J'espérai que Soren aurait du mal à marcher après ce nous lui avions fait subir depuis deux jours. J'avais adoré voir Nerei l'empaler sur lui dans le Naos et j'avais pris un plaisir intense à ravager ses reins. Je voulais qu'il soit étourdi et repus de sexe au point de ne plus pouvoir quitter cette chambre. Constater de mes propres yeux les effets de notre passion sur lui.
Plus tard, j'aurais peut-être honte de cet instinct primaire mais pour l'instant, j'étais satisfait. Autant que je l'avais été en brisant le nez de Zmei.
Je quittai presque à regret le doux fourreau de son corps et le fit rouler sur le ventre. Je laissai mes paumes glisser sur son dos, épousant le creux de ses reins. J'écartai avec plaisir les lobes charnus de ses fesses, dévoilant son intimité. Ses chairs roses et malmenées étaient encore dégoulinantes de ma semence. Mon sperme coulait paresseusement hors de lui, comme un trop plein qui se vidait lentement. Il s'était imprégné de mon essence et je percevais ma magie rayonner à travers son corps. J'en grondai de contentement.
J'éprouvai un sentiment de respect et de dévotion absolue après tout ce qu'il m'avait laissé lui faire. J'en avais du mal à contenir la chaleur de mon cœur de feu. La confiance qu'il m'avait témoignée était vertigineuse, même pour un drakenide, surtout après toute la réticence qu'il avait manifesté dans le Naos. Il avait été terrifié que je le prenne là-bas, au milieu de tout le monde, encore dégoulinant du sang de mon adversaire. La saillie aurait pourtant été rapide. J'étais trop furieux et enivré par le combat pour le labourer longtemps. Je l'avais sûrement pris avec plus de brutalité ici, dans le confort de notre chambre, avec la pleine conscience de tout ce que j'avais envie de lui faire.
Les muscles de ses fesses étaient fermes et chaud sous mes paumes. Je les massai avec plaisir, me gorgeant des frissons que je sentais traverser son échine. Il avait attrapé un gros oreiller pour y enfouir son menton. Je contemplai les courbes de son dos tatoué, les valons de ses muscles. Sa peau humide de sueur luisait dans la clarté du soleil. Je le recouvris du poids de mon corps pour embrasser son omoplate et frôler des lèvres les lignes de son tatouage. J'aurais aimé pouvoir faire disparaitre toutes les cicatrices qui le défiguraient. Je ne savais même pas d'où elles venaient.
Je brûlai de lui poser des dizaines de questions mais j'avais l'impression que ce n'était jamais le bon moment. Connaître sa vie d'avant. Savoir comment tout avait basculé. Ce qu'il avait vécu ensuite. S'il connaissait d'autres survivants. Tous ces sujets étaient encore bien trop douloureux pour qu'il me réponde. Il parlerait quand il le voudrait, quand il serait prêt, et il me tardait que ce jour arrive. J'avais l'impression qu'on me cachait tout une part de lui. Tout comme ses cicatrices cachaient son tatouage.
Ma rage se réveilla à leur vue. Elle ne s'était en fait jamais vraiment endormie, à peine rassasiée par la violence et le sexe.
Je me concentrai sur lui pour la tenir à distance. J'embrassai sa nuque, mordit doucement sa peau juste à l'endroit autrefois recouvert par son collier. Il tressaillit délicieusement sous mon corps. Je résistai à l'envie d'écarter ses fesses et de lui faire à nouveau l'amour, ou de glisser ma main entre sa peau et le drap pour le masturber dans le creux de ma paume. J'avais envie que Nerei nous rejoigne d'abord.
– Tu me prends de plus en plus facilement en toi, murmurai-je contre son oreille. Notre magie commence déjà à te rendre plus fort. Bientôt, nous pourrons te pénétrer tous les deux ensembles, Nerei et moi.
Je ne voyais pas son visage mais ses doigts s'enfoncèrent soudain dans les bords de son oreiller, et un long frisson secoua son corps. L'idée lui plaisait. Je souris contre son épaule, caressant ses flancs du bout de mes griffes.
J'avais envie que Nerei nous rejoigne et en même temps, je savais qu'il n'apporterait pas de bonnes nouvelles. Je refusai d'y penser.
