chapter18:combat

Zmei se jeta aussitôt sur son adversaire. Il bondit la tête en avant, prêt à frapper.

Ses griffes fendirent l'air sans rien toucher. Ataek l'avait esquivé d'un pas sur le côté. Zmei pivota et sauta de nouveau d'une impulsion du talon. Au dernier moment, il tournoya sur lui-même pour asséner un violent coup de sa queue plutôt que de ses griffes.

Ataek l'esquiva de nouveau d'un bond agile.

La foule alentour limitait leurs mouvements. Les attaques de Zmei étaient rapides et nerveuses. Ataek ne portait pas de coups, se contentait pour l'instant d'esquiver. Il bondissait, roulait, glissait sur le côté. Je retenais mon souffle à chacun de ses mouvements. Ses yeux dorés luisaient de concentration, ses muscles étaient tendus, prêts à être sollicités. Zmei gronda de frustration. Il continua de se jeter sur Ataek de toute sa masse et sa vitesse.

Je le vis faire basculer au dernier instant le poids de son corps sur son autre pied. Quand sa queue fouetta l'air, mon cœur manqua un battement. Ataek para l'attaque en levant les bras au bon moment mais le choc le fit vaciller. Il ne dut qu'à ses réflexes d'esquiver les coups de griffes qui suivirent l'instant d'après.

Leurs corps se tamponnèrent brutalement. Ils grondèrent tous les deux de douleur, furent éjectés chacun de leur côté, se jetèrent l'un sur l'autre presque aussitôt.

Je m'en étais déjà douté en observant les drakenides, et j'en avais désormais la confirmation : ils ne savaient pas vraiment combattre.

Pas en tout cas au sens où les humains l'entendaient. Ils n'utilisaient pas d'armes, de bottes, de prises ou de techniques. Ils s'affrontaient comme des animaux, réagissaient à l'instinct, en usant du poids de leur corps ou de la puissance de leurs muscles. C'était aussi ce qui les rendait si dangereux.

Zmei avait une connaissance parfaite de ses propres capacités. Il donnait l'impression de foncer tête baissée mais chacun de ses coups de griffes était maîtrisé. Une autre chose, en revanche, était évidente Ataek le surpassait aisément. Et pourtant, je n'arrivai pas à me défaire de l'angoisse tenace qui nouait mes entrailles.

Il devenait clair que Zmei ne parviendrait pas à prendre le dessus sur son adversaire. La différence de niveau était trop flagrante. Il avait dû s'en rendre compte lui aussi, car il serrait les dents et semblait contenir à grand peine sa rage. Il ne perdait pas son calme pour autant. Il combattait avec une énergie désespérée plutôt qu'avec hargne et arrogance. Cela ne suffirait pas à compenser son manque d'expérience.

Ataek esquivait ou parait chacune de ses attaques, déviait ses coups, ripostait presque à chaque fois. Il projeta violemment Zmei au sol. Le jeune drakenide roula sur les tapis avant de se redresser. La foule s'était écartée pour ne pas être touchée. Des voix les encourageaient. La plupart scandaient le nom de Skarana.

– Soren.

La voix calme de Nerei me fit tourner la tête.

– Viens, dit-il à travers le tumulte de la salle.

Je réalisai en le rejoignant à quel point j'étais tendu. Il me fit asseoir sur ses genoux, mais je ne ressentais pas la tension érotique de la veille. Il passa un bras en travers de mon torse pour me garder contre lui, sans rien tenter d'autre. Il avait probablement senti mon angoisse et à quel point je détestai de les voir se battre.

– Ataek ne risque rien, me dit-il à voix basse. Fais-lui confiance.

L'affrontement semblait en effet gagné d'avance. Je savais que ces combats-là étaient les plus dangereux. C'était ceux que l'on perdait par excès de confiance, pour une erreur d'inattention, pour un manque de méfiance.

– Il ne te l'a jamais dit, mais il est encore vexé depuis que tu l'as sauvé le soir de votre rencontre, continua Nerei contre mon oreille. Il s'est laissé prendre au piège. Il ne refera pas cette erreur aujourd'hui. Pas alors que tu le regardes.

Je pris une grande inspiration, sans succès. Je ne parvenais pas à maîtriser les battements de mon cœur.

