Nerei insista pour que Soren se ménage et nous fit rester près du lac une partie de l'après-midi.
J'étais heureux de voir l'humain debout après tout ce qu'il avait enduré. Il semblait en bien meilleure forme. Fatigué, les traits tirés, mais actif. Il m'arrivait parfois de surprendre quelques discrets sourires sur son visage tranquille, bien plus que je n'en avais vu pendant deux jours de voyages à travers Drakanea. C'était comme si un poids avait quitté son corps.
Corps que je ne me lassai pas d'admirer. Je m'étais douté que Nerei ne résisterait pas à l'envie de l'habiller. Comme souvent, j'appréciai ses choix. La coupe du pantalon ample flattait la silhouette de Soren et soulignait les muscles de son torse. L'étoffe, d'un blanc pur, avait juste ce qu'il fallait de transparence pour m'affoler. Si je ne l'avais pas pris la veille, et si Nerei ne m'avait pas fait l'amour cette nuit, j'aurais été incapable de me réfréner.
J'étais repu pour l'instant, et mon excitation restait modérée.
Quelque part dans ma mémoire, il me semblait parfois entendre les échos lointains de ses hurlements de souffrance. Il me suffisait aussitôt de repenser à ses gémissements d'extase pour qu'ils s'éloignent.
Nerei nous quitta un moment pour chercher de quoi manger – après m'avoir fait promettre de rester sage. Je m'allongeai sur la berge en compagnie de Soren, parlant avec lui de ce qu'ils avaient fait ce matin, jusqu'à ce qu'une odeur de poisson grillé chatouille nos narines.
La digestion assomma l'humain, trahissant sa fatigue persistante. Nerei insista pour qu'il se repose à l'ombre des arbres. Il avait vu juste, car Soren sombra très vite dans un sommeil lourd et aucune magie ne l'aurait protégé des coups de soleil.
Je passai doucement mes doigts dans ses cheveux. Il s'était assoupi la tête contre ma cuisse. Nerei vint se glisser dans mon dos. Je me laissai aller contre lui, callant par habitude ma tête et mes cornes tout contre la courbe de son cou.
Je caressai celui de Soren. La marque de son collier avait disparu. Pas mes suçons, qui constellaient encore sa peau. Ni Nerei ni moi n'avions cherché à accélérer leur guérison par la magie. Il était encore imprégné de notre essence, je pouvais la percevoir à l'intérieur de lui.
C'était vertigineux. Je ne m'étais jamais senti aussi si fier et satisfait d'avoir possédé un humain. Je n'avais jamais eu autant envie non plus que l'un deux reste auprès de nous après que nous l'ayons partagé.
– Tu aurais dû le prendre, hier, dis-je en glissant un bras derrière moi pour caresser la nuque de Nerei. C'était tellement bon d'être en lui.
– C'est trop tôt, souffla-t-il en embrassant ma gorge. Je lui aurai fait mal et nous l'aurions épuisé.
Il glissa ses doigts dans mes cheveux pour commencer à tresser quelques mèches. J'en ronronnai de plaisir. J'enfouissais toujours les miens dans la courte chevelure de Soren, qui frémissait à peine dans son profond sommeil.
– Nous lui avons fait vivre beaucoup de choses. Pas seulement à son corps. Emotionnellement, son coeur doit être à vif.
Son visage avait pourtant l'air paisible. Bien plus qu'il ne l'avait été depuis la première fois que je l'avais vu. Je ne pouvais qu'imaginer tous les mauvais rêves qui devaient constamment hanter son sommeil. J'augmentai doucement la chaleur de mon aura autour de nous.
– C'est même incroyable qu'il ait survécu jusqu'ici. D'autres que lui se seraient laissé dépérir depuis longtemps.
– Il a beaucoup d'instinct de survie, ironisai-je en repensant à l'attaque de son campement.
– Il n'y a pas que ça. Je pense qu'il redoutait que la mort ne soit quelque chose de pire. Il faut un excellent niveau pour lancer un sortilège comme le sien. Si les mages noirs l'ont atteint, il n'est pas impossible que certains d'entre eux soient même assez forts pour devenir des nécromants.
