Notes:
- Changement de narrateur dans ce chapitre -
Chapter Text
L’humain grimpa sur mes cuisses dans un état second. Enivré par la chaleur de mon cœur de feu, il se laissa aller contre mon torse. Je lui fis courber la nuque pour inspecter plus attentivement le motif tatoué sur son dos. Il semblait bien trop jeune pour arborer ce symbole que je croyais disparu. Pourtant, le dessin était très net sous les cicatrices qui le recouvraient. Ce n’était pas le délire d’un maître fantasque qui avait fait tatouer son esclave pour son bon plaisir. Ni l’œuvre de la cruauté sordide d’un mage noir. Son corps musclé et ses blessures achevaient de me confirmer ce qu’il était. C’était un vrai chevalier d’Ashkelon que je tenais contre moi.
Un mélange d’émotions que je croyais oubliées chatouilla ma poitrine. Un peu de nostalgie. De la joie. Un soupçon d’amertume.
Je comprenais mieux pourquoi Ataek avait tant tardé à revenir. Je devinai même qu’il ne serait pas réapparu avant des semaines si l’humain n’avait pas été empêtré dans autant de maléfices.
Les autres m’avaient parlé d’un étrange tatouage. Aucun d’entre eux n’avait pensé à me mentionner ce qu’il en était vraiment. Ils n’avaient même pas dû y prêter attention. Ataek était sûrement le seul à y avoir vraiment accordé de l’importance.
Je n’en attendais pas moins de lui.
Je caressai du bout des doigts les lignes noires tatouées sur la peau de l’humain. Son dos aux muscles dessinés par le labeur était comme une œuvre d’art. Il était tout à fait à mon goût. Mais les cicatrices profondes qui le marquaient m’inspiraient aussi un profond sentiment de malaise. Beaucoup d’entre elles ne ressemblaient pas aux blessures qu’un guerrier pouvait recevoir au combat. Pas même à celles d’un esclave que l’on aurait corrigé ; il en était passé bien d’autres par les portes de Drakomaï.
Non. Celui-ci avait été torturé. Par un mage noir, à en croire la quantité de résidus néfastes profondément logés dans ses chairs. Je les sentais réagir à la magie et s’accrocher à ma paume comme des filaments visqueux.
Je descendis le long de sa colonne vertébrale pour poser les doigts sur ses reins. Je le sentis frissonner. Il se méprenait sûrement sur mes intentions mais ce n’était qu’une contrainte accessoire. Je voulais d’abord constater l’ampleur de sa corruption. Je percevai le réseau complexe de sortilèges gravés dans son bas-ventre. Quand je compris leur raison d’être, je m’entendis gronder de colère.
Quel était l’intérêt de cette perversion ?
Je comprenais mieux pourquoi il m’avait semblé si pressé de quitter le temple des guerriers. Il n’y avait rien pour lui ici, excepté de l’amertume et de la frustration.
Je sentis la magie d’Ataek en lui. Ils avaient probablement partagé leurs fluides, et assez abondamment, pour qu’il ait pu commencer à défaire le maléfice qu’on avait jeté à cet humain.
Je saisis son menton pour lui faire tourner la tête vers moi. Son regard égaré mis du temps à trouver le mien.
– Est-ce qu’Ataek a abusé de toi ?
J’en doutais, mais je voulais en avoir la certitude. Même les plus raisonnables d’entre nous pouvaient se laisser emporter par leurs pulsions. L’humain répondit trop vite pour mettre en doute sa sincérité.
– Non, dit-il avec détermination.
Il n’y avait plus le moindre trouble dans ses yeux gris. Cette expression me plaisait. C’était le témoignage d’une âme loyale et dévouée.
Cet humain n’avait pas l’air du genre à accorder facilement sa confiance et pourtant, Ataek semblait déjà avoir trouvé le moyen de la gagner.
– Je devais l’attendre sur l’esplanade, osa-t-il rajouter. Il m’a conduit à Drakomaï pour lever le maléfice.
Je souris et caressai son échine pour le simple plaisir de le faire frissonner. Il avait parlé d’un ton prudent, comme s’il craignait mes réactions.
– Il t’a ramené à Drakomaï parce qu’il veut te féconder. Le sortilège n’est qu’un contretemps. C’est à moi qu’il t’aurait conduit pour t’en débarrasser.
Son regard se troubla, pas à cause de mon cœur de feu, cette fois. Cette information le perturbait.
