Chanter3:Drakenide

Notes:

Changement de narrateur dans ce chapitre

Chapter Text

L’humain s’avança vers moi comme un condamné à mort se serait approché de son bourreau, si bien que je me dû me mordre la lèvre pour me retenir de rire.

Avait-il peur que je le dévore, ou bien était-ce mon désir pour lui qui l’effrayait autant ? Il s’était pourtant offert à moi avec beaucoup de détermination, tout à l’heure. Une étincelle d’envie traversa mon échine rien qu’en y repensant.

À vrai dire, il démontrait une résilience impressionnante. Mais je n’étais pas sûr d’apprécier cela.

Il était plus dur et résigné qu’un diamant. Je n’en attendais pas moins d’un chevalier d’Ashkelon, mais j’étais étonné qu’il ait autant peur de moi. J’avais déjà connu des humains méfiants ou anxieux ; lui me voyait clairement comme un prédateur.

Il défit enfin son affreuse cape de laine. Elle devait lui tenir beaucoup trop chaud maintenant que j’avais étendu l’aura de mon cœur de feu. Je pouvais enfin le contempler et ne m’en privait pas. Les lunes baignaient son corps de leur lumière, soulignant les moindres courbes de ses muscles.

Mon regard coula sur son bras couvert de tatouage sombre jusqu’à son épais membre circoncis. Il serait sûrement délicieux de l’engloutir tout entier dans ma bouche. Des lignes écarlates striaient ses pectoraux saillants, probablement à cause de Zmei quand il lui avait arraché ses vêtements. J’avais envie de lécher les gouttes de sang une par une, de glisser ma main dans ses courts cheveux de cendre, de l’attirer contre moi pour savourer son corps ferme. Je brûlai de lui arracher ce collier de cuir qui empestait la magie noire, mais c’était un risque trop grand pour l’instant.

Cela devrait attendre notre retour à Drakomaï.

– L’eau doit être froide, mais je crois que les chevaliers d’Ashkelon aimaient se laver. Tu peux y aller, si tu veux.

L’humain resta immobile un moment, semblant hésiter. Il devait se demander si je lui ordonnai d’aller se laver pour mieux profaner son corps ensuite. Cela aurait pu m’amuser si je ne commençai pas à trouver sa réserve agaçante.

– Vas-y, répétais-je en désignant le ruisseau d’un signe de tête. Rince-toi, tu en meurs d’envie.

Il laissa tomber sa besace et sa cape pour filer tout droit jusqu’au ruisseau.

Je m’assis en tailleur dans l’herbe fraîche, lissant distraitement quelques brins d’herbe entre mes doigts. L’humain s’accroupi au bord de la rivière et trempa d’abord ses mains avant de s’asperger le visage. Peut-être à cause de la fraîcheur de l’eau, tous ses muscles se contractèrent et roulèrent sous sa peau halée. Ma main arracha nerveusement une énorme touffe d’herbe. Je la secouai par terre en pestant.

L’humain avait un dos splendide, des cuisses noueuses et un fessier que je brûlai d’empoigner à pleines mains. Son corps jeune était robuste sans être trapu, ses muscles taillés dans la meilleure pierre. Même ses cicatrices le rendaient séduisants. Il avait tout ce que j’aimais chez un humain.

Mais quoi que je fasse, c’était sur son tatouage que mes yeux se portaient irrémédiablement, réveillant à chaque fois le même désir dévorant.

Un grondement de satisfaction attira mon attention. Il me fallut quelques secondes pour réaliser qu’il provenait de ma propre gorge. Je me redressai d’un bond pour reprendre le contrôle de moi-même. Je ne voulais pas qu’il essaye de s’enfuir dans les bois et c’était ce qui allait arriver s’il me découvrait en train de bander en le dévorant du regard. Jouir m’avait temporairement apaisé mais la moindre étincelle pourrait enflammer de nouveau mon désir.

