2Chapter14
Planer dans les bras d'un drakenide à moitié transformé était bien plus effrayant que de voler sur le dos immense de leur forme de dragon. Surtout lorsqu'il s'agissait de descendre, et non de monter.
J'avais confiance en Nerei, mais je ne pouvais pas lutter contre la sensation de vertige qui me vrilla les entrailles en nous sentant tomber. Je fus immensément soulagé quand il me déposa au sol, après ce qui m'avait semblé de longues minutes que j'avais passé les yeux clos. Il n'avait pourtant pas dû s'écouler plus d'une dizaine de secondes.
Il ne me relâcha pas tout de suite, sentant que mes jambes risquaient de ne pas tenir debout toutes seules. Mon trouble passa heureusement aussi vite qu'il était venu.
J'apercevais le balcon des appartements de Nerei, très haut au-dessus de notre tête. Il y avait de nombreuses autres ouvertures et constructions de ce côté-là des montagnes, à l'intérieur de la caldeira. Je distinguai plusieurs escaliers, ainsi que les toits de quelques bâtiments. Quelques-uns dépassaient également de la cime des arbres autour de nous.
La végétation était aussi luxuriante que disciplinée, comme un immense jardin façonné par la nature. Nerei avait atterri aux abords d'un bosquet, non loin d'une allée de pierre qui devait conduire aux galeries principales de Drakomaï.
La matinée était belle et les abords de la cité ne m'avaient jamais paru aussi vivants. Des dragons fendaient régulièrement le ciel au-dessus de la caldeira. Beaucoup de personnes se promenaient sur les pelouses tapissées de fleurs sauvages. J'inspirai à plein poumon leurs délicieuses odeurs.
– Le temple des guerriers n'est qu'une toute petite partie de Drakomaï, dit Nerei en m'invitant à le suivre.
Plusieurs personnes discutaient près d'une immense statue de femme. Certains d'entre eux étaient en train de la dessiner, des fusains à la main et des supports de bois sur les genoux. Il y avait autant d'humains que de drakenides. Certains allaient nus, ou bien étaient couverts de bijoux, d'autres étaient vêtus de superbes vêtements ou de tenues très simples.
La plupart des dragons avaient choisi une apparence humanoïde, peut-être plus commode pour interagir avec les humains.
– Certains endroits de la caldeira sont un peu plus sauvages. Les petits sont élevés là-bas. Ils y sont plus tranquilles. Tout comme nous, ajouta-t-il avec une moue équivoque.
Je pouvais comprendre. Peu importe l'espèce, des enfants restaient des enfants.
Contrairement à ce que j'aurais pu imaginer après avoir visité de Naos, l'ensemble des promeneurs était plutôt sages. Nous croisions parfois quelques couples qui s'enlaçaient à l'abri des arbres ou flânaient sur les étendues d'herbes grasses, mais je ne vis presque rien d'indécent.
Le Kiroï passait presque inaperçu. On le saluait d'un signe de tête, ou bien on s'inclinait brièvement à son passage, toujours avec beaucoup de respect mais personne ne vint nous aborder.
Un groupe d'hommes s'amusait à lutter au milieu d'une clairière. Ils parlaient forts et riaient beaucoup. Un dragon s'arrêta pour les regarder. Leurs musculatures étaient impressionnantes, mais leurs techniques discutables. Je m'arrêtai aussi, un brin perplexe, avant de continuer mon chemin.
– Est-ce que toutes les villes drakenides ressemblent à Drakomaï ?
– Pas toutes, répondit Nerei. Mais sur le principe, beaucoup. Nous sommes peu nombreux et la nature nous apporte tout ce dont nous avons besoin. Les artisans sont rares et nous faisons peu de commerce.
Les arbres étaient chargés d'oiseaux autant que de fruits. J'imaginai que l'on devait aussi trouver du gibier, plus loin, dans les forêts qui entouraient le lac. Sans parler de celui qui devait abonder à l'extérieur, dans les immenses plaines de Drakanea.
– Beaucoup de drakenides préfèrent vivre à l'état sauvage. Quelques-uns partent découvrir le monde et se mêlent aux humains. Nous n'avons pas vraiment de raisons de vivre regroupés.
Au milieu d'une clairière, un jeune drakenide armé d'une épée croisait le fer avec une très grande femme à la peau sombre, vêtue d'une armure de cuir. Elle corrigea sa posture, invita l'adolescent à réitérer son attaque. L'assaut échoua et le drakenide s'effondra par terre. La femme vint l'aider en riant, sous le regard protecteur d'un immense dragon brun allongé près deux, sa tête posée sur ses énormes pattes.