Soren aussi devait être préoccupé. Ça l'avait troublé d'apprendre que ses anciens tortionnaires étaient encore en vie. J'étais partagé entre l'envie de me rendre au Puit pour les égorger moi-même ou bien de les laisser y croupir pendant des siècles. Ils ne devaient pas y subir un quart de tous les sévices qu'on avait infligé à Soren. Les drakenides étaient violents, mais nos pulsions primitives ne nous poussaient pas à la torture. Et aucun d'entre nous ne pratiquait la magie noire.
Je sentis la porte d'entrée vibrer avant de percevoir l'aura de Nerei. Je me rallongeai près de Soren, entourant son échine d'un bras possessif, inspirant le parfum de sa peau pour calmer l'inquiétude qui crépitait en moi.
– J'espère que tu ramènes à manger, parce que je meurs de faim, lui lançais-je alors qu'il soulevait les voiles.
– J'ai demandé à Meli de nous apporter quelque chose. Je me suis douté que vous seriez plein d'appétit.
– Soren est aussi plein d'autre chose, dis-je avec beaucoup de satisfaction.
– De courbatures, surtout, répondit l'intéressé d'un ton très plat.
Nerei avait esquissé un sourire mais ce n'était pas suffisant pour nous faire oublier son air soucieux. Il grimpa sur le matelas avec nous. Mon envie de faire l'amour s'éteignit comme une coulée de lave qui se jetait dans la mer. Ne restait que la pierre dure et froide qui comprimait ma poitrine.
– Un émissaire de Drakein viendra demain. Lekton a contacté d'autres seigneurs drakenides. Après ce que je leur ai dit à propos du sortilège, je pense qu'ils vont demander que Soren soit entendu lui-aussi. Je vais faire mon possible, mais je crains que tu ne puisses pas t'y soustraire. Nous devrons certainement nous rendre au Puit.
La fureur et l'angoisse s'abattirent sur moi comme une nuée ardente. Je m'entendis feuler, la poitrine écrasée par une vive douleur.
– C'est hors de question. Tu l'as dit toi-même, il n'a rien à faire là-bas.
– Ce ne sera qu'une formalité, oui. Mais ils voudront sûrement l'interroger, ne serait-ce que pour ajouter son témoignage à l'accusation des autres prisonniers. Ils sont déjà considérés coupable depuis le soir de votre attaque, mais de nouvelles informations pourraient décider les autres seigneurs à exiger leur mort.
– Même si c'est pour être jugé aussi, je suis prêt à m'y rendre, dit soudain Soren.
Il était resté très calme. Il avait à peine cillé et une fois de plus, sa résilience me rendit furieux. J'en avais assez qu'il reste si calme alors qu'on allait encore lui faire vivre une épreuve. Qu'il soit si résigné à souffrir. Qu'on veuille me l'arracher, même pour un instant.
Je me redressai en grondant, sentant mes griffes s'allonger. J'avais envie de me transformer, de noyer la pièce sous la cendre et la roche en fusion.
La magie de Nerei me frappa comme un ouragan. La chaleur devint si intense que je me sentis vaciller. Ses pupilles brillaient comme deux croissants de lune alors qu'il me dominait de toute la puissance de son cœur de feu.
Soren me rattrapa dans ses bras. Il glissa ses doigts dans mes cheveux et m'enlaça. J'entendais son cœur battre contre ma joue. Sa poitrine était ferme et chaude. Il me touchait. J'étais contre lui.
À eux deux, ils étouffèrent de force ma rage et me réduisirent à l'impuissance.
– Je n'ai pas envie d'un traitement de faveur, dit-il avec détermination. Je ne peux pas me soustraire à vos lois.
– Toi plus que quiconque, n'est-ce pas ? répondit Nerei d'une voix douce.
Un orage éclata dans le regard de Soren, dont le visage s'assombrit soudain. Il ne répondit pas, et j'eu l'impression très désagréable qu'ils me cachaient quelque chose. Quelque chose de très important. Je cherchai à me redresser mais j'étais encore sonné et l'humain ne relâcha pas son étreinte. Je sentis Nerei se hisser par-dessus nos deux corps pour venir m'enlacer par derrière.