Ataek avait du mal à contenir son air satisfait. Pourtant, il continuait de se battre avec mesure. Il ne laissait pas toujours Zmei venir à lui, prenait maintenant l'initiative de porter certains coups, sans jamais le laisser mener à bien une attaque. Il était de plus en plus acclamé et déjà, certains spectateurs s'étaient détournés du combat. Je vis du coin de l'œil un drakenide besogner avec force un guerrier appuyé contre une colonne. Les cris de plaisir de l'humain résonnaient au milieu des encouragements et des bruits de l'affrontement.

Nerei se garda bien de me toucher. Je lui en étais reconnaissant. Je n'étais pas du tout dans cet état d'esprit et je savais qu'il n'en faudrait pas moins pour briser la concentration d'Ataek.

Zmei commençait à montrer les premiers signes d'agacement, ou peut-être de fatigue. L'enchainement de ses attaques était de plus en plus désordonné. Il mettait moins de puissance dans ses coups et il était essoufflé. Contrairement aux spectateurs du Naos, cela ne me réjouissait pas. J'éprouvais même de la peine pour Zmei. Je savais beaucoup trop bien quel goût avait l'amertume quand on s'acharnait dans un combat déjà perdu. Surtout lorsqu'on pensait se battre pour une cause juste et que l'on avait quelque chose à protéger.

Je savais aussi que les derniers coups seraient les plus durs. Sa volonté allait vaciller, ou bien peut-être que ce serait ses muscles qui flancheraient d'abord. Ataek était toujours furieux et ne permettrait pas que le combat s'achève sans qu'il ait marqué sa victoire. Il ne laisserait personne la contester.

Leurs corps s'entrechoquèrent encore. Cette fois, Ataek pris le dessus et d'un mouvement de jambe, fit basculer Zmei. Epuisé, le jeune drakenide ne parvint pas à se reprendre à temps. Il tomba au sol, mis une seconde de trop à réagir.

Ataek déchaina la colère qu'il retenait depuis tout à l'heure.

Je pensai qu'après tout ce temps, le craquement des os et l'odeur du sang m'auraient laissé indifférent.

Je découvris à quel point ils m'étaient devenus insupportable. J'avais fermé les yeux et ne les rouvris que lorsque j'entendis Agisken intervenir.

– Reste au sol, Zmeilandes. Tu t'es bien battu. Tu n'as pas à avoir honte de ta défaite.

Ataek se redressait, le regard incandescent.

Zmei gisait à ses pieds, roulé en boule et feulant de douleur. Il se mit à genoux, le dos courbé. Un sang épais maculait son visage. Agisken se pencha près de lui mais je ne vis pas ce qu'il fit ensuite. Une intense bouffée de chaleur m'étourdit soudain. Ataek approchait d'un pas victorieux. Du sang gouttait de ses griffes et il me dévorait des yeux.

– Il est à moi maintenant, gronda-t-il à l'adresse de Nerei. J'ai le droit de le saillir.

Son érection se dressait déjà, dure et imposante. Je l'avais déjà vu dans cet état-là, ce mélange incontrôlé d'excitation et de colère. La jalousie devait certainement attiser ses pulsions. C'était comme le soir de notre rencontre, quand il avait manifesté le besoin urgent de me marquer pour que personne d'autre ne puisse venir me prendre à lui. Cela réveilla en moi un sentiment de peur primaire.

Nerei me garda contre lui.

– Non, dit-il d'une voix calme mais autoritaire. C'est à Soren de choisir s'il veut te laisser le prendre alors que tu es dans cet état.

Je m'étais douté qu'il m'avait fait venir près de lui en prévision de cet instant. Je me rappelai très bien de la mise en garde d'Ataek. C'était quand ils changeaient de forme qu'ils contrôlaient le moins leurs instincts, dans cet état hybride entre l'homme et le dragon.

Nerei savait mieux que personne comment contenir un drakenide en proie à ses pulsions. C'était son rôle de contenir ce genre de débordements.

– Tu l'as déjà pris hier, répondit Ataek d'un ton agacé. Tu pourrais attendre. C'est à mon tour de le faire jouir.

– Tu crois vraiment être capable de te préoccuper du plaisir de quelqu'un d'autre que toi ?