Il s’était assis au bord de l’eau pour tenter de retirer ses bottes, le dos arrondi par ses contorsions. C’était la première fois que je voyais les armoiries d’Ashkelon tatoué sur la peau de quelqu’un, et pas sur une fresque ou une gravure. Je me levai pour le contempler de plus près, approchant sans faire le moindre bruit.

Le blason aux ailes de dragon, frappé d’une lance et d’une épée croisées. L’écu d’Ashkelon occupait une large partie du haut de son dos, les ailes se déployaient jusqu’à ses omoplates.

Les lignes noires disparaissaient parfois sous les boursouflures de ses cicatrices. Je réalisai avec un frisson de colère qu’il ne pouvait s’agir que de marques de fouets, si profondes et nombreuses que l’on avait dû s’acharner sur lui à cet endroit-là.

– Ce sont tes compagnons qui t’ont fouetté ?

Ma voix le fit bondir et il se redressa en panique, abandonnant ses bottes sur la rive. Le gargouillement du ruisseau avait peut-être couvert mon arrivée, mais sa réaction me fit rouler des yeux.

– Par toutes coulées du volcan, tu penses vraiment que je t’ai emmené dans les bois juste pour te féconder loin des autres ?

L’humain pinça les lèvres et me fixa sans répondre.

Bien sûr que c’était ce qu’il imaginait. Il devait même être surpris que je ne l’aie pas encore besogné contre un arbre, je pouvais le lire dans son regard orageux. Peut-être que c’était ce que je devais faire, après-tout, pour lui donner raison de me craindre.

Comme ce serait délicieux de le plaquer dans l’herbe et de m’enfouir dans son corps étroit. Je brûlai de pétrir ses chairs entre mes doigts, de mordre ses tétons jusqu’à le faire crier. Peut-être qu’il perdrait sa froideur pour me supplier de l’épargner ?

Je réalisai alors que l’humain fixait quelque derrière moi. Ma queue de dragon fouettait l’air à un rythme frénétique, trahissant à quel point j’étais agacé. Je me forçai aussitôt à me calmer avant que la colère ne transforme mon désir en rage.

– Nous ne forçons pas ceux que nous voulons féconder. Les œufs ressentent les émotions de leurs porteurs. La rancœur et l’amertume corrompent les couvées, il ne peut rien naître de bon de telles unions.

C’était une évidence. Il aurait dû le savoir s’il était vraiment ce que son tatouage révélait.

Il me fixait pourtant comme on surveillait une bête sur le point de bondir, l'air aussi méfiant qu'indécis.

– Les autres drakenides étaient prêts à le faire, dit-il avec prudence.

– Ils t’auraient tué ensuite. Comme ils vont tuer tes camarades.

– Ce n’étaient pas mes camarades, répondit-il aussitôt.

Le sort des autres humains semblait peu lui importer du moment qu’il ne le partageait pas. Cela ne m’étonnait pas vraiment ; après tout, je l’avais vu briser la nuque de l’un d’entre eux à la seule force de ses jambes.

Quelle mort délicieuse.

– Et je ne vais pas te violer, répondis-je sur le même ton que le sien.

J’aurais pu le faire. Je brûlai d’envie le faire. La simple idée de profaner le corps d’un chevalier déchu embrasait mon aine d’une convoitise coupable.

Mais ce serait une insulte à ma race autant qu’au blason des chevaliers tatoués sur sa peau. Nerei ne me le pardonnerait pas et je serai incapable de lui mentir pour cacher cette bassesse.

Je croisai les bras sur mon torse, lui adressant un geste provoquant du menton.

– Tu as vraiment été chevalier ? dis-je en drakenide.

Il rentra la tête dans les épaules et contracta les poings. Cela ne dura qu’un très bref instant et il se reprit aussitôt, avant même d’avoir été au bout de son geste, mais j’en conclus qu’il avait compris ma question, et qu’elle le blessait. Il me brava du regard, me faisant espérer avoir atteint quelque chose derrière le mur de glace qui protégeait son âme.

– Oui.