Un frisson glacé traversa ma colonne vertébrale.
Non. Je refusai de penser à ça. Nerei perçut mon trouble et n'insista pas. Il abandonna ma chevelure et m'entoura plutôt de ses bras.
Il m'étreignit ainsi durant un long moment, jusqu'à ce je me perde dans le flot de pensées plus sereines.
Nerei dû s'absenter quelques heures pour assumer ses fonctions. J'étais de nouveau paisible et le laissait partir avec moins de regret.
Je restai auprès de Soren jusqu'à ce qu'il se réveille. L'humain grignota quelques fruits, et je l'emmenai se promener en ma compagnie, lui apprenant les noms des plantes et des oiseaux qu'il ne connaissait pas. Il avait fait des progrès spectaculaires en drakenide. Il l'avait sûrement parlé couramment quelques années plus tôt, et réapprenait prodigieusement vite tout ce qu'il avait perdu.
– Skarana !
Je me tournai vers la guerrière qui m'avait interpellé. Aminata et Eleandus passaient leurs journées à entraîner leur fils. Pour son âge, le jeune drakenide était déjà bien bâti. Il ne tarderait pas à rejoindre les juvéniles et prendre son indépendance.
– Il vient d'Ashkelon ? demanda la guerrière en désignant Soren du menton.
Elle prit appui sur son écu pour nous toiser. Elle portait une solide armure de cuir et avait tressé ses cheveux noirs sur son crâne pour ne pas être gênée.
– Comment le sais-tu ?
– Son tatouage.
J'étais surpris qu'elle ait reconnu un chevalier juste à ce détail. Cela faisait pourtant des années qu'elle vivait à Drakomaï. Je n'avais encore jamais réalisé que cela faisait si longtemps.
– J'ignorais qu'il y avait encore des chevaliers. J'aimerais qu'il entraîne mon fils. Est-ce qu'il serait d'accord ?
Eleandus et elle avaient déjà élevés deux enfants. Je me demandai s'ils en concevraient un troisième quand celui-ci ne serait plus auprès d'eux.
– Il comprend le drakenide, répondis-je en haussant les épaules.
Aminata reporta aussitôt son attention sur Soren.
– Alors je réitère ma demande. Est-ce que tu entraînerais mon fils, chevalier ?
L'intéressé était resté les bras ballants, pris de court par la question. Les yeux noirs d'Aminata le sondaient la tête aux pieds. J'eu l'impression de la voir s'attarder particulièrement sur ses nombreux suçons.
– Je ne suis plus chevalier depuis longtemps, répondit-il en secouant la tête. Et d'après ce que j'ai vu, je n'aurais pas grand-chose à lui apprendre.
Aminata fronça les sourcils. La réponse parut pourtant lui convenir. Elle haussa les épaules avant de retourner auprès de son compagnon et de son fils.
Soren était troublé, je le voyais à son regard. Il me suivit sans rien dire, plongé dans ses pensées. J'intensifiai la chaleur de mon cœur de feu autour de lui. Il dut le sentir, car il redressa la tête vers moi.
– Je croyais que tout le monde nous avait oubliés, avoua-t-il enfin.
– Les chevaliers fréquentaient peu le Naos. Et quand ils venaient, ils s'éloignaient rarement du drakenide à qui ils avaient prêté serment.
C'était assez rare de les croiser si on ne s'intéressait pas au combat ni à la reproduction. Je n'en avais même jamais fréquenté du temps où j'étais juvénile et où ils venaient encore à Drakomaï. Les guerriers humains s'intéressaient sans doute bien plus à leur compagnie, seulement beaucoup de ceux qui avaient connu les derniers étaient partis depuis très longtemps.
– Mais nous ne vous avons pas oublié, lui dis-je en prenant sa main.
Certains drakenides ne s'étaient peut-être même pas aperçu de leur disparition. Il m'avait fallu plusieurs années avant d'en prendre conscience. Je n'avais jamais assisté à la moindre de leurs cérémonies. Je le regrettai, à présent. J'avais appris tout ce que je savais sur eux grâce à Nerei. Je lui avais simplement fait la remarque, un matin, que je n'avais jamais vu personne arborer le tatouage des chevaliers dans les couloirs de Drakomaï.