Ataek perdait patience. Il contracta les poings.

– Quand je l'aurais sailli, oui, gronda-t-il en avec fureur.

J'inspirai profondément. La peur était toujours présente mais je l'avais déjà affrontée.

Je posai la main sur celle de Nerei pour l'inciter à relâcher son étreinte. Il croisa mon regard un bref instant, avant d'obtempérer. Ataek gronda de satisfaction. Il me laissa venir à lui et empoigna mes fesses avec avidité pour me plaquer contre lui. Son érection brûlante se pressa contre mon ventre.

– Je t'ai prêté serment, dis-je en attrapant sa nuque. Si c'est ce que tu veux, alors fais-le.

Loin d'être satisfait, Ataek fronça soudain les sourcils. Un nouveau grondement vibra dans sa gorge. De contrariété, cette fois. Sa main poisseuse de sang serra ma croupe d'une poigne possessive. De l'autre, il me fit redresser le menton. Je soutins sans ciller ses yeux qui luisaient comme deux braises.

– Tu me regardes comme le premier soir, grogna-t-il entre ses dents serrées. Comme quand je te terrifiai.

Je frémis malgré moi, en gardant le silence. Son expression se durcit un peu plus. Ses griffes mordirent ma peau.

– Tu n'as pas envie que je te prenne ?

Sa nuque était couverte d'une légère brume de sueur. Il était toujours tendu, les écailles hérissées. Je pouvais sentir toutes les émotions furieuses qui agitaient ses entrailles. Je m'efforçai de respirer calmement.

– Je ne suis pas un drakenide. Je ne suis pas tout le temps excité.

Je vis à quel point ma réponse le frustrait. J'étais étonné qu'il ne m'ait pas encore jeté à quatre pattes pour me prendre brutalement. Il en mourrait d'envie. J'étais pourtant résolu à l'aider à se calmer.

– Mais si tu veux me marquer, je ne t'en empêcherai pas.

– Non, gronda-t-il aussitôt. Maintenant, je sais ce que ça fait d'être en toi. Je ne pourrais plus me contenter de ça.

La bouffée de chaleur s'était dissipée. À la place, je ressentais une impression plus diffuse, rassurante. Le cœur de feu de Nerei nous couvait comme s'il nous enlaçait dans l'étreinte de ses bras. Ataek gronda. Il enfouit son visage contre mon cou, m'étreignit fermement contre lui. Je pouvais sentir son sexe dur et tendu contre moi. Il tremblait de rage. C'était comme s'il luttait de toutes ses forces contre ses pulsions.

– Je vais te ramener dans notre chambre, gronda-t-il contre ma gorge. Je vais te faire jouir. Et ensuite, je vais te faire l'amour comme tu le mérites.

– Dans cet ordre-là ? demandai-je en esquissant un sourire.

– Oui. Précisément.

Il enserra ma nuque à son tour, appuya son front contre le mien. Son regard était toujours aussi intense mais la menace semblait passer. Je me sentis frissonner.

Pas de crainte, cette fois. La promesse contenue dans ses yeux était soudain devenue beaucoup plus grisante.

Il ne me relâcha qu'à contre cœur. Ou plutôt, desserra un peu son étreinte pour me permettre de bouger.

La vie avait repris son cours dans le Naos. Le cercle des spectateurs s'était dispersé, les rires et les gémissements remplaçaient maintenant les conversations joyeuses. Je vis la silhouette azur de Melites fendre la foule. Il s'agenouilla près de Zmei, qu'Agisken inspectait toujours. Des stries écarlates barraient son torse, là où les écailles ne couvraient plus sa peau. Des plaies moins importantes marquaient l'un de ses bras hérissés de pointe verte. Agisken appliqua sur le front du drakenide le linge que Meli avait apporté.

– Est-ce que tu reconnais ta défaite, Zmeilandes ?

Nerei n'avait pas bougé de son trône. Appuyé contre l'un des accoudoirs, il était l'incarnation même de la puissance et de la neutralité. Je savais qu'il n'en était sûrement rien il gardait sa maîtrise en toute circonstance. Son cœur de feu nous enveloppait toujours.

Zmei resta à genoux, dans une posture pleine d'humilité. Les dents serrées, la blessure de son orgueil semblait le lancer beaucoup plus que ses blessures physiques.