– Et tu parles le drakenide.

– Je le comprends, dit-il après un silence prudent.

Son accent était charmant. Heureusement pour lui, cela me fit moins d’effet que lorsqu’il s’était volontairement offert à moi.

Il avait donc compris ce que les autres projetaient de faire tout à l’heure, et tout ce que nous avions dit entre nous. Je saisissais mieux pourquoi il avait subitement prononcé son serment.

Je retournai m’assoir dans l’herbe, songeur. Tout cela m’intriguait, et j’avais besoin de réfléchir. Après un temps d’hésitation, l’humain s’accroupit au bord du ruisseau pour reprendre ses ablutions. Son pragmatisme m’impressionnait.

– Nous n’avons jamais su ce qui était arrivé à Ashkelon, dis-je dans sa propre langue. Un jour, les chevaliers ont simplement arrêté de venir.

Mes yeux s’égarèrent de nouveau sur la ligne de sa colonne vertébrale. Il avait nettoyé les traces de ma semence sur ses fesses. Un grondement sourd vibra dans ma gorge alors que je m’imaginai déjà en train de recommencer.

– Le royaume a été attaqué, dit-il sans réaliser l’effet qu’il avait sur moi.

Il s’éclaboussa longuement le visage, peut-être le temps de réunir son courage avant d’affronter son passé.

– Nous avons résisté pendant de nombreuses années. Mais…

La ligne de ses muscles s’affaissa, comme écrasée par un poids trop grand à supporter. Son récit signifiait pourtant qu’il commençait à se détendre et à me faire confiance. Je préférai cela à sa résilience.

– Nous ne pouvions pas lutter contre les mages noirs. Ashkelon a fini par tomber.

Je redressai la nuque en frissonnant de dégoût, le désir étouffé par une cascade d’eau glacée. Je pouvais encore sentir les étincelles de magie noire crépiter sur mon épiderme. Je contractai et desserrai ma main jusqu’à être sûr de pouvoir rester maître de moi. Je devais être certain que je n’allais pas me remettre en colère.

– Tu es le seul chevalier à avoir survécu ? dis-je une fois l’éruption apaisée.

L’humain se servait de sa cape pour s’essorer. Les gouttes qui ruisselaient sur son corps nu scintillaient au clair de lune mais à ma grande satisfaction, cette vision ne suffit pas à attiser les braises qui couvaient dans mon aine.

Ce n’était plus le moment de me repaître de lui. J’avais des réponses plus importantes obtenir.

– Les mages noirs nous ont capturé, avoua-t-il enfin.

Il abandonna sa cape par terre et sembla renoncer à enfiler ses bottes. Il se contenta de m’observer, droit, nu, aussi fragile que résigné, debout au milieu du champ de fleurs brillantes que ma magie avait éveillé.

– C’était ce qu’ils voulaient depuis le début. Faire de nous des esclaves.

Je m’entendis gronder de nouveau. Des sentiments contradictoires attisaient les flammes qui brûlaient dans ma poitrine.

Un chevalier d’Ashkelon se tenait devant moi, un vrai, l’un des partenaires séculiers de ma race que l’on avait cru disparu pour toujours.

Et quelqu’un avait cherché à me l’arracher. Pire, mon espèce toute entière en serait peut-être à jamais privée.

La fascination des premiers moments avait été remplacée par le goût amer de la rancœur. Je sentais l’excitation gonfler ma poitrine et mon instinct de dragon rugir dans mes entrailles.

Je le voulais. Mais si je ne me concentrai pas sur autre chose, j’allais perdre le contrôle de moi-même.

– Tu es esclave depuis longtemps ?

Il se raidit un bref instant alors que je m’approchai pour frôler son bras. Son biceps droit était couvert de tatouages que je suivi du bout des doigts, me gorgeant des frissons qui agitaient son épiderme. Toucher sa peau m’apaisa. Cela calmait la pulsion à l’intérieur de moi qui rugissait pour que je le féconde sans tarder. Mais il semblait en savoir si peu sur sa nature et la mienne qu’il n’y avait pas la moindre chance pour que je puisse le faire mien sans avoir à l’y contraindre.

