand il était à mes côtés.

– Nous t'avons fait vivre beaucoup de choses ces derniers jours, dit-il doucement. J'aurais aimé te préserver d'un tourment supplémentaire.

– Ce n'est rien, dis-je en haussant les épaules. En fait, je m'y attendais.

Zmei nous avait avertis. Je n'avais cessé d'y penser depuis notre rencontre et mon arrivée ici.

– Je ne peux pas dire que je suis serein, mais j'ai connu pire. J'ai failli être livré à des drakenides en colère.

La remarque le fit de nouveau sourire. Ses yeux noirs étaient étonnements expressifs, même dans la pénombre. Je ressentais toute la douceur et l'affection de son regard. C'était étrange. Pas désagréable, mais étrange. Comme souvent avec eux. J'aurai trouvé plus facile qu'ils me traitent comme un simple objet sexuel. Surtout avec la convoitise insatiable d'Ataek. Mais chacune de leurs marques d'attention me rappelaient que je n'étais pas que ça à leurs yeux.

L'épaule de Nerei touchait la mienne. Je sentais la caresse de ses écailles. La chaleur de sa peau. Le vent nocturne porta jusqu'à nous une odeur de terre humide et l'hululement lointain d'un animal.

– Nous n'en avons pas vraiment parlé, mais quand viendra le temps, je ne veux pas que tu te contentes de te rendre à l'esplanade pour répéter ton serment à Ataek. Je voudrais que tu le fasses comme tu aurais dû le faire si tu étais venu à Drakomaï de ton plein gré. Qu'il te réclame dans les règles.

Je me redressai sans répondre, le regard perdu dans la contemplation de Drakomaï.

Que je bivouaque aux portes de la ville en attendant l'aube pour me rendre au Naos. Que je traverse le temple des guerriers avant d'atteindre l'esplanade, pour y attendre les dragons. J'y avais déjà songé. Encore plus maintenant que j'avais vu Ataek se battre pour moi. Je me demandai s'il y avait pensé, lui aussi. Cette idée me donnait des frissons.

– Tu le mérites, Soren.

Il se redressa à son tour. Une émotion étrange nouait ma gorge. La chaleur de ses doigts contre ma joue la chassa à peine.

– On t'a déjà privé de beaucoup de choses. Je ne veux pas qu'on puisse t'enlever ça aussi. Je voudrais te voir dans une armure et que tout le monde sache que tu es un véritable chevalier.

Un poids oppressait ma poitrine. J'inspirai profondément, sans réussir à le soulager. Je voulais lui répondre mais j'avais peur que le timbre de ma voix ne trahisse mon émotion. Je ne réussis qu'à chuchoter.

– Il faut que j'y réfléchisse.

– Oui. Tu as tout ton temps, Soren.

Ses lèvres effleurèrent à peine les miennes. Ses baisers étaient toujours tendres et naturels, comme s'il me connaissait depuis toujours. C'était troublant, mais j'aimais cette sensation.

– Viens. Essayons de dormir vraiment, cette fois.

Ataek n'était qu'une débauche d'écailles et de cheveux rouges, étendu en travers du lit. Il dormait toujours. Je me glissai près de lui tandis que Nerei m'enlaçait étroitement.

Le ciel de lit réagit à sa présence. Les pierres précieuses incrustées se mirent à scintiller au-dessus de nous. Elles représentaient la voûte céleste et les constellations. Dans le noir, elles étaient aussi belles que les vraies étoiles. Nerei les éteignait d'ordinaire. Cette fois, il n'empêcha pas sa magie de les atteindre, et les laissa allumées pour moi. Je les contemplai un long moment, toujours perdu dans mes pensées, jusqu'à ce que le sommeil finisse par avoir raison de moi.

Il faisait jour lorsque je rouvris les yeux. J'avais la conviction de ne pas avoir assez dormi, et le sentiment que je ne me rendormirai plus. J'avais fait des cauchemars. Je ne m'en rappelai déjà plus mais un sentiment de malaise persistait en moi.

J'étais étendu sur le dos, la tête enfoncée dans un énorme oreiller. Je sentais la main de Nerei posée sur mon ventre, juste sous mon nombril, et un poids conséquent sur ma poitrine. Une masse de cheveux écarlates et deux longues cornes brunes envahissaient mon champ de vision.

Je servais d'oreiller à Ataek. Sa joue et l'une de ses mains reposaient sur mes pectoraux. Son souffle régulier caressait mon torse. Je me concentrai sur lui pour oublier les appels lancinants du prince qui résonnaient encore dans ma tête.