– Oui, avoua-t-il en baissant le menton.

Ça lui coûtait énormément, c'était une évidence. Mais comme je l'avais soupçonné, il était intègre et son honneur était plus important que sa rancune.

– J'ai une question à te poser, Zmeilandes, demanda Nerei.

Agisken nettoyait le visage boursoufflé du jeune drakenide. Ses gestes étaient précautionneux, et trahissaient l'habitude. Zmei avait relevé la tête, interloqué.

– Les mercenaires qui accompagnaient Soren, ceux qui l'ont forcé à venir ici. Tes compagnons ne les ont pas tués, n'est-ce pas ?

Je me raidis dans les bras d'Ataek. Ce dernier rugit aussitôt et me serra jalousement dans ses bras.

Zmei baissa de nouveau le regard. Son silence était une réponse équivoque. Une réponse qui en disait aussi long sur ce qu'il pensait de tout ça.

Il s'était détourné du groupe lorsqu'il m'avait ramené au campement et jeté nu au milieu des dragons. Il n'avait pas besoin de sexe pour calmer ses pulsions.

– Ils ne t'ont pas écouté, devina Nerei. Ils ont ramené ces humains au Puit pour profiter d'eux plus longtemps. Et quand vous avez raconté ce qu'il s'est passé à Lekton, il est devenu jaloux. Parce que vous ne lui avez ramené que du rebut, imbibé de magie noire. Alors que Skarana, lui, s'est approprié le seul prisonnier qui avait de la valeur.

– Ils sont arrivés ensembles, marmonna Zmei sans croiser notre regard. Ils auraient dû être jugés ensembles.

– Parce que les autres intrus ont été jugés avant d'être enfermés dans le Puit ?

Zmei garda la tête rentrée dans les épaules. Même Agisken poussa un grognement. Les yeux de mercure liquide du premier gardien étaient en ébullition. Il ne dit rien pourtant, l'une de ses grandes mains appuyées sur l'épaule du jeune drakenide. Son geste ne m'évoquait pas une menace. C'était plutôt pour l'inciter à parler sans crainte. Nerei avait contracté les doigts sur les accoudoirs de son trône. La chaleur de son aura s'était embrasée elle-aussi. Je la percevais d'autant plus que je m'étais glacé d'effroi.

– Regarde-moi dans les yeux, Zmeilandes, et dis-moi que le Puit ressemble à ce que tu imaginais.

Le drakenide redressa aussitôt la tête. Avec un regain d'audace, il accepta de braver le regard de Nerei.

– Oui, dit-il aussitôt avec beaucoup de détermination. Et non.

Il n'avait marqué qu'un instant de silence entre ses deux affirmations. Nerei acquiesça d'un lent signe de tête.

– Cet endroit existe pour punir ceux qui ont tenté de souiller nos terres, continua Zmei en fronçant les sourcils. Ils doivent payer pour le mal qu'ils ont fait. La mort serait une récompense trop douce pour eux. Mais j'ai l'impression que certains drakenides se fourvoient sur la raison de son existence. Le Puit n'est pas…

Il jeta un bref regard autour de nous

– Le Puit n'est pas Drakomaï. Il ne le sera jamais.

– Je partage tes observations, répondit calmement Nerei. Tu es honnête et droit, Zmeilandes. Je sais aussi que tu es loyal. Mais ta loyauté ne serait pas mise en doute si tu décidais de quitter le Puit. Rien ne t'oblige à y rester. Tu seras le bienvenu à Drakomaï.

– Je cherche toujours à former des apprentis, dit Agisken de sa voix caverneuse. Des drakenides qui ont à cœur de protéger la cité plutôt que de se consacrer à la reproduction. Passe quelques jours ici. Guéris, et laisse-moi te montrer tout ce que tu ignores encore sur Drakomaï.

Zmei ne répondit pas. La mâchoire contractée, il semblait lutter contre un trouble inexplicable. Je ne vis pas la suite. Nerei s'était redressé, et je me retrouvai soudain pris en étau entre mes deux drakenides.

