Chapter Text
Mes yeux mirent quelques secondes à s’habituer au passage du soleil à l’ombre. Nous avancions dans un vaste corridor aussi haut que large, couvert de peintures et de mosaïques aux couleurs altérées par le temps. Plusieurs dragons auraient pu déambuler sans se gêner. Quelques ouvertures apportaient parfois un peu de lumière bienvenue, des torches et des candélabres ouvragés éclairaient les endroits les plus sombres.
– Drakomaï est une cité troglodyte ? demandai-je au dragon.
– En partie, oui. Nous ne sommes pas vraiment des bâtisseurs. Il est plus simple pour nous de creuser des galeries à la chaleur de nos flammes.
Les fresques qui décoraient les parois étaient toutes différentes les unes des autres. Certaines représentaient des paysages, sans doute pas tous de Drakanea, d’autres des scènes quotidiennes ou épiques, parfois même érotiques. Elles étaient toutes de styles et d’esthétiques différents, comme si elles avaient été réalisées par des artistes venus du monde entier. Je me demandai s’il s’agissait de l’oeuvre d’humains en visite, ou bien de dragons revenus de voyages dont ils s’étaient inspirés. Probablement les deux.
Des voix féminines résonnèrent dans le corridor. Deux femmes blondes approchaient de nous, conversant dans une langue étrange. Grandes et sculpturales, elles allaient seins nus, uniquement vêtues de splendides ceintures de fer ouvragé. Elles adressèrent quelques mots au dragon en nous croisant. Ataek leur répondit dans le même idiome. Elles bifurquèrent dans un couloir derrière nous et leur rire se perdit entre les murs de pierre.
– C’étaient des esclaves ? demandai-je au dragon.
– Oui. Des guerrières venues s’offrir aux dragons, dit-il en continuant son chemin. Leurs îles sont situées très loin d’Asheklon et des terres humaines que tu connais.
– Qu’ont-elles dit ? osais-je le questionner après un instant d’hésitation.
Son regard doré me fixa, pétillant de malice.
– Elles m’ont complimenté.
– Skara ! Attendez !
Je me retournai en même temps que mon hôte.
Un drakenide avait surgit du couloir dans lequel les deux jeunes femmes avaient disparu. Il était d’apparence humaine, le corps couvert d’épaisses écailles bleues. Ses cornes élégantes affinaient son visage juvénile. Il était plus petit que moi et ne semblait pas avoir plus d’une vingtaine d’année.
– Bonjour Meli, répondit Ataek en se tournant vers lui.
Le jeune dragon courba la tête et s’inclina devant nous.
– Kiroï vous demande, dit-il en se redressant. Il veut que vous le retrouviez au plus vite dans la salle du trône.
Ataek acquiesça d’un mouvement de son énorme tête.
– Parfait. Nous y allons.
– Seulement vous, précisa le jeune dragon en me regardant. L’humain ne peut pas vous accompagner. Il doit se rendre au Naos.
– Pardon ?
Le rugissement d’Ataek avait fait trembler les murs. J’avais tressailli moi aussi. Je savais ce qu’était cet endroit. Le Naos était le cœur du temple des guerriers. Là où les humains se rendaient pour être fécondés.
– Il reste avec moi. Il a prêté serment. Il n’a rien à faire au Naos.
De nouveaux, ils s’exprimaient comme si je n’étais pas là. Le jeune dragon ignorait peut-être que je parlais le drakenide. Il ne m’accordait que de brefs coups d’œil, concentré sur les crocs acérés d’Ataek. Il restait très calme malgré la colère froide qu’on entendait bouillir dans la voix du dragon écarlate.
– Kiroï savait que vous diriez ça. Mais son ordre est irrévocable. Il dit que son serment n’a aucune valeur si vous ne laissez pas vraiment le guerrier faire lui-même son choix.
J’avais du mal à ne pas céder à la confusion. Je me demandai comment les drakenides avaient pu être si vite mis au courant du retour d’Ataek et du fait qu’il était accompagné.
Le mot « Kiroï » m’était familier. Il était proche du mot « roi ». Si Ataek s’était baptisé de l’ancien mot qui signifiait interprète, alors je pouvais facilement deviner quelle fonction ce Kiroï occupait.
Cela ne me rassurait pas.
– Est-ce qu’il sait au moins qui est cet humain ? gronda Ataek sans en démordre.
Le jeune drakenide frémit à peine.
– Oui, Skara. Cela lui a été rapporté. Mais Kiroï a dit qu’à supposer que ce soit vrai, cela ne changerait rien à ce qu’il a décidé.