– Il y a aussi des humains qui vivent ici. Certains repartent tout de suite après la ponte, mais d'autres choisissent de rester plus longtemps. Parfois même des années, ou toute une vie.
– Ils ne restent pas au moins jusqu'à l'éclosion des oeufs ?
– Non. Souvent, les drakenides ne le font pas non plus. La plupart des petits sont élevés par la communauté. Certains préfèrent élever eux-mêmes leurs enfants, mais c'est une envie assez rare et les enfants expriment très tôt le besoin de passer leur temps avec les autres dragons de leur âge.
Je restai perplexe.
– Alors vous ne connaissez pas vos parents ?
Nerei haussa les épaules.
– Très peu. Nous savons qui ils sont, mais les drakenides sont rarement élevés par ceux qui les ont mis au monde. Nous n'avons pas vraiment l'instinct familial. Nous avons des vies très longues et l'enfance devient vite un moment éphémère. Nous ne ressentons pas de manque.
D'une certaine manière, je pouvais comprendre cela. J'avais moi-même perdu ma mère très jeune, et mon père à peine quelques années plus tard. Je m'étais sûrement plus construit autour de leur légende que de leur vraie identité.
– En revanche, nous aimons transmettre. Et pas qu'à nos propres enfants.
Nous avions atteint les rives du lac, ou du moins, le bord d'une vaste étendue d'eau. Un grand belvédère de bois peint avait été bâti à l'abri des arbres. J'entendis des mots prononcés dans une langue qui m'était familière.
Ma langue.
Et la voix d'Ataek qui en corrigeait la prononciation.
Son regard se riva droit sur nous dès qu'il nous vit approcher.
Il était assis en tailleur sur un épais tapis, entouré par un petit groupe de très jeunes drakenides, grands comme des enfants d'une dizaine d'année. La plupart avaient des corps humanoïdes, entièrement recouverts d'écailles. Les plus petits avaient encore des têtes de dragons, les plus vieux, des visages humains au milieu de leurs petites écailles brillantes.
Nerei baissa la tête pour pénétrer sous l'abri du belvédère. Les enfants se levèrent tous en même temps, dans un concert de pépiements joyeux.
L'Amakiroï les salua d'un sourire. Ataek rappela ses troupes à l'ordre d'une voix calme et tranquille. Je comprenais mieux ce que Nerei avait voulu signifier en me disant que le retour de Skarana était très attendu.
Ataek ne se leva pas, mais son regard ne m'avait pas quitté. Une bouffée de chaleur me traversa un instant, la sensation familière de son cœur de feu qui m'enveloppait.
– Nous n'avons pas encore terminé la leçon, dit-il quand les exclamations de joies furent redevenues des chuchotements d'élèves enthousiastes. Est-ce que vous comptez aller loin ?
– Non, répondit Nerei. Nous t'attendrons sous les saules.
– C'est parfait. Je vous rejoindrai plus tard.
Il reporta son attention sur ses élèves et nous sortîmes du belvédère pour le laisser continuer son cours. Une dizaine de voix appliquées reprirent bientôt la courte phrase de salutation qu'il leur faisait prononcer. Pourtant, nous n'avions pas fait plus de quelque pas que j'entendis Ataek nous appeler.
– Soren !
Il s'était précipité dehors et me saisit la main pour me ramener contre lui. Retenu par ses doigts chaud, j'eu à peine le temps de me retourner. Il m'embrassa passionnément, dévorant ma bouche. J'en restai hébété un bref instant avant de répondre à son baiser.
Il me relâcha après de longues et délicieuses secondes, l'air satisfait. Puis s'accrocha au cou de Nerei pour lui faire subir le même sort.
Il repartit ensuite aussi vite qu'il était venu à l'intérieur du belvédère.
Nerei, riant, dut me pousser doucement par les épaules pour m'inviter à m'éloigner. Je passai machinalement ma langue sur mes lèvres, y trouvant encore le goût de celles d'Ataek.
– Les leçons de Skarana sont très appréciées, m'expliqua-t-il avec un regard complice. Sa mère était une sorcière des landes. Elle a vécu à Drakanea jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge adulte, et puis ils sont partis ensembles à travers le monde. Il a longtemps voyagé avant de revenir à Drakomaï.
Je n'étais pas surpris de l'apprendre. Ataek m'avait semblé à l'aise avec les humains. J'avais deviné que son talent pour les langues ne se limitait pas à langue commune pratiquée dans ma contrée d'origine.
– Et vous ? demandai-je en redressant la tête vers Nerei. Vous avez aussi vécu hors de Drakanea ?