Nerei embrassa Ataek avec une fièvre qui le calma autant qu'elle attisa son excitation. La queue du dragon rouge s'enroula autour de moi. Puis Nerei souleva mon visage et m'embrassa à mon tour. Le parfum de sa peau couvrit l'odeur de sang qui s'accrochait à mes narines.

– Tout ira bien, Soren, dit-il en serrant mon visage entre ses paumes. Je dois contacter Drakein.

Nerei glissa ses mains contre nos deux nuques. Il nous couva de son regard brillant, nous entoura de sa chaleur.

– Ataek. Fais jouir Soren pour moi. Je veux qu'il soit rempli de ta semence quand je vous rejoindrai.

J'entendis Ataek gronder. J'eu le temps de me demander s'il était vraiment nécessaire de l'exciter un peu plus qu'il ne l'était déjà. Surtout après lui avoir demandé le matin même de rester raisonnable.

L'instant d'après, Ataek me soulevait pour m'emporter loin du Naos.

À ma grande surprise, il prit le temps de s'arrêter dans les thermes qui marquaient la sortie du temple des guerriers. Il resta étonnamment calme le temps de nous rincer, même après m'avoir débarrassé de mes vêtements. J'avais une conscience très crue du mélange bouillonnant de son désir, de sa colère et de son angoisse. Il restait sous son apparence hybride, moitié homme, moitié dragon. J'ignorais si c'était un choix ou si ses émotions l'empêchaient tout simplement de se transformer. Tant qu'il restait capable de se contrôler, cela m'importait peu. J'étais tendu moi aussi, désorienté par ce que j'avais appris. Il me ramena dans les appartements de Nerei sans que l'un de nous n'ait réussi à briser le silence.

Des mercenaires étaient encore en vie. Cette pensée obsédante tournait dans ma tête, avec tout ce qu'elle impliquait.

J'ignorai lesquels. Je n'avais pas vraiment eu le temps de m'attarder sur le visage des survivants. J'étais trop préoccupé par ma survie et l'urgence de ma propre situation.

Ataek me déposa sur le sol de la chambre mais même le confort rassurant des appartements de Nerei ne réussit pas à briser le fil de mes pensées. Est-ce que je méritais vraiment de me trouver à cet endroit ? J'ignorais à quoi ressemblait le Puit mais j'avais une idée assez nette de ce que les mercenaires étaient en train d'y subir.

Je ne cessai de penser à Drakein, au Puit, à la probabilité d'un jugement. Nerei avait assuré qu'un esclave ne pouvait pas être condamné.

Loin de me rassurer, cette idée me laissait un goût amer. Je n'arrivais pas à m'empêcher de penser qu'on m'accordait un traitement faveur. Surtout après tout ce que j'avais fait.

– Soren.

Ataek caressa ma joue. Un soupçon d'inquiétude brillait dans ses yeux sauvages.

– Est-ce que je peux te faire l'amour, maintenant ?

Sa voix était rauque, chargée de désir. Mon sang se mit à bouillir et afflua violemment dans mon aine.

– Oui. Tu as gagné le combat. Tu as le droit de me prendre.

Un son vibra dans sa gorge, chargé d'envie et de satisfaction. Il captura ma bouche, me ramena avec délice dans l'instant présent. Ses crocs égratignèrent mes lèvres, ses griffes pétrirent mes muscles. Je savais à quel point il avait lutté contre ses propres pulsions. Il s'était battu pour moi et tout son instinct devait lui hurler de me revendiquer. Ce combat m'avait déplu et pourtant, même pour moi, c'était une sensation grisante.

Un drakenide, une créature aussi terrible que puissante, me convoitait au point de se battre contre un autre. Il me désirait tellement qu'il en avait perdu la raison et succombé à ses instincts. J'en éprouvais une satisfaction primitive, presque honteuse. Si je savais très bien à quel point c'était dangereux d'être désiré, j'avais oublié à quel point ça pouvait aussi être ennivrant.

Je voulais me noyer dans le plaisir, ne penser à rien d'autre qu'à lui, à mon envie de le satisfaire.

Sous sa forme hybride, son corps était hérissé de pointes. Certaines étaient des écailles rouges et fines, d'autres avaient la couleur de sa peau et ressemblaient à des excroissances osseuses. Elles le rendaient dangereusement beau. Ses bras étaient couverts d'écailles, le bout de ses doigts se confondait avec ses griffes. Sa longue queue de dragon, lisse et chaude, s'était enroulée autour de mes jambes. Sa langue envahissait ma bouche, ses mains pétrissaient mes fesses. Il était aussi avide que possessif.