Ataek poussa un rugissement furieux et frappa le sol de ses lourdes pattes. Sa chaleur me submergea. Le jeune dragon, lui, resta inflexible.
– Tous les humains doivent se rendre au temple des guerriers, dit-il avec solennité. Ils doivent y être saillis et se préparer à être fécondés. Il en est ainsi, et celui-ci ne doit pas faire exception.
– Je n’irais pas, dis-je d’une voix très calme.
La chaleur reflua aussitôt. Les deux dragons se tournèrent vers moi d’un air abasourdi. L’un me fixa de ses yeux d’humains, l’autre de ses prunelles immenses.
Ma détermination se durcit face à leurs surprises conjuguées.
Je ne valais plus rien. Je n’étais que l’ombre de ce que j’aurais pu être, rien qu’un esclave qui n’avait plus d’utilité. Mais à travers moi, c’était encore une fois mon ordre qui était bafoué. Je ne pouvais pas le permettre.
– Les chevaliers d’Ashkelon ne se rendent pas au Naos. C’est à l’esplanade du soleil que je dois aller. Pas dans le temple.
Il me restait encore beaucoup de choses à apprendre sur Drakanea, sur Drakomaï, sur ce que les dragons attendaient vraiment de moi. Mais je n’étais pas non plus complètement ignorant. Surtout, profondément enfouie derrière des années d’humiliations, je découvrais qu’il me restait encore une once d’amour propre.
Je vis le grand corps d’Ataek se tendre et son regard me dévorer. Quelque chose enfla en lui, énorme, pénétrant.
C’était de la fierté. Je pouvais le sentir, et cela me troubla.
– Il a raison, gronda-t-il à l’adresse du jeune dragon.
Son regard ne m’avait pas lâché. Il était plus brillant que jamais.
– Vas-y, me dit-il en redressant la tête. Attends-moi là-bas. Je t’y rejoindrai.
Le jeune Meli avait toujours l’air étonné. Et un peu pris en faute, aussi. Il cligna des yeux, les mains jointes devant lui. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre.
– Ça ne change pas vraiment sa destination, dit-il à Ataek. Pour se rendre à l’esplanade du soleil, il faut traverser le naos.
On pouvait entendre une pointe d’agacement dans sa voix, sans doute contenue par sa réserve et sa politesse.
– « Traverser », oui, c’est le mot, averti Ataek de sa voix grave.
– Il est en droit de changer d’avis. Il pourra s’offrir à d’autres dragons s’il le souhaite, précisa Meli.
Je ne le souhaitais pas, et ne le pouvais pas, de toute façon. Mais le jeune dragon ignorait cela. Ataek étendit l’une de ses larges ailes au-dessus de moi pour me rapprocher de son giron. Surpris, je me retrouvai tout contre lui, obligé de m’appuyer contre son museau. Il souffla une bouffée d’air chaud, me fixant de son regard brillant.
– Cette salle est l’endroit où les guerriers viennent s’offrir aux drakenides. J’imagine que tu sais à quoi t’attendre.
J’en avais une vague idée oui, et hochai la tête pour acquiescer. Je savais aussi qu’en tant que chevalier, j’aurais dû m’y rendre au point du jour. Précisément pour éviter ce spectacle.
– Aucun drakenide ne te touchera sans ta permission. Il te suffit d’être clair avec eux. Ils respecteront ta volonté.
Il replia ses ailes et me poussa du museau. Je vis très clairement une lueur d’amusement briller dans ses yeux dorés.
– Ce sera peut-être frustrant pour toi. Je serai ravi de te ramener là-bas une fois que le maléfice aura été rompu, mais pour l’instant, il vaut mieux que tu ne t’y attardes pas.
Je dévisageai le drakenide sans savoir quoi penser. J’ignorai jusqu’à quel point il était possessif, et s’il avait l’intention de me partager. L’autre soir, il m’avait réclamé parce que les autres dragons m’auraient tué s’il m’avait laissé à eux, mais aucun d’entre eux n’avait eu l’air particulièrement jaloux. Je me demandai s’il en était de même pour lui.
– Il te suffit de continuer jusqu’au bout de ce corridor.
– Je sais, acquiesçai-je avec un signe de tête. Faites ce que vous avez à faire. Je vous attendrai.
Malgré ma détermination, je parti à regret. J’avais l’impression de me jeter dans l’inconnu. Je sentis la sensation de chaleur me quitter alors que je m’éloignai de lui. Je fus bientôt trop loin pour être à la portée de son cœur de feu. Pour la première fois depuis deux jours, le froid me rattrapa.