Une bulle de chaleur éclata autour de moi. Les yeux brillants d'Ataek s'ouvrirent pour se plonger dans les miens. Son visage paisible s'assombrit aussitôt. Il fronça les sourcils et souleva sa tête. Ses doigts aux longues griffes caressèrent ma joue.

– Tout va bien ? dit-il à voix basse.

– Oui.

Il ne me crut pas, je le vis aussitôt à son expression. Il souleva son corps pour me surplomber. Je n'avais pas envie de lui parler de mes cauchemars. Je voulais oublier les cris torturés de mes compagnons d'armes.

Je me redressai sur le lit pour enfoncer mon dos dans l'énorme oreiller, ni vraiment assis, ni vraiment allongé. La main de Nerei chuta sur le matelas. Il réagit à peine, encore à moitié endormi. Elle revint caresser mon ventre avant de s'immobiliser de nouveau. Je glissai mes doigts dans les cheveux rouges d'Ataek. Il me dominait de toute la beauté de son corps drakenide. Il me contempla longtemps, sans rien dire.

Et puis glissa entre mes cuisses.

Une bouffée de chaleur enfla depuis mon aine. Je me tendis par anticipation et pliai les genoux, les pieds enfoncés dans le matelas. Sa langue traça un sillon brûlant le long de mon torse. Il embrassa ma peau, mordilla mes muscles. Chacun de ses baisers envoyait des frissons brûlant sur mon épiderme couvert de chair de poule.

Puis il m'engloutit dans la chaleur de ses lèvres. Mon corps se souleva dans un soubresaut. Je me sentis durcir dans sa bouche, en proie à un plaisir intense. Mon bas-ventre était en feu.

Il me suçait avec une passion incroyable, comme à chaque fois que je me retrouvai à sa merci. J'en perdis la raison, pris dans une fournaise. Ses lèvres m'entouraient étroitement, me caressaient tout entier, m'avalaient si profondément qu'elles atteignaient mon aine. Je crispai mes doigts dans son cuir chevelu, juste entre ses cornes. Un gémissement rauque franchit ma gorge. Il se recula en aspirant mon sexe, suçota mon gland jusqu'à me rendre crispé de plaisir. Il m'engloutit de nouveau et je redécouvris la signification du mot volupté.

La main de Nerei s'agita sur mon ventre. Il commença à caresser ma peau, rajoutant des sensations étourdissantes à celles qui me faisaient déjà frémir. Sa paume épousait les muscles de mon ventre, contractés par le plaisir.

Ataek me fit aller et venir beaucoup plus vite dans sa bouche. Ses lèvres s'étaient resserrées autour de moi, aussi douces qu'insatiables. Il voulait me faire jouir rapidement et je ne cherchai pas à le retenir.

Je jouis dans sa gorge, la tête basculée en arrière dans un spasme d'extase. Des points lumineux dansèrent derrière mes paupières alors que je me laissai emporter par l'orgasme. Ataek ne me relâcha pas tout de suite, avala jusqu'à la moindre goutte de ma semence. Son regard brillait d'amusement autant que de satisfaction.

– Est-ce que tu te sens mieux ? dit-il en se rallongeant.

Il croisa les mains sur mon ventre pour y appuyer son menton, installé entre mes jambes. Nerei s'était accoudé près de nous. Il caressait d'une main distraite les reins creusés d'Ataek.

– Non.

Je frémissais encore de plaisir. Mon sexe humide et flasque était retombé contre mes cuisses. J'aurai pu me sentir bien mais je n'éprouvai qu'une sensation de vide.

J'avais envie qu'ils me prennent. Nerei ou lui, ou bien chacun leur tour, et même tous les deux, quitte à ce qu'ils me déchirent.

Je repliai un peu plus les genoux pour écarter les cuisses.

– Je veux que tu viennes en moi, avouai-je d'une voix rauque.

Je voulais le sentir profondément enfoui au creux de mes reins, sa semence remplir mon ventre. Mon propre plaisir m'importait peu du moment que j'éprouvai à nouveau cette sensation. J'avais l'impression qu'il n'y aurait que ça qui me permettrait d'oublier mes cauchemars. C'était une solution primaire. Je n'arrivai même pas en avoir honte.

– Moi aussi, gronda Nerei en embrassant l'épaule d'Ataek. J'ai envie de vous faire l'amour.