– Je vais te faire jouir, menaça-t-il contre mes lèvres.

Je redressai le menton pour lui tenir tête. J'avais tellement envie de lui que le désir m'étourdissait.

– Non. Tu t'es battu pour m'avoir. C'est moi qui dois te satisfaire.

Je vis dans son regard à quel point cette idée lui plaisait. Il saisit mes cheveux d'une poigne rude, dévora de nouveau mes lèvres, exigeant.

– Je ne serai pas doux avec toi, Soren.

Sa voix était rauque, lourde de menace. Je soutins son regard avec aplomb.

– Je ne te demande pas de l'être.

Il gronda de désir et je cru qu'il allait me soulever pour m'empaler sur lui. J'aurais aimé qu'il le fasse. J'aimais tout ce qui venait de lui. Il appuya sur ma tête et je m'agenouillai aussitôt devant lui. Il avait toujours l'air d'apprécier me voir ainsi. Cela devait satisfaire son instinct dominant.

Ça me plaisait aussi.

Son sexe était lourd et rouge de désir. Je ne l'avais plus vu ainsi depuis la source dans les montagnes. Sous sa forme hybride, sa verge avait une forme différente, aussi intrigante que fascinante. Je la pressai contre ma joue, embrassai sa base beaucoup plus large. Elle était tendue et gonflée, nervurée sur toute sa longueur de parties saillantes contre lesquelles je pressai mes lèvres. Sous les nombreux plis de son frein, je redessinai de ma langue des lignes de petites excroissances, comme des petites boules de chair logées sous sa peau. Je pris plaisir à les lécher longuement, m'attardant sur elles jusqu'à voir le plaisir perler au bout de son gland. Il se détachait du reste de son membre, légèrement pointu et triangulaire. Les doigts d'Ataek se crispèrent dans mes cheveux lorsque je l'engloutis dans ma bouche. Je suçotai son gland comme on aspire une sucrerie, jusqu'à l'entendre gronder de plaisir et donner un coup de rein pour s'enfoncer plus profondément entre mes lèvres.

Je serrai la base de sa verge entre mes doigts pour l'avaler, appuyant mon autre main contre son aine. Il était plus long qu'épais et je le laissai s'enfoncer lentement dans ma gorge, apprivoisant mes propres sensations, retenant les réflexes de mon corps. Quand je fus certain de me contrôler, je reculai lentement ma tête pour mieux faire coulisser son membre dur et chaud hors ma bouche. Je sentis chaque aspérité, chaque veine de de ce mat de chair caresser mes lèvres et frotter contre ma langue.

Il me dévorait des yeux, fébrile. Je savais à quel point il aimait ce qu'il voyait. Me voir agenouillé devant lui, docile, son sexe entièrement enfoui dans ma bouche. Je lui rendis son regard, appuyai mes deux mains contre ses hanches. Je m'offrais ainsi à lui, lui abandonnais le contrôle. Il enfouit ses doigts dans mes cheveux et en grondant de désir, commença ses allées et venues.

C'était brusque, intense, terriblement satisfaisant. J'avais profondément détesté qu'on me force ainsi, au point d'en vomir mes tripes. Avec lui, c'était étourdissant. Ma propre érection en devenait douloureuse. L'effort que je devais fournir chaque fois qu'il s'enfonçait dans ma bouche était écrasé par la satisfaction que j'en retirai.

Ataek grondait de plaisir. Il s'enfouit en moi un long moment, sans retenir ses hanches. Son sexe pulsait contre mes lèvres, il était brutal et impatient. Mais le voir s'abandonner comme ça m'enivrait de luxure et me faisait oublier la douleur.

Je le senti soudain tressaillir. Il tira brusquement sur ma tête, me faisant hoqueter. Des soubresauts agitaient sa verge, humide de ses fluides et de ma propre salive. Un filet de liquide épais et blanc s'écoulait de son membre. Il n'avait pas joui, encore moins éjaculé. J'en grognai de frustration. J'avais envie qu'il vienne dans ma bouche. Il l'avait tellement fait hier, sur le trône de Nerei, que je n'avais qu'à fermer les yeux pour me rappeler de cette sensation.