Cela ne dura pas longtemps. Mon corps se réhabitua progressivement à la température agréable qui régnait à l’intérieur de Drakomaï. Mais j’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose, et je réalisai à quel point je m’étais habitué à la proximité d’Ataek.
Je continuai mon chemin sans me retourner, résolu. Il y avait d’autres embranchements et d’autres couloirs sur ma route, que je dépassai sans croiser personne. Bientôt, j’entendis le bruit d’une chute d’eau résonner entre les murs. Une cascade obstruait la fin du corridor. Je m’avançai sans hésiter et les flots s’écartèrent comme les voiles d’un rideau aquatique.
Des puits de jour avaient été percés dans ce qui avait dû être autrefois une grotte naturelle. Ils dessinaient des ronds de lumière blanche sur la roche sombre et brillante. Le plafond était bas, inadapté aux dragons. C’était peut-être l’un des anciens tunnels de lave du volcan.
L’endroit avait été aménagé pour les guerriers. Ils y avaient laissé leurs armes, leurs vêtements, leurs armures. Autant de trésors qui témoignaient de leurs cultures. J’aurais aimé avoir le temps de m’émerveiller sur tous ces objets que je ne connaissais pas, mais ce n’était pas le moment.
Je me débarrassai à mon tour de mes guenilles pour avancer, pieds nus, dans les profondeurs de la cavité. Des sources jaillissaient des parois, ruisselaient entre les pierres avant de disparaître dans des bassins ou des aspérités du sol. L’eau était chaude, il y avait du savon, des linges propres posés sur un rocher.
Cela faisait si longtemps que je ne m’étais pas lavé pour de vrai que j’aurais pu y passer des heures. Une fois mes ablutions faites, je dû me faire violence pour m’en arracher.
Si j’étais venu pour faire mon pèlerinage de chevalier, j’aurais remis mon armure et emporté ma lance. J’aurais traversé en silence les galeries silencieuses de Drakomaï. J’aurais atteint à l’aube la rotonde sur l’esplanade solaire et là, j’aurais attendu.
Je n’avais rien de tout cela. Je n’étais même plus chevalier. J’étais souillé par la magie noire et humilié par des années de captivité.
Mais j’allais malgré tout me rendre sous la coupole de Drakomaï pour y rencontrer un dragon.
Je me demandai ce que les anciens de mon ordre auraient pensé de tout cela.
Je laissai derrière moi les murmures des cours d’eaux, remplacés par un brouhaha diffus que la distance étouffait. Les murs scintillaient d’humidité. Il ne faisait pourtant pas froid. Il ne régnait pas non plus une chaleur étouffante. La roche était agréablement tiède sous la plante de mes pieds.
Dans la dernière partie de la grotte, les trésors s’amoncelaient. Il y avait des bijoux et des étoffes précieuses, des peaux de bêtes et quantités d’ornements. Y compris des vêtements. Comme Ataek m’avait averti, ils n’avaient pas d’autre utilité que le plaisir des yeux. Les pièces qui couvraient le plus de peau étaient faites de soies translucides et colorées. La plupart des bijoux étaient aussi fantaisistes que précieux, et je devinai sans mal leur utilité érotique.
Tout était destiné à mettre en valeur les attributs humains plutôt qu’à les dissimuler. Ça ne m’étonnait pas vraiment. Je me demandai juste s’il s’agissait de cadeaux offerts par les drakenides à leurs futurs esclaves ou si c’était les guerriers qui les avaient apportés. Probablement un peu des deux.
J’avisais plusieurs rouleaux de longues bandes d’étoffes rectangulaires. Comme avec le morceau déchiré de ma cape, je savais comment le passer entre mes cuisses et le tordre autour de mes hanches pour en faire un sous-vêtement. Le pan le plus long retomba comme un pagne devant mon aine, mais le tissu entortillé ne couvrait pas grand-chose d’autre. J’espérai juste que le fait de me voir un tant soit peu habillé suffirait à dissuader certains dragons.
Je me rapprochai de l’origine des bruits que j’entendais résonner contre les murs. Ils provenaient d’un large escalier qui descendait dans la pénombre. Les sons me rappelaient la rumeur confuse d’une taverne ou d’une salle de banquet. Ils se précisèrent à mesure que je descendis les marches de pierres sculptées. Je distinguai des rires, des bribes de conversations. Et surtout des gémissements.