Du bout des griffes, il cueillit un énorme fruit bleu au-dessus de nos têtes. Il le fendit en deux pour m'en tendre la moitié. La chair, bleu clair, avait un goût sucré qui me rappelait celui des poires ou des pommes.
– Je l'ai fait aussi, me dit-il enfin. Mais c'était il y a longtemps.
Je me contentai de croquer un nouveau morceau de fruit, sans poser plus de questions.
– Mais je t'en prie, arrête de me vouvoyer. Surtout si tu as toujours l'intention que je te féconde.
Je frémis à ses mots. Tutoyer Ataek m'avait été difficile. Je me demandai si j'arriverai à le faire avec Amakiroï, gouverneur de Drakomaï.
Il me conduisit jusqu'au bord du lac, près d'énormes saules pleureurs aux couleurs roses et parmes. Nerei souleva les longs rideaux de feuilles du plus gros des arbres. Nous étions à l'abri sous ses hautes branches. Protégés du monde.
L'eau était aussi claire que calme. Les rives avoisinantes étaient bordées de nombreux autres saules. Quelques feuilles flottaient à la surface du lac, emporté par les clapotis des vagues.
– Personne ne se baigne ici ? demandai-je en m'asseyant sur l'herbe.
Je retirai mes sandales, ne résistant pas à l'envie de tremper mes pieds dans l'eau.
– Il est trop tôt. Et nous n'apprécions pas vraiment l'eau froide, répondit Nerei en s'adossant au tronc du saule. Tu as dû deviner que nous préférons les sources chaudes.
L'eau était fraiche, en effet. J'avais rincé mes doigts encore collants de jus, et retroussé le bas de mon pantalon pour ne pas le tremper. Mes pieds s'enfoncèrent dans le sable de la berge. J'aimais cette sensation.
Nerei ne disait rien. Je sentais le poids de son regard peser sur moi. Je devinai ses étranges yeux noirs rivés sur mon tatouage.
Je retournai m'assoir sur la berge pour laisser sécher mes pieds. L'herbe était grasse et moelleuse. J'y appuyais mes mains, les genoux repliés. Marcher avait dégourdi mes muscles et si je me sentais encore lourd, j'avais beaucoup moins mal que tout à l'heure.
Je me sentais bien.
Maintenant que j'avais visité une plus grande partie de Drakomaï, je comprenais pourquoi le pèlerinage était si important pour mon ordre. Il ne s'agissait pas que d'acquérir la force des dragons, d'apprendre l'humilité ou même de découvrir le plaisir et l'amour.
Il y avait quelque chose ici qui devait être protégé. Un sentiment de paix, de liberté, de vie, qui méritait que l'on se sacrifie et qu'on le défende. Pour qu'il puisse continuer d'exister, et que d'autres le découvrent aussi à leur tour. Les chevaliers qui étaient rentrés à Ashkelon l'avaient sûrement fait avec l'idée que ce n'était plus seulement notre royaume qu'ils consacreraient leur vie à protéger. C'était aussi Drakanea.
Sous le regard insistant de Nerei, j'avais l'impression que le tatouage dans mon dos me brûlait.
Je n'avais jamais aussi bien compris le sens du blason orné d'ailes de dragons. Il ne voulait pas dire que nous avions acquis leur force en leur offrant nos corps. Il signifiait aussi que notre destin était lié au leur. Le mien l'était aussi désormais.
Je n'aurais jamais pensé pouvoir fouler un jour l'herbe de Drakanea, m'assoir devant les rives du lac de Drakomaï. Ou du moins, je n'y croyais plus depuis longtemps.
Pourtant, je m'y trouvais enfin.
Je pris une grande inspiration. L'air sentait la terre humide et le parfum des fleurs. J'étais habité par un inhabituel sentiment de paix.
Assez pour poser enfin la question qui me taraudait depuis la veille.
– Est-ce que je suis vraiment débarrassé de ce sortilège ?
Nerei me contempla un long moment.
– Oui. J'ai éliminé toute la magie noire qu'il y avait en toi.
Je fermai les yeux en prenant une grande inspiration.
Libre.
Je me frottai longuement le visage. J'avais besoin de me convaincre que j'étais bien vivant, et que je ne rêvai pas.
J'étais vraiment libre.
– Merci, soufflai-je enfin.
Ce n'était qu'un mot, mais j'avais besoin de le dire, à défaut d'autre chose. Rien n'aurait pu exprimer l'ampleur de ma gratitude.
– J'imagine que tu n'as jamais vraiment réfléchi à ce que tu ferais si tu retrouvais un jour ta liberté.