Je sentis ses pouces caresser mes joues. Elles étaient humides. Je rouvris les paupières, me noyai dans son regard. Ses pupilles s'étaient réduites à deux fentes brillantes.

– Lève-toi, ordonna-t-il d'une voix rauque. Mets-toi sur le lit.

J'obéis sur le champ. Un tremblement nerveux agitait mes muscles et je peinai à retrouver mon souffle. Je m'effondrai à genoux sur les draps. Je sentis le poids de son corps affaisser le matelas. L'excitation faisait tambouriner mon cœur contre mes côtes. Sa longue queue de dragon s'enroula autour de mon torse, me fit redresser les hanches. Il saisit mes poignets pour les maintenir fermement contre mes reins cambrés. La joue enfoncée contre le matelas, les reins soulevés et offerts, j'étais fébrile. Il pressa sa verge contre mes fesses, lentement, se masturbant de toute sa longueur contre moi.

Je me donnai à lui avec une confiance aveugle, complètement entravé. Je mourrais d'envie qu'il me prenne.

– Ataek, le suppliai-je d'une voix rauque.

Sa longue queue m'enlaça un peu plus étroitement. C'était terriblement intime. Il se frotta plus fort, mimant des coups de rein.

– Oui, Soren. Je vais te prendre. Mais je veux que tu sois parfaitement ouvert pour moi.

Un frisson d'excitation dévala mon échine. Je cherchai à tourner la tête sans parvenir à voir ce qu'il faisait. Aux bruits humides et érotiques, je devinai qu'il se masturbait. Il poussa son gland contre mon entrée, étouffa un son grave entre ses dents serrées.

Sa semence éclaboussa ma peau, portant un coup terrible à mon excitation. Il laissa son sexe reposer paresseusement contre moi tandis qu'il éjaculait. Je sentis son sperme ruisseler sur mes reins, couler dans le sillon de mon fessier. Deux de ses doigts se pressèrent contre mon intimité. Il avait rétracté ses griffes et s'enfouit dans mes chairs pour me lubrifier de ses propres fluides. Je ne pus m'empêcher de gémir en le sentant jouer avec l'anneau de mes muscles. Il pressa volontairement ma prostate et une violente bouffée de plaisir me fit tressaillir. Il resserra la pression autour de mes poignets.

Je ne pouvais que subir son massage érotique. Il fit monter le plaisir par vagues successives, chacune plus violente que la précédente. Il me donna un orgasme intense, qui me laissa sonné et haletant, le visage enfoncé contre les draps. Des spasmes de plaisir irradiaient depuis mon aine. Je ressentis à peine la sensation de vide lorsqu'il retira ses doigts.

Il s'enfonça d'un brusque coup de rein dans mon corps encore tremblant d'extase, prolongeant mon orgasme pendant de délicieuses secondes.

Il m'avait prévenu qu'il serait brusque. Il n'avait pas changé d'avis et s'attela aussitôt à me prendre. Il s'imposait de force entre mes reins, labourant mes chairs, m'ouvrant de ses puissants coups de bassin. Ses hanches claquaient contre les miennes. Chacun de ses mouvements m'ébranlait. Il m'avait fait écarter les genoux pour s'enfoncer tout au fond de moi. J'avais l'impression de le sentir jusque dans mes entrailles.

C'était étourdissant.

Je n'arrivai plus à penser, subissant ce déferlement de sensations, la brutalité suffocante de son corps qui s'entrechoquait au mien. J'étouffai mes gémissements de plaisir contre les draps. Il tira sur mes poignets pour me faire tendre les bras et soulever mon torse. Il m'empalait vigoureusement sur lui, me possédait avec fureur. Sa hampe me transperça plus profondément encore. J'ignorai que c'était seulement possible.

Sa longue queue de dragon se resserra autour de ma taille. La douceur de son étreinte, aussi lascive que possessive, contrastait avec ses brusques allées et venues. Il me prenait avec une passion farouche, sauvage, implacable. Un grondement satisfait vibrait en permanence dans sa gorge. J'avais l'impression de sentir sa hampe palpiter au creux de mes reins. Les bras tendus en arrière, les reins cambrés, je ne pouvais que subir la violence de ses coups de rein.