– Il y a beaucoup de salles d'armes et de terrain d'entrainements, lui dis-je en le ramenant vers la cité. Les guerriers aiment continuer à s'entrainer durant le temps qu'il passe ici. Tu pourrais les rejoindre, si tu veux. J'imagine que tout ça a dû te manquer.
Soren tressaillit. Il faillit retirer ses doigts des miens et je retins de justesse un grognement contrarié.
– Pas vraiment, non, dit-il très sobrement.
Je n'insistai pas, mais sa réaction m'avait surpris. Quelque chose le dérangeait chaque fois qu'on abordait ce sujet-là avec lui. Quelque chose qu'il n'était pas prêt à me dire.
Je le soulevai dans mes bras pour m'envoler et le ramener dans les appartements de Kiroï. Nous avions beaucoup marché et je voulais lui éviter l'ascension des trop nombreuses marches qu'il nous aurait fallu emprunter pour rentrer. Meli avait déjà déposé une corbeille pleine de légumes, d'épices et de sel. Je le relâchai à contrecœur sur le sol de la chambre.
– Tu devrais aller prendre un bain. Ça te fera du bien.
Je savais qu'il ne refuserait pas. Il aimait l'eau, c'était une évidence, et celle qui coulait dans les murs de Drakomaï était toujours chaude.
– J'ai l'impression que la montagne est pleine de grottes et de sources souterraines. Il n'y a jamais d'éboulements ?
– Non, répondis-je avec un sourire amusé. La température varie très peu et la pierre est tellement chargée de magie qu'elle travaille à peine. Drakomaï résiste même aux tremblements de terre.
Nerei revint alors que Soren sortait de la salle d'eau. Il était nu, essuyant son corps encore constellé de gouttelettes d'eau. Cela nous fit gronder à l'unisson. L'humain marqua un temps d'arrêt en nous voyant tous les deux, sans réaliser la raison de notre trouble, ou bien feignant de ne pas l'avoir remarqué.
– Tu dois avoir faim, dit très calmement Nerei. Mangeons.
C'était en effet bien plus sage. Concentré sur la nourriture, je pouvais calmer mon début d'érection. Soren goûta à tout ce qu'on lui tendait avec autant de curiosité que d'appétit. Les cristaux s'illuminèrent à mesure que le soir tombait, baignant la chambre de leur lueur chaude et familière. Les pierres précieuses du ciel de lit s'étaient mises à scintiller. D'un regard, Nerei atténua leur éclat. Soren était de nouveau en train de somnoler.
– Peut-être qu'avec un peu de notre essence…
– Surtout pas, intervint Nerei en me jetant une œillade amusée. Et non, je ne dis pas ça pour le plaisir de te frustrer. Son corps est en train de se remettre tout seul. Il faut le laisser faire.
Soren ne nous écoutait déjà plus. Je le soulevai sans effort pour le porter sur le lit. Je pris le temps de contempler son corps nu, ses muscles saillants, son visage paisible et sa peau couverte de mes suçons. J'avais envie d'en laisser beaucoup d'autres. Un pour chacune de ses cicatrices.
Je le recouvris d'un drap avant de rejoindre Nerei, fébrile.
– J'ai besoin d'un bain, moi aussi.
Il me jeta un regard brûlant.
Quelques instants plus tard, il me prenait avec vigueur contre la paroi de la salle d'eau, soulevant mes hanches pour mieux me plaquer contre le mur. Je nouais mes jambes autour de lui, griffant sa peau et tirant ses cheveux en feulant de plaisir. Il me fit l'amour avec une passion féroce et notre étreinte fut aussi rapide que sauvage.
Il ravagea mes reins de ses puissants coups de hanche, déchargea abondamment sa semence en moi. Il était tendu lui aussi. Malgré toute sa réserve, je le devinais rongé depuis des heures par un désir qu'il ne pouvait plus contenir.
L'eau brûlante ruisselait sur nos deux corps agités de spasmes de plaisir. Je me sentais plein, repu, apaisé. Cela ne durerait pas, je le savais déjà, mais pour l'instant, j'étais satisfait.