J'étirai ma nuque avant d'entourer mes genoux de mes bras.
– Non.
Libre. Je n'étais plus l'esclave de personne.
Le simple fait d'y penser me donnait le vertige. Aucun de mes anciens maîtres ne pouvait plus m'atteindre ni me ramener auprès de lui. Je n'arrivais pas à croire que j'étais délivré de leur emprise.
– Tu auras l'occasion d'y réfléchir. Mais même si tu décides de ne pas porter nos œufs, j'aimerais que tu passes quelques mois à Drakomaï. Tu as besoin de temps pour guérir.
Il ne précisa pas de quoi.
Entre mon corps, mon esprit et mon âme, j'imaginais qu'il y avait beaucoup à faire. Je ne pensais pas qu'il soit vraiment possible de réparer quoi que ce soit, mais je ne voulais pas contrarier Nerei.
Il s'assit tout près de moi. La chaleur de son corps remplaça celle de son cœur de feu. Le dos de sa main était couvert d'écailles noires. Il frôla mon biceps, suivi les lignes de mon tatouage de la pulpe de ses doigts. Exactement comme Ataek l'avait fait quelque jour plus tôt.
– Est-ce que ce sont les mages noirs qui t'ont circoncis ?
Un tremblement incontrôlable traversa mon échine. Je m'y étais attendu. Je savais qu'il finirait par me poser des questions.
– Oui.
– Et tes tatouages ? dit-il en les caressant toujours.
– Non. Je les avais déjà.
Adraxas les aurait volontiers effacés s'il avait pu le faire sans laisser de traces. Même avec ses sortilèges, il n'aurait pu les remplacer que par des cicatrices et cette idée lui déplaisait plus encore.
– Est-ce que tu en voudrais d'autres ? Il y a des gens à Drakomaï qui maîtrisent l'art du tatouage.
Si les caresses douces de Nerei me faisaient frissonner, cette question-là me fit tressaillir, me tirant de mes sombres pensées. J'observai les eaux calmes du lac.
– Avant, oui, avouai-je après un temps d'hésitation. Maintenant… je ne sais pas.
J'avais cessé depuis longtemps de rêver à ces choses-là.
Il posa sa main à plat contre ma peau, recouvrant presque entièrement mon muscle. Sa paume était chaude et douce.
– Qui étais-tu pour les chevaliers, Soren ?
Je ne répondis pas cette fois. J'avais redouté cette question. Il avait caressé le tatouage de mon bras avec beaucoup trop de fascination et d'insistance. Je me demandai même s'il ne connaissait pas déjà la réponse.
Je lui donnai la mienne sans flancher, plantant calmement mon regard dans le sien.
– Personne d'important.
Il resta songeur. Il semblait même déçu. Je ne pouvais rien y faire. Ce n'était pas la vérité qu'il voulait entendre, j'en avais conscience.
– Est-ce que c'est un problème ? dis-je d'un ton volontairement plus léger. Le Kiroï ne peut féconder que des nobles ou des princes ?
– Je peux m'accoupler avec qui je le souhaite.
Il retira sa main pour s'appuyer dans l'herbe, étendant une jambe devant lui. Je fus soulagé qu'il accepte de changer de sujet.
– C'est aussi pour cela que je dois me tenir à l'écart. Je suis le plus puissant dragon de Drakomaï. Il m'arrive de saillir des humains dans le Naos mais si je décidai d'en réclamer un, aucun drakenide ne pourrait s'y opposer.
Je me rappelai de son trône de bois sculpté au cœur du Naos. J'imaginai qu'il n'y aurait pas non plus beaucoup de guerriers prêts à refuser un tel honneur.
Je croisai les bras sur mes genoux pour y appuyer mon menton, le regard tourné vers lui.
– C'est pour ça que tu me touches à peine ?
Il posa sur moi un regard surpris. Il s'imaginait peut-être que je ne l'aurais pas remarqué.
Depuis mon arrivée, il ne m'avait touché pratiquement que pour me soigner ou me libérer du sortilège. J'étais même certain qu'hier, il ne nous aurait pas rejoints si nous ne l'avions pas tant provoqué. Il se serait contenté de regarder.
Chacun de ses gestes à mon égard était mesuré. J'aurais pu ne pas m'en rendre compte, ou bien choisir de faire comme si de rien n'était, mais je savais que je ne me trompai pas.
Il me contempla un long moment. Le vent bruissait dans les branches des saules, agitant leurs longs rideaux de feuilles.
– Tu as beaucoup de volonté, Soren. Sûrement beaucoup plus que tu ne le crois. Mais tu dois aussi savoir ce qui me retient.