– Ça ne me plait pas plus qu'à toi, Ataek, et crois-moi, j'ai réfléchi à toutes les autres solutions. La seule chose que je pourrais faire serait de me rebeller contre la décision de la reine et d'affronter en combat singulier tous les autres seigneurs de Drakomaï.
– Non, grognais-je aussitôt. Je te préfère vivant.
Ma voix était rauque et parler m'avait coûté un gros effort.
Il avait dit cela sur le ton de la plaisanterie mais je savais qu'il n'aurait pas hésité à le faire si je lui avais demandé. C'était bien ce qui m'effrayait.
– Le Puit est un endroit si terrible que ça ? demanda Soren.
Il avait posé sa question avec beaucoup de calme mais je percevais l'inquiétude derrière sa fausse indifférence. Je parvins à redresser la tête pour le contempler malgré la torpeur qui engourdissait toujours mes muscles.
Ses yeux gris, aussi immuables que la pierre, son visage aux traits sûrs, son corps marqué par sa vie d'esclave. Je savais ce qu'était le Puit, mais je n'avais qu'une idée très vague de tout ce qu'on lui avait fait subir. Cette pensée était terrifiante.
– Non, dit Nerei comme s'il lisait dans mon esprit. Peut-être que c'est même moins pire que d'autres endroits que tu as pu connaître. Mais j'aimerais t'épargner cette épreuve.
Je ne me faisais pas d'illusion. Si un émissaire de Drakein était envoyé à Drakomaï, cela signifiait qu'une décision avait déjà été prise et que la reine savait qu'elle ne plairait pas à Kiroï.
– Et tu n'iras pas en tant que prisonnier, ajouta Nerei. Tu n'auras même pas à rencontrer les autres humains.
Je parvins à me retourner sur les draps, sans m'échapper de l'étreinte de Soren. J'aimais trop qu'il me touche.
– Tu en es certain ?
– Oui, gronda Nerei. Réclamer le contraire serait outrepasser nos lois. Et s'il essaye de le faire, Lekton le paiera.
– J'ai voyagé avec ces mercenaires pendant des semaines, dit Soren. Je peux supporter de les voir une dernière fois. Surtout si c'est pour témoigner de toutes leurs atrocités.
– Malgré tout le mal qu'ils t'ont fait ?
– Je n'ai pas passé beaucoup de temps avec eux, dit Soren avec pudeur. Mais j'ai vu tout ce qu'ils ont fait à Abremai. Et je n'ai rien pu faire pour les empêcher. Même si les drakenides ne les condamnent pas pour ça, je veux au moins que quelqu'un sache.
Je ne pouvais rien objecter à son sens de la justice, c'était justement l'un des aspects de lui que j'appréciais.
– Ils ne seront effectivement pas jugé pour ce qu'ils ont commis en dehors de Drakanea, répondit Nerei. Mais tout ce qui sera rapporté sur eux permettra de décider s'il est vraiment légitime de les garder enfermé au Puit.
– Ils pourraient être libérés ?
– Non, grondais-je contre sa peau. Si les seigneurs ont pitié d'eux, ils seront mis à mort.
– Les prisonniers ne sont pas seulement gardés enfermé, dit Nerei. Ils sont livrés aux drakenides, à longueur de journée. On leur jette un sortilège qui les rend stérile. Les dragons se rendent là-bas pour satisfaire leurs pulsions les plus primitives et il n'est jamais question de consentement.
Je sentis le corps de Soren tressaillir contre moi, et me retournait aussitôt pour enfouir mon visage contre la chaleur de son torse. Nerei nous enveloppa de son bras.
– Je comprends mieux pourquoi la mort est plus clémente, dit-il à voix basse.
– Oui. Mais tu dois te douter qu'on n'enferme pas n'importe qui dans un endroit comme ça.
Je repensai à ce qu'avait dit Faran sur les terres tombées aux mains des sorciers, à la tension qui agitait Soren quand on évoquait le combat et à son expression figée tout le long de mon affrontement contre Zmei.
J'imaginai qu'il avait eu son lot de combats et d'horreurs tout au long de sa vie. Je ne pouvais que les deviner, en espérant que mon imagination dépassait la réalité, mais j'étais sûr que ce n'était pas le cas.