Il s'enfonça avec moi dans le bassin rempli d'eau chaude. Nos deux corps s'entremêlèrent, assemblés l'un contre l'autre. Je mordis sa gorge, savourant le goût de sa peau, mes doigts fourrageant dans ses cheveux trempes. Nos deux cœurs battaient à l'unisson.
– Des nouvelles de Drakein ? demandai-je en pressant mes doigts contre son torse ferme.
Je n'avais pas osé poser la question en présence de Soren. Il avait eu l'air calme toute la journée, je n'avais pas voulu prendre le risque de l'inquiéter inutilement.
– Pas la moindre.
– Alors c'est bon signe ?
– Plutôt, oui.
Je répondis d'un bref son de gorge. Je pourrais m'en contenter. Nerei, en tout cas, semblait serein.
Je me laissai aller contre lui, appuyant mon menton sur son épaule. Nos cornes s'entrechoquèrent doucement.
– Je n'aime pas ça, grondai-je en mordillant sa peau brûlante. J'aimerais qu'il soit en état de réitérer son serment, ou qu'il soit déjà fécond. Ce n'est même pas parce que j'aime l'idée qu'il soit plein ou parce que je veux avoir une descendance. Je veux juste…
Je redressai la tête, croisant son regard intense, saisissant ses cheveux par poignées.
– Qu'il nous appartienne autant que moi, je t'appartiens.
Je l'embrassai longuement, d'abord chaste, puis avec plus de passion. Quand sa langue rejoignit la mienne, je hissai mon corps sur le sien. Il nous enserra tous les deux dans sa main et nous masturba ensemble, rapide, ardent. Je me libérai dans sa paume en grondant d'extase.
Je brûlai d'envie que Soren soit là avec nous. Qu'il voie à quel point Nerei était beau quand il faisait l'amour. Qu'il s'imprègne de notre essence autant que de notre semence. Qu'il me réitère son serment.
C'était trop tôt, j'en avais très bien conscience. J'aurais cru que mes désirs s'apaiseraient une fois qu'il serait libre. Je me trompai. J'avais l'impression que c'était pire. Je me sentais plus ardent que toutes les coulées de lave de Drakein et toute la passion de Nerei n'aurait rien pu faire pour me calmer. À vrai dire, je le soupçonnai même d'être consumé par un désir bien plus violent que le mien.
Il me fut difficile de trouver le sommeil, même une fois lové contre le corps de Soren. Je me sentais toujours plus calme quand je le touchais, mais il était de moins en moins imprégné de mon essence. J'avais hâte de pouvoir y remédier.
Les jeunes drakenides avaient attendu mon retour avec impatience, et j'eu plaisir à les retrouver dès le petit matin. Leur donner des leçons me fit penser à autre chose. J'enseignai à plusieurs groupes tout au long de la matinée. Mon cœur se gorgeait d'enthousiasme en les voyants si excités et curieux d'apprendre de nouvelles langues. Cela me rappelait mes propres voyages, me procurant un agréable sentiment de paix et de nostalgie. Certains enfants restaient jouer près des berges du lac une fois les cours achevés. Leurs rires et leurs éclats de voix résonnaient dans le lointain.
Des humains se joignirent à ma dernière leçon. Des guerriers venant d'une contrée voisine de celle de Soren. Ce n'était pas rare que des esclaves viennent assister à mes cours. Certains avaient le mal du pays et voulaient en entendre la langue, d'autres anticipaient leurs propres voyages une fois qu'ils seraient repartis de Drakanea. D'autres encore venaient simplement par soif de connaissance. D'ordinaire, leur présence me rendait heureux et alimentait parfois les séances de connaissances très enrichissantes. Cette-fois ci, je me sentis troublé.
Cela ne m'empêcha pas de conduire ma leçon. Un vent frais s'engouffrait dans le belvédère, emportant avec lui tous les parfums de la caldeira. Mes élèves se dissipèrent en rangs joyeux une fois le cours terminé. Je me levai pour retenir Faran avant qu'il ne s'en aille.
Le marin m'adressa un lumineux sourire, creusant deux adorables fossettes sur son visage buriné par le soleil.