– Quel est ton nom ? demandais-je en faisant glisser mes mains sur ses flancs.
Être sur mes genoux le mettait mal à l’aise, c’était une évidence. Il semblait habitué à la soumission, mais pas au fait d’être exhibé comme un trophée. Je compris aussi que malgré ses réticences, mes caresses lui plaisaient.
– Soren.
– Juste Soren ?
Je sondai son regard à la recherche de la moindre faille. Il ne tressaillit même pas.
– Oui, dit-il d'un ton monocorde.
Ses faiblesses étaient apparentes, mais bien protégées. Je devinais que son identité avait été écrasée par des années de sévices et d'humiliations. Quel âge avait-il vraiment ?
– Je ne vais rien te faire, murmurai-je contre son oreille. J'adorerais, mais ce n'est ni l'endroit, ni le moment.
Ataek ne lui avait sûrement rien dit. L’humain devait être en train de se préparer au pire, ou de s’imaginer pris au piège d’une querelle entre deux dragons.
– Je dois comprendre comment réagi ton sortilège pour pouvoir le défaire. Tu vas prendre ça comme une mauvaise excuse, mais il faut que tu sois excité.
Je saisis ses pectoraux à pleine main pour le plaquer contre moi. C’était un plaisir de presser ses muscles moelleux et fermes. Ses tétons se dressèrent contre mes paumes et je les pinçai doucement, les fit rouler entre mes doigts jusqu'à ce qu'ils deviennent durs et roses. La respiration de l'humain s'était accélérée. Il n’était pas habitué comme nous à faire abstraction de la luxure environnante. Il ne pouvait pas rester insensible au spectacle qui nous entourait.
Je sentis le réseau de maléfices se réveiller en lui, se propager à travers ses nerfs et ses veines. La corruption était plus profonde que ce que j’avais imaginé. Je plongeai le long du torse puissant de l’humain. On m’avait dit qu’il était esclave. J’ignorai ce que lui avait fait faire son dernier maître, mais il avait encore un corps de guerrier. Ses muscles durs se contractèrent au contact de ma main. Il s’était confectionné le sous-vêtement traditionnel des hommes d’Ashkelon. Le détail était aussi amusant qu’affriolant. J’empoignai son entrejambe à travers le tissu pour le faire réagir. Ses doigts se crispèrent sur les accoudoirs de mon siège.
– Quelle surprise de te trouver là, Kiroï.
Le ton froid d’Ataek nous fit tous deux redresser la tête. Il avait surgi de la foule comme une apparition. Et comme je m'en étais douté, il était furieux.
Ataek avait repris une forme hybride incomplète. Sa queue fouettait l'air d’un air contrarié. Il s'était dissimulé à moi pour s'approcher sans que je le remarque. Je lui adressai un sourire amusé. À sa vue, l’humain s’était tendu.
– Skanara, dis-je sans cacher mon air satisfait. Tu as mis du temps à nous rejoindre.
Voir l'humain pratiquement nu sur mes genoux l'excitait autant que ça le mettait en colère. J'imaginais très bien tout ce qui devait lui traverser l’esprit.
L'air était trop chargé de plaisir et de bien-être pour qu'il puisse se laisser emporter par ses pulsions. Des dizaines de cœurs de feu brûlaient à l'unisson, chaleureux, apaisants.
Mais la raison d'Ataek était sur le fil et je vis plusieurs drakenides redresser la tête en plein milieu de leurs ébats.
– J’aurais été plus rapide si tu m’avais envoyé directement au bon endroit, dit-il avec une morgue à peine contenue.
Je m’accoudai à mon siège pour poser le menton dans la paume de ma main. De l’autre, je pinçai négligemment le téton de l’humain qui restait figé contre moi.
– Quand je vois dans quel état tu es, je ne regrette pas ce que j’ai fait. Tu le désire tellement que tu ne te rends même pas compte que tu es en train de perdre le contrôle. Je suis même surpris que tu ne l’aies pas violé.
Ataek se figea, piqué à vif. L’insulte avait porté ses fruits.
– Et ne me fais pas l’affront de me dire que je me trompe, le coupais-je avant qu’il n’ouvre la bouche.
Il contracta les poings, les dents serrées. Il semblait commencer à prendre conscience de ce que je lui disais. Des regards posés sur nous, de sa propre fureur qui l’empêchait de réfléchir correctement. L’hésitation troubla ses yeux d’or. Il reprit lentement forme humaine. Ses écailles reculèrent, ses oreilles s’arrondirent. Du dragon, il ne resta plus sur son visage que quelques écailles rouges et ses cornes recourbées.