Je ne pouvais pas imaginer Soren se rendre au Puit. Pas en sachant tout ça. Je sentis ses doigts caresser mes cheveux, se glisser tout près de mes cornes. Je m'étais agrippé à lui de toutes mes forces restantes et ma queue serrait farouchement sa jambe.
– Cet endroit suscite des débats depuis des siècles entre les drakenides, et nous ne sommes malheureusement pas prêts d'y mettre fin, dit Nerei. Mais il est devenu pire depuis que Lekton le gouverne et nous sommes nombreux à nous en plaindre. Il perdra tout s'il ne se montre pas prudent.
Je me sentais toujours aussi furieux, mais je n'avais pas d'autre choix que de le croire.
Meli nous offrit une parenthèse bienvenue en nous apportant le repas. Sortir du lit fut une épreuve après l'assaut du cœur de feu de Nerei, mais le combat m'avait ouvert l'appétit et je mourrais de faim autant que de soif.
Soren se leva avec une grimace et ses premiers pas furent incertains. Je contemplai sa démarche avec un soupir peut-être un peu trop satisfait, car Nerei me lança un regard aussi amusé que lourd de reproche.
Le repas était fait de viandes, séchées ou grillées, arrosées d'herbes aromatiques. Même Nerei mangea copieusement, lui qui d'ordinaire se nourrissait à peine.
– C'est parce qu'il a peur pour sa place que Kiralekton t'en veut autant ? demanda Soren de but en blanc.
– Non, il y a tout un tas de raisons, répondit Nerei. Lekton est jaloux et méfiant envers tout le monde. Il est insouciant et égoïste. En fait, je me suis toujours demandé si l'humain qui a porté son œuf était vraiment consentant. Il ressemble à ce qui arrive quand un esclave est fécondé de force et que l'œuf grandit dans la rancœur.
– Pourquoi lui confier une cité, alors ? dit Soren en fronçant les sourcils.
– Parce que nous ne sommes certains de rien. Ce ne sont que mes suppositions. Et puis, il faut beaucoup de volonté pour diriger un tel endroit. Y aller est une chose, y rester en est une autre. Les volontaires ne sont pas nombreux.
– Beaucoup déchantent après quelques temps passé là-bas, dis-je en pensant à Zmei. Surtout quand on a connu la volupté de Drakomaï.
– Mais c'est aussi pour ça que les prisonniers du Puit doivent être stériles. Nous sommes intransigeants là-dessus. Tout comme il est indispensable que le consentement des humains soit absolument respecté à Drakomaï.
– Et Nerei prend ses fonctions très au sérieux, dis-je en le couvant du regard. Lekton, un peu moins.
– Il oublie que ce n'est pas lui qui décide des règles, acquiesça Nerei. Même dans sa propre cité. Grâce aux lois de Drakein, notre espèce prospère depuis des millénaires. Mais c'est aussi pour cette raison que je ne peux pas m'y opposer, même quand je sais qu'elles sont injustes.
Soren approuva d'un signe de tête. Pour ces choses-là, il avait le même point de vue que Nerei. Ça me mettait en colère et en même temps, j'appréciai énormément cela.
– J'ai envie d'aller prendre un bain, dit Soren après un moment de silence.
– Vas-y, dit Nerei d'une voix douce. Tu n'as pas besoin de demander notre permission.
– C'était plutôt une proposition.
L'esprit de Nerei s'enflamma aussi fort que le mien. Je vis mon compagnon reposer son verre d'eau d'un geste beaucoup trop prudent. Soren s'était déjà redressé. Il portait encore la marque de mes griffes sur ses hanches.
– Je ne pense pas que ce soit raisonnable. Je crois qu'Ataek ne t'a pas épargné aujourd'hui et je t'ai dit qu'il te fallait du repos.
Je grognai pour la forme.
– Je pensai juste à un bain, répondit Soren d'un air ennuyé. Rien de plus.
C'était téméraire de sa part de penser que je pourrais me contrôler devant son corps nu et ruisselant d'eau, même après tout ce que nous lui avions fait depuis hier. Surtout après tout ce que nous lui avions fait depuis hier. Je me sentais sourire, bêtement satisfait.
– On peut faire l'amour sans qu'il y ait de pénétration, susurrai-je à Nerei. Tu me l'as dit assez souvent.