C'était exactement ce dont j'avais envie. Qu'il me possède tout entier, sans ménagement. Qu'il me fasse l'amour avec toute la passion furieuse qu'il avait contenue jusqu'ici. Je le suppliai sans honte de ne pas s'arrêter. De me prendre toujours plus fort.

Je pensais que je ne serais pas capable de jouir si vite après l'orgasme intérieur qu'il m'avait donné. Je me trompai. Il me pilonna d'une série de coup de reins plus rudes encore et le plaisir déferla en moi. Je me contractai autour de lui en gémissant de plaisir. Quand sa main enserra ma verge pour me caresser avec vigueur, l'extase me saisit violemment et je me répandis entre ses doigts.

Mon esprit se vida pendant de longues secondes. J'émergeai avec difficulté du tourbillon de plaisir qui m'avait emporté. Ataek avait relâché mes bras. Je pris appui avec difficulté contre le matelas, me redressait péniblement sur les coudes pour lui jeter un regard perdu par-dessus mon épaule. Il me fixait de ses yeux brûlants.

Il avait empoigné mes fesses, s'enfonçait plus lentement en moi. Il me possédait de toute la longueur de son membre. Je pouvais presque sentir toutes les excroissances et aspérités de sa hampe alors qu'il s'enfonçait dans l'anneau de mes muscles. Ataek attendait que je reprenne mes esprits. Il voulait que j'ai pleinement conscience du moment où il jouirait en moi. Je m'entendis gémir d'envie.

Ses griffes mordirent mes chairs, immobilisèrent mes hanches, et je me tendis d'excitation.

Il me prit plus violemment encore, poussant un grondement sauvage. La douleur se confondit avec le plaisir. J'agrippai les draps alors qu'il labourait mes reins. J'avais l'impression de sentir le lit trembler avec nous.

Il m'inonda soudain de sa semence. Il me remplit de plusieurs jets épais et brûlants. Les drakenides éjaculaient toujours plusieurs fois, avec la même abondance. Il y en avait tellement que je sentais son sperme couler hors de moi alors qu'il était toujours profondément enfoui entre mes reins. C'était honteusement bon.

J'étais en nage. Sous mon corps, les draps étaient humides de ma sueur et de nos fluides. Je m'y effondrai quand même, repu et grisé par le plaisir. Avec Nerei et lui, tout ce que je croyais haïr devenait étrangement délicieux. C'était comme si mon corps avait oublié tout ce j'avais enduré, redécouvrait le plaisir pour la première fois.

Ataek remplaça l'étreinte de sa queue par celle de ses bras. Il s'étendit contre moi, me recouvrit du poids de son corps avant de nous faire rouler sur le côté.

Je m'accrochai à ses bras couverts d'écailles, encore sonné. Des sensations diffusent irradiaient encore de mon aine et de mes reins. Il caressa mon ventre, étalant volontairement mes propres fluides. J'en frissonnai sans chercher à le retenir.

– Je t'ai fait mal, dit-il en mordillant ma nuque.

C'était un constat, et pas une question. Mais il exigeait quand même une réponse.

– Oui, avouais-je dans un souffle.

Une réponse sincère.

– Et c'était bon.

Un grondement de plaisir fit vibrer tout son corps.

– Tant mieux. Parce que je recommencerai.

Il se redressa sur un coude, me saisit le menton pour m'embrasser à pleine bouche.

Je me demandai comment, après tout le plaisir qu'il venait de me donner, je pouvais encore trouver un simple baiser aussi bouleversant.

– Mais si tu estimes un jour que j'atteints tes limites, tu devras me le dire, Soren. Promets-le-moi.

Ses yeux brillaient avec un sérieux que je lui avais rarement vu. Je restai fasciné par leur éclat, la gorge nouée par une émotion inexplicable. Je ne pu qu'hocher la tête, fermant les paupières un instant.

Il y avait longtemps que je ne savais plus où se trouvaient mes limites. J'ignorai même si j'en avais encore.

J'avais l'impression qu'avec eux, peu à peu, je les redessinai.

– Oui. Je te le promets.

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