– Ce n’est pas un endroit pour discuter, dit-il après avoir pris une grande inspiration. Pouvons-nous aller autre part, Kiroï ?
– J’attendais que tu le proposes.
Le maléfice pouvait attendre. Maintenant qu’il nous avait rejoint et que l’humain avait découvert le Naos, j’avais des questions à leur poser. Je me penchai en avant pour murmurer à l’oreille de l’humain, sans quitter Ataek des yeux.
– Reste près de moi.
Soren ne dit rien, mais je compris dans sa posture qu’il avait parfaitement conscience du danger que représentait un drakenide uniquement dirigé par son instinct. Avec toute la magie d’Ataek qui coulait encore en lui, j’imaginai qu’il avait déjà dû y faire face et trouvé une façon bien agréable de le dompter.
Soren se leva, et je posai la main sur son épaule pour l’entraîner avec moi hors de la salle. Ataek nous suivit sans nous lâcher des yeux.
L’humain était mal à l’aise, et j’ignorais si c’était à cause de la situation qu’il ne comprenait pas, ou bien des multiples scènes d’orgies qui nous entouraient. Probablement les deux. Il se détendit un peu une fois le temple des guerriers derrière nous, mais je le sentais toujours aux aguets. Il gravit en premier les marches du grand escalier.
– Quel temps perdu, ronchonna Ataek dans mon dos. Tu aurais dû le laisser m’accompagner au lieu de le forcer à venir ici tout seul.
– On m’avait dit qu’il s’agissait d’un esclave que tu avais pris en pitié. J’ignorais que c’était un chevalier d’Ashkelon sous l’effet d’un maléfice. Mais c’était important qu’il voie le Naos de ses propres yeux. Est-ce que ça ressemble à ce que tu imaginais ?
L’humain m’adressa un coup d’œil par-dessus son épaule, ne se laissa pas déstabiliser par mon sourire.
– Plus ou moins, dit-il avec prudence.
– Certains guerriers sont très surpris la première fois qu’ils s’y rendent. Ils viennent à Drakomaï pour devenir des esclaves mais ils ignorent ce que nous mettons vraiment derrière le sens de ce mot. Certains ne savent même pas qu’ils devront porter nos œufs. Et j’imagine qu’Ataek ne t’a rien expliqué, lui non plus.
L’intéressé grogna dans mon dos.
– Nous avions d’autres priorités. Qui plus est, comme tu l’as dit, c’est un chevalier. Il y a des choses qu’il sait déjà.
L’aura des cœurs de feu réunis dans le Naos était désormais derrière nous. Je ne percevais plus que la chaleur d’Ataek, toujours nerveuse et à vif. Il se calmait petit à petit au contact de ma propre magie. Mais je sentais ce qui grondait encore dans ses entrailles, cette fièvre contenue depuis des jours qui ne faisait que prendre de l’ampleur. Je n’aurais peut-être pas dû faire passer l’humain en premier en haut des marches. Nous avions tout deux une vue plongeante sur son fessier.
– Mais je me demande si tu n’es pas plutôt jaloux, susurra Ataek derrière moi.
Je grondai à mon tour, irrité par ce qu’il insinuait. Mieux valait l’ignorer plutôt que d’entrer dans son jeu. Je doublai l’humain pour déverrouiller le sceau de la porte. En mon absence, les accès à la salle du trône étaient restés verrouillés. Ataek avait dû faire un long détour par les galeries de Drakomaï pour rejoindre le temple sans pouvoir traverser ce raccourci.
Je poussai les panneaux de bois sculpté avant d’inviter l’humain à entrer. Les flammes blanches s’allumèrent une à une dans les braseros. Leur lumière réveilla l’éclat des dalles immaculées qui couvraient la salle. L’humain s’avança au milieu des colonnes de cristaux taillés, aussi émerveillé que curieux.
Un sentiment inexplicable s’éveilla en moi à cette vue. Je n’arrivai plus à détacher mes yeux de son tatouage alors qu’il approchait de mon trône. Cela faisait si longtemps qu’un chevalier d’Ashkelon n’avait pas foulé le sol de Drakomaï. Encore moins un chevalier tel que celui-ci.