La libido d'Ataek n'en demandait pas tant. Je vis son regard vaciller et la chaleur devint soudain suffocante. Son érection matinale était devenue solide.

Il se hissa de nouveau au-dessus de moi, ses genoux entre mes cuisses, prenant appui de chaque côté de mes flancs.

– Tout ce que vous voudrez, murmura-t-il en effleurant ma bouche.

Je l'embrassai sans hésiter. Je refermai mes jambes autour de lui, m'agrippai à ses épaules. Son torse se plaqua contre le mien. Il devait sentir mon cœur battre à tout rompre. Nerei nous surplombait tous les deux. Il s'était écarté un instant. Il saisit l'un mes poignets, enduisit mes doigts de quelque chose de frais et d'humide.

Il voulait que je prépare Ataek pour lui. Cette simple idée fit violemment revenir le sang dans mon aine et je raffermi ma prise contre la nuque d'Ataek. Mon autre main glissa le long de son échine, prise entre la cambrure de son dos et le torse brûlant de Nerei. Sa langue envahissait toujours ma bouche, l'accaparait de baisers intenses. J'aurais pu être intimidé si je n'avais pas été si impatient. L'anneau de ses muscles tressaillit contre mes doigts. Je l'humidifiai d'abord de l'onguent dont Nerei m'avait enduit. Je n'avais plus fait ça depuis des années. J'avais oublié à quel point c'était intime et excitant.

– Vas-y, gronda-t-il contre ma bouche.

J'enfoui mes doigts à l'intérieur de son corps. Ses chairs étaient brûlantes. Je sentis ses muscles se contracter autour de moi. J'avais l'impression que mon cœur allait exploser.

Il relâcha soudain mes lèvres pour appuyer son visage contre mon cou. Un grondement sourd s'échappa de nouveau de sa gorge alors que je bougeai lentement en lui. Nerei nous dévorait d'un regard incandescent. Je le sentis présenter ses propres doigts contre mon entrée. Je les accueilli en hoquetant de plaisir. Nerei n'était jamais brusque, pas vraiment doux non plus. Avec lui, la douleur devenait plaisir. Il fouillait mon corps avec un mélange de délicatesse et d'exigence qui me laissait toujours à bout de souffle. Il me rendait impatient en même temps qu'il me comblait, me poussait aux portes de la frustration. J'étais loin d'avoir son expérience mais je m'efforçai de traiter Ataek avec la même rigueur. Je me rappelai à quel point c'était bon de maltraiter ainsi un amant. C'était encore plus délicieux de penser qu'il s'agissait d'Ataek.

Son souffle court chatouillait ma gorge. J'avais perdu depuis longtemps le contrôle de ma propre respiration. Son érection dure comme de la pierre était piégée entre nos deux torses. Il la pressa volontairement contre la mienne, provoquant une vague de plaisir intense qui déferla sur moi.

– Ça suffit. Viens.

Ma propre voix me parut aussi rauque que suppliante. Je me sentais assez élargi. Maintenant, j'avais hâte qu'il me prenne. Je les enserrai entre mes genoux, contractait le moindre de mes muscles. Ataek saisit mes hanches. Mon corps s'enfonça un peu plus dans l'oreiller. Il riva son regard dans le mien et mon univers se réduisit à ses prunelles.

Il s'enfonça d'une seule poussée et commença aussitôt à aller et venir en moi. Je m'accrochai à son dos, sentant ses muscles rouler sous mes doigts. Il m'élargissait de force, m'assaillant de sensations variées qui me firent gronder. Je basculai la tête en arrière, envahi par le plaisir de le sentir enfin me prendre.

Son corps se plaqua contre le mien. Au gémissement qu'il poussa, je compris que Nerei venait de le pénétrer aussi. Son corps nous surplomba soudain alors qu'il prenait appui au matelas d'un bras tendu. J'entrouvris les paupières. Son regard me fixait intensément par-dessus l'épaule d'Ataek.

Je m'agrippai à la nuque de Nerei. Son corps nous oppressa un peu plus pour alors qu'il venait chercher mes lèvres. Ses coups de rein puissants se répercutèrent en moi à travers les hanches d'Ataek.

C'était incroyablement bon.