– Ou juste prendre un bain, insista Soren. Et rien de plus.
C'était peine perdue, il le savait déjà j'entendais la résignation dans sa voix. Je fis mine de soupirer.
– Je ferai un effort.
Nerei rit pour nous trois, et le voir se détendre nous fit du bien à tous. Je n'aimais pas le voir inquiet moi non plus, et même s'il faisait de son mieux pour le cacher, je le connaissais trop bien pour ignorer sa tension.
– Juste un bain et rien de plus, ça me semble une bonne idée.
– Alors j'y vais, acquiesça Soren avec un signe de tête.
Je suivi du regard ses adorables fesses rondes sur lesquelles des bleus commençaient à apparaître. Un son de contentement fit vibrer ma gorge. Je parti le dernier, le temps d'engloutir la fin de mon repas.
Les cristaux de la salle d'eau brillaient comme des flammes au contact de la magie de Nerei. Soren avait bouché le bassin de pierre pour qu'il se remplisse d'eau fumante. Il s'aspergeait déjà le visage, presque entièrement immergé. Nerei s'assit contre la roche avant de l'attirer sur ses cuisses, caressa ses reins cambrés pour plonger la main sous la surface de l'eau. Soren s'agrippa à ses épaules avant de se tendre. Je devinai que Nerei avait glissé ses doigts en lui.
– Tu es encore plein de sa semence, lui dit-il d'une voix rauque. J'adore ça.
Ils s'embrassèrent à pleine bouche, les yeux fermés. J'en grondai de désir.
– Si vous voulez que ça reste un simple bain, tu devrais arrêter de l'exciter devant moi, Nerei, parce que je ne pourrai pas me contrôler.
Je les rejoignis à mon tour pour leur réclamer moi aussi un baiser. Nerei mordit mes lèvres, Soren caressa mon cou. Je me sentais déjà mieux.
Je me laissai aller contre les pectoraux de l'humain. Ses tétons dépassaient juste au-dessus de la surface et si je les gardai dans mon champ de vision, je ne pourrai pas retenir mon envie de les suçoter.
Il referma aussitôt ses bras autour de moi, sans la moindre hésitation. Il s'était lui-même assis dans le giron de Nerei dont les genoux affleuraient hors de l'eau. Je basculai ma tête en arrière pour les contempler tous les deux. Soren vint chasser mes cheveux pour dégager mon front et mes cornes. Sa main ruisselait d'eau.
Il prenait de plus en plus l'initiative de me toucher, et j'adorai qu'il retourne ainsi mes marques d'affection. Derrière son attitude impassible et son indifférence, je devinai les contours de son véritable caractère. Il avait dû être un compagnon aimant, intransigeant mais tendre.
Les drakenides étaient tactiles, souvent bien plus que les humains. Ça me plaisait qu'il le soit aussi une fois levé les barrières de ses réticences. J'aimais autant ses caresses anodines que ses étreintes plus marquées.
Quand nous étions ainsi, mes pulsions se taisaient. Le plaisir d'être contre lui soufflait tous les autres.
– Quand tout cela sera fini, dit calmement Nerei, j'aimerais que nous allions voler tous les trois. J'aimerais te montrer Drakanea. Et tous les endroits de Drakomaï que tu ne connais pas encore.
Je trouvai cette idée délicieuse. Soren semblait moins convaincu, et je me rappelai de son inquiétude la première fois que j'avais pris mon envol, mais une lueur d'intérêt s'était allumée dans son regard.
– Pourquoi pas, dit-il après un temps d'hésitation.
– Ne t'inquiète pas. Nous serons prudents. Nous voulons que tu portes nos œufs, pas que tu sois terrifié pour toujours.
Soren ne dit rien, mais il avait esquissé un bref sourire. Ses yeux gris m'évoquaient une mer tranquille.
J'avais de nouveau envie de l'embrasser. Juste pour le plaisir, pour retrouver la sensation de ses lèvres. Je ne voulais pas penser à demain, à l'émissaire de Drakein et à ses conséquences. Je préférai rester dans l'instant présent, et la perspective de voler à leurs côtés suffisait à occuper mon futur.
Je fermai les yeux pour me laisser aller dans leur étreinte, bercé par la chaleur du bain et le clapotis de l'eau.
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