Il y avait tellement de promesses et d’espoirs suspendus à cet instant que je sentis ma raison vaciller. Un tourbillon d’émotion menaça de me submerger, moi qui n’avais plus connu de tels sentiments depuis des décennies. Depuis qu’un drakenide écarlate s’était agenouillé au pied de mon trône pour m’offrir ses talents d’interprète.
Mon instinct gronda depuis le fond de mes entrailles. Ataek se rapprocha de moi, appuya ses mains et son menton sur mes épaules. Parce qu’il était toujours en colère, il allait chercher à me provoquer. Il savait le faire mieux que personne.
– Tu comprends ce que j’ai ressentis, maintenant ? me glissa-t-il d’une voix suave.
Je le laissais faire sans le repousser, ensorcelé par sa voix et son parfum.
– Tu es le premier à m’avoir dit que l’Amakiroï de Drakomaï ne pouvait pas se contenter de n’importe quel guerrier. Qu’il fallait un corps robuste, une âme sincère, un esprit volontaire. Et qu’il n’y avait qu’un chevalier d’Ashkelon pour réunir toutes ces qualités.
– Je commence à regretter tout ce que je t’ai mis dans la tête, Skarana, lui dis-je en saisissant son menton entre mes doigts.
Ses yeux dorés pétillaient de malice, fiers et provocants. Je l’attrapai par la taille pour le ramener contre moi. Ataek coula son corps souple contre le mien.
– Et je sais très bien que tu ne pensais qu’à toi quand tu l’as ramené ici, dis-je en caressant ses reins.
Cette pique le fit grogner de contrariété. Il était toujours en colère après ce que j’avais fait. De l’avoir forcé à se séparer de l’humain et de l’envoyer à l’autre bout de Drakomaï. Il enfouit ses doigts dans mes cheveux pour mieux me dévisager de son regard furieux.
– Tu me crois vraiment si égoïste, Nerei ?
J’attrapai son visage en coupe, caressant de mes pouces ses pommettes hautes.
– Egoïste, non. Mais je connais ton enthousiasme. Et je sais à quel point tu peux être passionné.
J’aimais le mettre en colère. J’étais presque déçu de ne pas pouvoir en profiter, me noyai dans ses yeux qui lançaient des étincelles.
Il m’embrassa avec un appétit féroce.
Je lui rendis toute la fureur de son baiser. Je dévorai sa bouche longuement, passionnément, jusqu’à ce qu’il morde mes lèvres pour me forcer à le relâcher. Nos cœurs de feu étaient devenus plus brûlants que de la lave, palpitant à l’unisson. Je pressai mon front contre le sien pour l’embrasser une fois encore. Il se déroba à la dernière seconde, l’air triomphant. Je ressentis l’envie furieuse de le plaquer contre une colonne pour lui faire violemment l’amour.
– Ataek, grondais-je contre sa bouche. Est-ce que tu lui as seulement parlé de moi ?
Son désir s’éteignit comme une braise jeté dans un lac d’eau froide. Il se passa la langue sur les lèvres, le regard fuyant. Un grondement sourd vibra dans ma gorge alors que je dégrisai moi aussi.
– Je m’en doutais.
L’humain se tenait non loin de nous, immobile. Il avait l’air impassible mais je me doutais que tout cela devait le surprendre. Je lâchai Ataek alors que le flot de mon désir regagnait déjà son lit.
– Qu’importe. Ce n’est pas la seule chose dont nous devons parler.
Je gravi les marches de mon trône pour m’y assoir. Mon dos trouva sa place naturelle contre le dossier de cristal sculpté. Les mains posées sur les accoudoirs, je croisai les jambes en les dévisageant tour à tour.
– Je suis Amakiroï Nereimas, le gouverneur de Drakomaï. Et le compagnon d’Ataeklios.
L’humain n’eut pas l’air surpris. Pas après ce qu’il venait de voir.
– On m’a déjà raconté beaucoup de choses sur toi, Soren. Mais je tiens à entendre ta propre version de la vérité
Ataek se rapprocha du chevalier. Il déploya l’aura de son cœur de feu pour l’envelopper dans sa chaleur. Je trouvais plaisant de les découvrir déjà si proche.
– Tu as conduit un groupe de guerriers à travers Drakanea, continuai-je sans le quitter des yeux. Des guerriers qui n’avaient pas pour intention de se rendre à Drakomaï pour servir les dragons.
– C’est exact, avoua-t-il sans flancher.