Je savais déjà que j’allais tomber sur une orgie. Je l’avais anticipé. Pourtant, je réalisai que rien n’aurait vraiment pu me préparer à ce spectacle.
L’air sentait l’encens et le musc. Des cristaux lumineux, sertis dans des lustres de fer forgés, éclairaient l’entrée du couloir et de la pièce décorée de dalles peintes. Il faisait beaucoup plus chaud ici, mais ce n’était pas la chaleur naturelle de la roche. Plutôt la fièvre d’une centaine de corps enchevêtrés.
Il devait y avoir une cinquantaine d’humains, et peut-être autant de drakenides à différents stades de transformation. Quelques-uns portaient des ornements tels que ceux que je venais de délaisser. Les autres étaient nus.
Je me senti troublé malgré moi.
Je n’avais jamais vu un tel degré de débauche, pas même chez les mages noirs qui m’avaient pourtant fait subir le pire.
Je savais d’où venait cette impression différente. Ici, la luxure était consentie.
Des dizaines de guerriers, hommes et femmes, s’offraient sans pudeur à la merci des dragons. Un homme au corps splendide embrassait à pleine bouche un drakenide tandis qu’un autre enfouissait bruyamment sa verge entre ses reins. Plus loin, plusieurs d’entre eux se caressaient autour d’un guerrier agenouillé qui s’évertuait à les satisfaire tour à tour de sa langue. Une femme chevauchait en gémissant le membre énorme d’un dragon allongé au milieu de coussins. Un second s’approcha d’elle, passa doucement ses griffes dans ses cheveux. Elle avala goulument sa hampe en se caressant la poitrine. Deux drakenide partageaient un homme couvert de leur semence, l’un soulevant ses hanches pour l’empaler sur lui, l’autre cajolant de sa langue le membre gorgé de sang de l’humain. Il se cambra soudain entre ses deux amants. Son cri de jouissance se perdit au milieu de tous les autres sons obscènes qui résonnaient dans la salle.
Mes oreilles et mes joues brûlaient. J’avais la gorge sèche et fus tenté d’approcher d’une carafe de cristal que j’apercevais sur une table de bois sculpté. Mais une femme s’en saisit pour verser en riant son contenu dans le gosier d’un drakenide. Quand la carafe fut vide, le dragon se lécha les babines, attrapa la guerrière par les hanches et enfouit sa tête entre ses cuisses pour la faire se tortiller de plaisir.
Je devais rejoindre l’esplanade. Je me forçai à déglutir et avisais les murs de la grande salle. Mon corps s’était déjà habitué à la température des lieux et je me sentis même frissonner en m’éloignant de cette foule impudique. Plusieurs ouvertures décorées de moulures conduisaient à d’autres escaliers, mais un seul était orné d’un soleil et baigné par la lumière du jour.
Je me résolu à fendre la foule pour m’en approcher.
Comme Ataek me l’avait dit, aussi longtemps que je gardai mon regard rivé droit devant, personne ne fit attention à moi. Il était parfois délicat d’éviter les groupes en plein ébats mais je savais qu’il suffisait parfois de modifier sa démarche pour devenir invisible. Je n’avais jamais eu à le faire dans un contexte aussi difficile. Je découvrais des choses que je n’aurais jamais crues possibles. Ou bien j’ignorai jusqu’alors qu’on puisse y prendre du plaisir. Je ne savais pas qu’un homme pouvait accueillir en lui deux verges d’une bonne taille et ne pas avoir l’air d’en souffrir.
Je sentis quelqu’un frôler mon poignet. Je tressailli, et réalisai que je m’étais figé devant ce spectacle. Un dragon humanoïde, à moitié couvert d’écailles claires, me fixait de son regard incandescent. Il ne fit rien de plus, aussi séduisant qu’immobile. Je finis par secouer la tête. Il se contenta de tourner les talons.
Je continuai mon propre chemin en essayant d’ignorer les gémissements d’extases de l’homme pris en étau entre les corps des deux puissants drakenides.
Je pouvais entendre d’ici le rire d’Ataek. Je pouvais même imaginer son regard amusé s’il avait été témoin de la scène. Je comprenais mieux ce qu’il voulait dire. Il régnait ici un étourdissant sentiment de liberté et de plaisir. Des couples d’humains comme de dragons s’étreignaient sans honte sous le regard appréciateur des autres convives. Certains se contentaient de rire et de s’enlacer, de s’embrasser avec tendresse au milieu de toute cette débauche de luxure.