– Tu as peur que j'agisse par gratitude, répondis-je en hochant la tête. Que je veuille porter vos œufs pour vous remercier, parce que je m'en sens obligé. Et pas parce que c'est mon choix.
Il ne répondit pas. Son regard parlait pour lui. J'avais l'impression qu'il essayait de sonder mon âme.
– Si tu l'as compris seul, alors tu sais que ma réserve est légitime.
J'étais soulagé qu'il le reconnaisse. Une part de moi avait redouté qu'il ne s'agisse d'autre chose. Que je le laisse tout simplement indifférent.
Il était Amakiroï, gouverneur de Drakomaï. Il m'avait délivré de mon sortilège, et il craignait qu'aveuglé par la reconnaissance, j'accepte sans hésiter tout ce qu'il m'imposerait. Alors il agissait avec toute la prudence que demandait son rang.
– C'est vrai qu'à ma place, n'importe qui serait réticent, répondis-je d'un ton très calme. Être obligé de faire l'amour pendant des mois avec deux drakenides, c'est vraiment terrible.
Pendant quelques instants, Nerei eu l'air surpris. Puis il se mit à rire.
C'était si agréable et chaud que j'eu l'impression qu'un rayon de soleil liquide dévalait mon échine. Ce fut plus agréable encore quand il saisit fermement ma nuque pour m'embrasser.
Sa langue caressa mes lèvres, envahi ma bouche. Un frisson délicieux traversa mon corps. Sa paume avait glissé sur mon visage pour le tenir en coupe.
– J'espère que tu ne t'es pas senti blessé par ma réserve, susurra-t-il contre ma bouche. Je sais que tu seras capable de prendre tes propres décisions sans te laisser influencer.
Il appuya son front contre le mien. C'était aussi intime que troublant. Son regard s'était ancré à mes prunelles.
– Voici ce que je te propose, Soren. Tu as encore besoin de repos. Je vais passer une partie de la journée avec Ataek et toi. Je m'assurerai qu'il contienne ses ardeurs.
Cela me fit sourire. Maintenant qu'il n'était plus retenu par mon maléfice, j'imaginais mal Ataek capable de se maîtriser.
– Je dois souvent me rendre au Naos. Cela fait partie de mon rôle de m'assurer que tout se passe bien. Quand tu auras repris des forces, tu m'y accompagneras. Et je ferai l'amour, Soren. Je te ferais l'amour aussi longtemps que tu en auras envie. Est-ce que cela te convient ?
Un frisson traversa mon échine. Ce n'était pas la chaleur de son cœur de feu qui avait enflammé mon aine. C'était mon propre désir qui s'était brutalement réveillé.
Il aurait pu me prendre ici et maintenant. Je mourrais d'envie de lui demander de le faire. D'enfouir mes doigts dans ses cheveux et de m'allonger dans l'herbe avec lui. Je l'imaginai déjà écarter mes genoux et s'enfouir entre mes cuisses. J'étais frustré qu'il ne l'aie pas déjà fait.
– Réponds-moi, Soren.
Je me forçai à déglutir. Sa voix était aussi chaude que son regard pénétrant. Il savait de quoi j'avais envie, j'en étais certain. Je savais aussi qu'il ne le ferait pas. Il avait beaucoup trop de raisons de se retenir.
– Oui, soufflai-je en hochant doucement la tête. Ça me convient.
Il embrassa doucement ma tempe. Je me sentais encore fébrile. J'étais déboussolé par l'ampleur de ce qu'il réveillait en moi. Par l'état fiévreux dans laquelle Ataek et lui me faisaient irrémédiablement plonger chaque fois qu'ils me touchaient.
– Est-ce que j'interromps quelque chose ?
Ataek apparut sous les branches du saule, soulevant de son bras l'un des longs rideaux de feuille.
– Non, dit Nerei en se redressant. Je suis désolé de te décevoir mais je t'ai dit qu'aujourd'hui, il devait se reposer.
Je saisis la main que Nerei me tendit pour m'aider à me relever. Cela me troubla bien moins que ce que j'avais redouté. Le désir refluait déjà et Ataek n'avait rien remarqué.
En revanche, quelque chose s'était réchauffé dans ma poitrine. Les deux drakenides se chamaillaient gentiment, comme ils semblaient en avoir l'habitude, et je me sentis sourire. J'aurais dû me sentir exclu et pourtant, je n'avais pas l'impression de perturber leur étrange alchimie.
Je n'avais jamais connu cette sensation auparavant. Je la trouvais dangereusement agréable.
Une part de moi se demandait malgré tout si j'avais vraiment le droit de l'éprouver.
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