J’acquiesçai d’un signe de tête. Il n’avait aucun intérêt à mentir mais j’appréciais tout de même sa franchise, presque autant que son charmant accent quand il parlait le drakenide.
– L’as-tu fait en tant qu’homme libre ?
Il parut hésiter un bref instant. Il ouvrit la bouche, sembla sur le point de parler, puis pris une grande inspiration.
– Non. J’étais l’esclave d’un mage noir du nom d’Adraxas. J’ai été vendu pour aider ces guerriers à traverser vos terres. Mais je ne peux pas le prouver.
– Il a tué l’un de ces hommes, ajouta Ataek en croisant les bras. Et tous les soirs, il était attaché loin du groupe, comme les chevaux.
Une ombre passa sur le visage de l’humain à l’évocation de ces souvenirs.
– Ton collier et ton maléfice sont des preuves suffisantes, dis-je avant d’adresser un sourire moqueur à Ataek. Mais on m’a effectivement rapporté qu’il avait tué l’un des guerriers pour te défendre, Skarana.
Ataek tiqua. Soren, lui, eut l’air interloqué. Il n’avait visiblement pas abordé les choses sous cet angle.
Je n’avais pas besoin d’en savoir plus. Les réponses directes et franches de l’humain seraient sa meilleure défense si des émissaires de Drakein s’intéressaient à son histoire. Mais pour les lois de Drakomaï, je n’avais rien à lui reprocher.
– Bien. Nous allons d’abord te purifier de cette magie noire. Ensuite, tu seras libre d’accomplir ou non ton destin de chevalier. Tu pourras rejoindre le Naos avec les autres esclaves, ou bien te rendre sur l’esplanade pour réitérer ton serment.
Ataek gronda. Je devançai ses protestations.
– Et toi, tu ne devras pas essayer de l’influencer. Tu ne peux pas considérer qu’il s’est offert à toi de façon volontaire. Il est en droit de laisser la chance à d’autres drakenides de le revendiquer.
Je ne pouvais pas prétendre que tout cela me plaisait, mais plus que quiconque à Drakomaï, je ne pouvais pas laisser mes pulsions orienter mes décisions.
Il me fallait ignorer cette envie dévorante de m’approprier l’un de derniers chevaliers d’Ashkelon. Ma position ne me le permettait pas.
– J’ai demandé à Melites d’aller vous chercher de quoi manger. J’imagine que vous n’avez pas fait de vrai repas depuis longtemps.
Je me redressai pour redescendre les marches de mon trône. Soren se tendit à mon approche, de même qu’Ataek, mais pas pour les mêmes raisons.
Je soulevai l’anneau du collier de cuir qui entourait la gorge de l’humain. C’était une œuvre grossière, une pièce brute sans la moindre sophistication. Il y avait tant d’autres manières d’orner son cou, plus belles et plus sensuelles. Je sentis le cœur de feu d’Ataek s’emballer à cette vue, la fébrilité se répandre dans ses muscles. Il devait certainement partager mes pensées. Soren, lui, ne bougeait pas, adorablement docile.
Je glissai mes doigts entre sa peau et le lien de cuir.
– Mais avant toute chose, je vais commencer par te débarrasser de ça.
La magie rugit dans mes entrailles, déferla dans mes membres jusqu’au bout de mes griffes. Elle souffla les protections de magie noire de l’objet comme un volcan en éruption. Une partie du collier se désintégra entre mes doigts et j’arrachai ce qu’il restait d’un mouvement brusque.
Soren poussa une brève exclamation de surprise. Je jetai d’un geste sec le collier dans un brasero. Les flammes blanches devinrent plus hautes et plus brillantes pour le consommer.
L’humain toucha sa gorge, se passa la main sur la nuque. Durant une brève seconde, il eut l’air aussi surpris que bouleversé. Puis une expression de soulagement intense envahi son visage et je dus me faire violence pour ne pas l’attirer tout contre moi.
– Allons-y, grondais-je en leur ouvrant la voie.
Ataek s’empressa de rejoindre Soren et de saisir son bras pour le guider vers la sortie. Les cristaux s’éteignirent un à un. Dans la pénombre, il n’y eut bientôt plus que les petites flammes du brasero dans lequel j’avais jeté le collier de Soren.
Quand elles s’éteignirent enfin, je scellai de nouveau la salle du trône derrière nous.
***Téléchargez NovelToon pour profiter d'une meilleure expérience de lecture !***
38 épisodes mis à jour
Comments