Les sensations devinrent indescriptibles. Je sentais le poids de leurs deux corps m'écraser sans m'étouffer. Je resserrai mes jambes autour d'eux, suffoqué de plaisir. C'était comme si Nerei nous possédait tous les deux. C'était lui qui décidait de la cadence, avec toute sa passion et son exigence. Ses mouvements devenaient ceux d'Ataek. Il nous faisait l'amour par vagues profondes et régulières. J'avais l'impression de sentir la verge d'Ataek pulser tout au fond de moi mais que c'était Nerei qui s'enfonçait entre mes cuisses. Je soulevai mes hanches pour venir à leur rencontre. Je m'entendais gémir à quel point c'était bon, sans même avoir conscience de formuler des mots cohérents. Pris entre nos deux corps, Ataek semblait en proie à un plaisir intense. J'étais ensorcelé par l'expression éperdue que je voyais sur son visage.

Les mouvements de Nerei devinrent plus profonds. J'avais l'impression de ne plus faire qu'un avec eux. La chaleur de leurs cœurs de feu devenait étouffante, à moins qu'il ne s'agisse de celle de leurs deux corps qui épousaient le mien. La poitrine d'Ataek se pressait contre la mienne à chaque fois que Nerei s'enfonçait en lui de ses brusques coups de rein. Mon sexe était prisonnier de la friction de nos corps. C'était beaucoup trop délicieux.

L'une de leur main s'était refermée autour de moi. J'ignorai laquelle. Je n'en avais pas besoin pour jouir. Le plaisir qu'ils me donnaient était déjà immense. Il saturait mes sens et je ne percevais plus rien d'autre. Mon monde se limitait à trois choses chaque parcelle de ma peau en contact avec la leur, leurs grondements satisfaits et l'éclat de leurs yeux de drakenides.

Nerei nous fit atteindre l'extase tous les trois en même temps. J'étais tellement à vif que je n'aurais pas su dire combien de temps dura mon orgasme. Aussi longtemps que je sentis Ataek se répandre à l'intérieur de moi, prisonnier de leur étreinte.

Ce n'était pas seulement physique. C'était comme si mon corps ne m'appartenait plus. Je me sentais trembler, dévasté par des émotions beaucoup trop intenses.

Je n'avais jamais aussi pleinement éprouvé la sensation d'appartenir à quelqu'un. D'être leur esclave. Et c'était incroyablement bon. Tellement que j'avais l'impression que ma poitrine allait exploser.

– Soren ?

La voix d'Ataek était incertaine. Il souleva mon bras avec beaucoup de douceur. Je n'avais pas conscience de l'avoir passé en travers de mes yeux. Leurs prunelles me fixaient, aussi inquiètes que curieuses. Les mots restèrent bloqués dans ma gorge.

Je me retrouvai soudain étouffé dans leur étreinte. Ils m'emprisonnèrent de tous leurs membres, me plaquèrent entre leurs corps puissants. Je sentis des doigts passer dans mes cheveux, leurs queues de dragon s'enrouler à mes jambes. L'instant d'avant, ils étaient pourtant sous forme humaine.

Je restai immobile, enivré par le parfum de leur peau. J'ignorai si c'était une réaction instinctive à ma détresse, mais ça me fit un bien inimaginable. Ils m'enlacèrent jusqu'à ce que je me reprenne et que mon trouble passe. Il me fallut un moment avant de réussir à parler.

– Si je meurs étouffé, je ne pourrais pas porter vos œufs.

J'entendis Ataek pouffer d'amusement. Je sentis la voix rauque de Nerei vibrer dans sa gorge. Mon front était niché dans son cou.

– Je ne permettrai pas. Je ne veux personne d'autre que toi, Soren.

Ces simples mots faillirent me faire replonger dans le désarroi.

Je devais me reprendre. Des choses importantes nous attendaient. Des choses qui me concernaient et étaient en partie responsable de mon angoisse. J'étais lourd de fatigue et de torpeur. Après l'orgasme, mon corps n'aurait demandé qu'à dormir. Pourtant, j'étais certain qu'une fois les bénéfices du plaisir estompés, j'aurais fait de nouveaux cauchemars.

– Peut-être que Nerei devrait jouir en toi lui aussi, proposa Ataek en frottant son nez contre ma nuque. Je suis sûr que ça te ferait du bien.

L'intéressé gronda de désapprobation. Je souris contre sa peau.

– Plus tard. J'aimerais pouvoir marcher aujourd'hui.

J'étais certain qu'Ataek avait précisément l'idée de me faire l'amour jusqu'à ce que je ne puisse plus me lever, magie ou pas. Une part de moi était tentée. Je comprenais qu'on puisse prendre goût à cette vie décadente.