Il voulait apprendre les langues des iles du nord pour planifier son prochain voyage. Je savais que ce n'était pas vraiment dans la tradition de son pays de s'offrir aux drakenides. C'était en revanche une coutume plus répandue chez les explorateurs et les aventuriers. Il s'était rendu à Drakanea par pure curiosité. Il avait un corps solide et la peau brune, des muscles nerveux et sec. Une vraie friandise pour moi qui aimait les hommes bien bâtis. Je l'avais déjà retenu plusieurs fois après mes leçons, mais pour des raisons tout à fait différentes.
– Tu es originaire des cités libres, il me semble ? demandai-je après m'être excusé de le garder plus longtemps.
– Oui, dit-il en hochant la tête. Mais je ne m'y suis pas rendu depuis longtemps.
Il parlait la même langue que Soren, la langue commune des royaumes unifiés. C'était du moins ainsi qu'on l'appelait du temps où je l'avais apprise. Elle avait peu changé au cours des décennies.
– Est-ce que tu as déjà été en Ashkelon ?
D'abord surprise, son expression s'assombrit aussitôt.
– Non. Quand j'étais petit, le pays est tombé aux mains des mages noirs. Beaucoup de gens sont venus se réfugier chez moi, à Abremai. La contrée fait partie de leur territoire, maintenant.
Je comprenais sans mal son étonnement. Il était très rare que les drakenides s'intéressent à ce qu'il se passait en dehors de Drakanea. Des empires naissaient et s'écroulaient à nos portes sans que cela ne change rien à nos vies. Peu importe le nom des royaumes il y aurait toujours des humains pour venir s'offrir aux dragons. Cette fois pourtant, le sujet me tenait à cœur comme aucun autre ne l'avait jamais fait.
– On m'a dit que vous aviez trouvé un chevalier encore vivant, me dit-il en retrouvant son sourire. Si tu me poses cette question, je suppose que c'est vrai ?
– C'est vrai, oui. Tu en as connu ?
– Non, avoua-t-il presque tristement. Pour les gens de mon pays, ce ne sont plus que des légendes. On m'a dit qu'ils étaient tous morts quand leur royaume est tombé. Ils sont restés pour permettre aux habitants de fuir.
Un sentiment doux-amer enfla dans ma poitrine. J'imaginai bien Soren capable d'un tel sacrifice. Je l'imaginai même beaucoup trop bien.
– Et personne ne sait ce qu'il se passe là-bas depuis ?
– Les gens qui se rendent dans les Terres noires ne sont pas très fréquentables, répondit Faran. On dit qu'hormis des paysans qui survivent tant bien mal, il n'y a plus que des mercenaires et des bandits. Ils viennent offrir leurs services aux sorciers ou combattre dans les arènes de Nargos.
Un frisson glacé dévala mon échine.
– Skarana !
La voix de Melites me fit dresser la tête. Cela commençait à devenir une fâcheuse habitude. Je ravalai toutes les questions que je voulais poser à Faran alors que le juvénile atterrissait sous le porche du belvédère.
L'humain m'adressa un signe de main en guise de salut. Ses compagnons l'attendaient.
– Nous allons au Naos. Au plaisir de t'y retrouver, Skarana.
Je lui répondis d'un bref sourire. Quelques jours plus tôt, cette proposition m'aurait enflammé de désir.
– Que se passe-t-il, Meli ? demandai-je en me tournant vers le jeune drakenide. Kiroï me cherche ?
Il n'avait pas l'air affolé, ce qui me détendit considérablement. Ses cheveux azur étaient parsemés de petites tresses, la preuve évidente que Nerei s'était beaucoup ennuyé ce matin. Soren avait sûrement dormi longtemps.
Meli replia ses ailes dans son dos et s'inclina rapidement.
– Non, c'est votre esclave. Il vous attend, si vos leçons sont terminées.
Melites ne put rien me dire de plus je m'étais déjà envolé. J'aurais pu retrouver Faran et lui poser les questions qui me taraudaient, mais j'étais trop pressé de rejoindre Soren.