Je n’étais pas à ma place ici. J’étais corrompu par la magie noire, souillé par l’énergie néfaste alors que tout célébrait la vie. La gorge nouée, je me sentis tressaillir. J’avais soudain froid, et une irrépressible envie de m’en aller le plus vite possible. J’aurais voulu cacher mon tatouage, arracher mon collier. J’avais l’impression qu’ils criaient à tous ce que j’étais. Et qu’une fois découvert, on allait me chasser.
Pour la première fois depuis deux jours, je me mis à douter. Il fallait que je me reprenne. J’étais encore loin de la sortie, et plus encore de l’esplanade. Je réunis toute ma volonté pour reprendre mon chemin.
Une intense bouffée de chaleur déferla sur moi. Elle était si forte qu’elle me scia les jambes. Je me retournai pour chercher le regard familier d’Ataek, intensément soulagé de le savoir près de moi.
Ce n’était pas lui.
Un dragon aux yeux noirs m’attira contre lui. D’élégantes cornes dorées jaillissaient de ses mèches de cheveux d’un blanc très pur. Il était beaucoup plus grand que moi, la peau mate, comme de l’or fondu. Plus surprenant, il portait une longue écharpe de soie noire autour du cou. Brodée de fil d’or, elle retombait négligemment sur son torse puissant, couvrait partiellement son épaule parsemée d’écailles noires et dorées.
Je restai prisonnier de son regard, le souffle coupé. Ses pupilles fendues étaient blanches au milieu de sa sclérotique noire.
Il avait posé la main sur mes reins pour me rapprocher de lui. Je m’étais tendu, mais curieusement, je ne me sentais pas en danger. Seulement impressionné. Surpris, aussi, par la chaleur familière qu’il dégageait.
– Tu sens l’odeur d’Ataek, dit-il en caressant mon dos.
Il s’était adressé à moi dans ma langue. Sa façon de rouler les r me fit frémir des pieds à la tête.
– Et la magie noire, rajouta-t-il de sa voix profonde.
Il souleva de sa griffe l’anneau de mon collier. Exactement comme Ataek l’avait fait quand je l’avais rencontré.
J’étais prisonnier de son regard étrange, tétanisé par sa présence écrasante. Autour de nous, c’était comme si le monde avait cessé d’exister.
Un détail hantait pourtant mon esprit. Il avait dit Ataek, et pas Skarana.
Le drakenide saisit mon épaule pour me faire pivoter sur moi-même. Je pouvais sentir la brûlure de ses yeux noirs sur mon tatouage. Il ne dit rien, se contenta de caresser le creux de mes reins, me faisant frissonner de nouveau. La chaleur ankylosait mes muscles.
– Nous devons te débarrasser de ça. Viens.
– J’ai prêté serment, réussis-je à dire en drakenide.
Il m’adressa un regard surpris. Puis un sourire. J’ignorais si c’était à cause de ma maîtrise incertaine de sa langue ou bien de mon audace.
– Ça ne me concerne pas, me dit-il en drakenide. Tous ceux qui franchissent les portes de Drakomaï m’appartiennent.
Son assurance me paralysait. J’étais incapable de m’échapper. Une partie de moi savait que je devais me rendre à la rotonde pour attendre Ataek. Une autre, plus insidieuse, me suppliait de rejoindre ce dragon à l’aura écrasante et de m’abandonner à lui.
– Il faut que j’aille sur l’esplanade, dis-je dans un ultime effort de volonté.
– Pas dans cet état, non.
Il tendit ses longs doigts griffus vers moi, comme Ataek l’avait si souvent fait. La chaleur de son cœur de feu m’appelait. Sa main se referma doucement autour de la mienne.
Il m’attira avec lui au milieu de la forêt de corps entremêlés.
Il s’assit un fauteuil sculpté, près d’une colonnade qui soutenait la voute de la salle. Il m’attira sur ses cuisses sans me laisser l’occasion de résister. Je n’en avais pas envie de toute façon. Je n’arrivais même plus à réfléchir.
Un dragon se pencha près de son oreille. J’avais l’impression qu’il sortait de nulle part.
– Kiroï. Skarana te cherche.
– Je sais, répondit l’intéressé. Laisse-le tourner en rond encore un peu. Il l’a bien mérité.
Le nouveau venu fit la moue, mais s’inclina avant de disparaître. Je restai figé. Les yeux noirs du grand drakenide, ourlés de cils blancs, me dévoraient de nouveau.
Je m’en étais douté, à vrai dire. Son aura était trop écrasante pour qu’il en soit autrement.
J’en avais désormais la confirmation.
J’avais été remarqué par Kiroï. Le gouverneur de Drakomaï.
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