Mais j'avais d'autres besoins urgents à satisfaire. Me laver venait en premier.

Je restai bien plus de temps qu'eux à flâner dans l'eau. Je n'étais jamais vraiment seul, toujours à portée de l'aura de leurs cœurs de feu. Quand je sortis enfin, je les trouvais assis sur le lit, un coffret de bois ouvert sur les draps défaits. Nerei avait enroulé sa longue écharpe de soie par-dessus ses épaules. Ils avaient décoré leurs cornes de bijoux précieux, d'anneaux et de chaines délicates, ornés de pierres précieuses. Des bracelets et des bagues ornaient leurs bras et leurs griffes. Ataek était assis en tailleur sur le bord du lit. Avec un pinceau fin, Nerei traçait des lignes dorées sur ses cornes.

J'avais déjà vu des dragons ainsi apprêtés dans les couloirs de Drakomaï. Aucun d'entre eux ne m'avait semblé aussi beau. Je restai un moment à les contempler depuis le seuil, sans oser troubler cet instant. Ataek m'adressa un sourire en coin. Il devait avoir conscience de mon admiration pour lui. Il attendit que Nerei ait terminé pour m'inviter à les rejoindre.

Il me proposa d'essayer quelques bijoux. Je refusai, malgré sa déception. Je me doutais de son intention. Il voulait montrer à tous que je lui appartenais mais je voulais paraître humble et indépendant. Je ne m'habillai que d'un long morceau d'étoffe blanche dont je me ceignis les hanches.

– Quand nous reviendrons, je te couvrirai d'or, menaça Ataek. Tu ne porteras rien d'autre que des bijoux et tu resteras allongé là, complètement nu, pour que je te regarde.

– Je croyais que vous vouliez m'emmener voler ?

– Je ne vois pas où est le problème.

– Soren et moi, si, intervint Nerei avec un sourire amusé.

Il caressa doucement mon épaule, frôla le tatouage sur mon dos. Un long et agréable frisson dévala ma colonne vertébrale.

– Mais j'ai l'impression qu'on ne cesse de t'imposer nos désirs sans jamais écouter les tiens. Qu'aimerais-tu faire cet après-midi, Soren ?

La question me surpris. J'étais déjà habitué à suivre leur rythme les leçons d'Ataek, les audiences de Nerei et sa présence au Naos. Je restai un moment silencieux, sans savoir quelle réponse choisir. J'avais du mal à me projeter au-delà de l'audience. Curieusement, ça me fit du bien de penser à cet après encore bien illusoire.

– J'aimerais aller nager, avouai-je enfin. Dans le lac. Avec vous, si vous ne redoutez pas l'eau froide.

Les yeux de Nerei étaient calmes et attentifs. Il m'impressionnait plus que jamais avec ses atours de roi. Son charisme naturel était sublimé.

– C'est une excellente idée, dit-il avec un signe de tête.

– Parfait, conclu Ataek. Nager, puis voler, et enfin, le lit et les bijoux. Allons-y, qu'on en finisse.

Je le suivis en esquissant un sourire. Nerei me retint un bref instant en effleurant mon épaule.

– Tout va bien se passer. Rappelle-toi que tu n'es pas en cause.

Ses mots alourdirent un peu plus le poids qui comprimait ma poitrine. J'ignorai tout ce qu'avaient pu raconter les mercenaires à mon sujet. Tous les mensonges d'Adraxas, les railleries et les mots cinglants, les mêmes qui m'avaient tenu éveillés une partie de la nuit. Ils allaient causer ma perte, j'en avais une conscience très crue.

Je m'efforçai de ne rien en montrer. Je ne voulais pas les inquiéter plus qu'ils ne le faisaient déjà.

– Moi aussi, j'avais juré de défendre Drakanea et mon royaume. Mais j'ai échoué. Deux fois.

– Personne ne peut te juger pour ça, Soren.

Je me contentai d'hocher la tête, sans trop y croire. Mes entrailles s'étaient nouées.

J'avais le pressentiment qu'une fois de plus, je ne pourrais pas tenir une promesse. La plus importante de toute. Celle de leur appartenir

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Comments

ZOREL08

ZOREL08

j adore ton histoire et j ai hâte de lire la suite. Allez je te donne mon vote de la semaine pour t encourager

2022-12-08

1

Giso

Giso

Merci beaucoup pour l'histoire.

2022-12-09

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