Il s'était accoudé sur le balcon des appartements de Nerei. Je l'entourai aussitôt de l'aura de mon cœur de feu. J'atterri souplement sur la balustrade, l'entourait de mes ailes et l'attirait contre moi pour capturer sa bouche. Il serra ma taille entre ses bras pour mieux répondre à mon baiser. Je ne le relâchai qu'après de longues secondes, enivré par la douceur de sa bouche. Il semblait toujours surpris que je l'embrasse, comme s'il ne s'y attendait pas. Certains humains accordaient une importance particulière à ce genre de marques d'affections. J'ignorai si c'était son cas. Pour moi, c'était un geste naturel qui allait de pair avec mon envie constante de le toucher.
– Tu as l'air d'aller mieux, dis-je en guise de salut.
– Ce n'était pas vraiment l'avis de Nerei, dit-il en plissant ses yeux gris. Mais je me sens beaucoup plus en forme, oui.
– Il n'est pas avec toi ?
– Non, il a dû partir il y a une heure ou deux. Une histoire de guerriers qui étaient en train de se battre à l'entrée du temple des guerriers.
C'était le genre de choses qui arrivaient parfois à Drakomaï, et qui ponctuaient les journées d'Amakiroï. En revanche, j'étais surpris qu'il ne soit pas encore de retour. Il y avait peu de raisons pour expliquer son absence, et je me gardai bien de les exposer à Soren.
– Il est resté au Naos, n'est-ce pas ? dit-il en me scrutant de son regard couleur d'orage. Pour éviter que les humains recommencent à se battre.
C'était peine perdue. Il avait deviné.
– Oui, avouai-je avec un signe de tête. C'est son rôle. Parfois, les esprits s'échauffent un peu trop, et la présence d'Amakiroï apaise les tensions.
Autant entre les humains qu'entre les dragons, d'ailleurs. Soren avait déjà constaté que même les drakenides pouvaient se laisser déborder par leurs pulsions.
C'était pour cette même raison que Nerei ne lui avait rien dit avant de partir pour le Naos. Le sujet était bien trop dangereux. Nous étions beaucoup trop fébriles et impatients.
– Vous voulez encore que je me repose, dit-il calmement. Vous pensez que je ne me suis pas remis de l'autre jour.
J'aurais pourtant dû savoir que Soren ne serait pas du même avis. Rien ne le faisait flancher quand il avait pris sa décision et en matière de désir, il ne cessait de me surprendre.
– Si ça ne tenait qu'à moi, je t'aurais déjà ramené sur l'esplanade pour que tu réitères ton serment, dis-je en grognant de frustration. Mais je suis d'accord avec lui, tu as besoin de repos.
J'ignorai si Soren se rappelait de tout ce qu'il s'était passé dans la source de feu. L'esprit humain pouvait parfois choisir d'effacer complètement des traumatismes trop violents. Si Soren avait été à ma place, s'il s'était vu crispé et tremblant, s'il s'était entendu hurler de douleur, il aurait sûrement compris pourquoi nous faisions tant d'effort pour le ménager. Ce n'était pourtant pas l'envie qui me manquait. Mon esprit fourmillait d'idées que je brûlai d'assouvir. Le conduire au Naos était la plus dangereuse d'entre elles.
Il attrapa doucement ma nuque. J'en grondai de plaisir. J'adorai qu'il me touche de sa propre initiative.
– Je vais bien, dit-il en plantant son regard dans le mien.
J'appuyai doucement mon front contre le sien. Sa peau sentait un peu le même parfum que la mienne et celle de Nerei. L'odeur familière du savon que nous utilisions désormais tous les trois.
– Je ne me suis pas senti si bien depuis des années.
En cela, je voulais bien le croire. Cet aveu sincère réchauffa ma poitrine. Chacun de ses calmes sourires étaient une victoire, le moindre de ses soupirs d'extase me comblait de plaisir. Je n'avais plus ressenti cette sensation depuis longtemps. Plus depuis que je partageai la vie de Nerei.
– Emmène-moi au Naos, Ataek.
Un désir violent explosa dans mon aine. Un désir que rien n'aurait pu éteindre, pas même si toutes les eaux du lac de Drakomaï s'étaient déversées
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