– Je l’ignore. Le temps s’écoule différemment dans la tour de mon maître. Je ne sais pas depuis combien d’années Ashkelon s’est effondrée. J’ai peut-être passé beaucoup plus de temps en captivité. Ou beaucoup moins.

Il espérait peut-être que je lui donnerais cette réponse mais à la vérité, je n’en savais rien non plus. Les chevaliers avaient déjà cessé de venir à Drakanea lorsque j’avais commencé à m’intéresser à la reproduction. Nerei le saurait sûrement, et je regrettai soudain de ne jamais lui avoir posé la question. En tout cas, l’humain était probablement bien plus âgé qu’il n’en avait l’air.

– Adraxas, c’est ça ?

Lentement, je suivi la courbure des muscles de son bras. Chacune de ses cicatrices m’interpellait ; je me demandai lesquelles étaient des vestiges de sa vie de chevalier et lesquelles n’en étaient pas.

– Ce n’est plus ton maître. Tu n’as plus à l’appeler ainsi.

Je sentis sa peau tressaillir sous la pulpe de mes doigts. Un sursaut de conscience ou bien d’appréhension ? J’enserrai sa main tiède dans la mienne, refermant mes griffes autour de sa paume.

– Je vais te ramener à Drakomaï. Là-bas, nous briserons ce collier hideux et tu pourras accomplir ton destin de chevalier.

Il eut un geste de recul qui me fit gronder de contrariété. Je le retins contre moi, encerclant sa taille pour le plaquer contre mon corps. Il était aussi tendu que brûlant, délicieusement désirable.

– J’ai échoué à défendre mon royaume, dit-il d’une voix figée. Je ne suis plus chevalier.

Un rire chaud vibra dans ma gorge. J’avais envie de dévorer la sienne et humait son parfum, altéré par celui du collier de cuir qui lui enserrait le cou.

– Je ne serais pas autant attiré par toi si tu ne l’étais plus.

L’anneau d’argent accroché à la bande de cuir brillait sous les deux lunes. L’ensemble me déplaisait beaucoup. Ce n’était pas inesthétique, mais je ne l’aurais pas voulu même pour du bétail.

– J’ai guidé des étrangers aux intensions mauvaises jusqu’à Drakanea. J’avais juré d’en défendre les frontières, toute ma vie durant. Et quand j’en aurais été digne…

Il ne termina pas sa phrase, mais je savais ce qu’il allait dire. Il serait venu s’offrir à nous pour devenir un chevalier accompli. Il s’y était préparé, en tout cas, puisqu’il connaissait les mots drakenides pour lier son destin à celui des dragons. Mais il n’avait jamais pu prononcer son serment et il était devenu l’esclave d’un autre jusqu’à ce jour.

C’était donc cela.

Tout ce poids qui semblait peser sur ses épaules, cette froide acceptation des évènements. Je compris soudain que ce corps puissant abritait une âme remplie de fêlures et qu’il me serait peut-être impossible de les découvrir toute, encore plus de pouvoir les combler.

Il valait peut-être mieux renoncer tout de suite à mes projets. Le goût de la déception envahi ma gorge, mais elle n’était pas aussi brûlante que la colère qui s’enflamma dans ma poitrine.

Un chevalier d’Ashkelon. Peut-être l’un des derniers. J’avais trouvé l’un des plus anciens compagnons de ma race et voilà que je découvrais dans quelle déchéance on avait osé le faire tomber.

– Tu vas m’accompagner à Drakomaï. Ce n’est pas à toi de décider de quoi tu es digne ou non.

Je lui redressai le menton pour planter mon regard furieux dans le sien.

– Et si le destin le veut, tu réitèreras ton serment, et tu porteras mes œufs.

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ZOREL08

ZOREL08

A bientot pour la suite 🥰

2022-09-03

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