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PDV HOPE
Les vêtements sales et trempés que je porte depuis ce matin me collent à la peau. En les retirant, mon regard se détourne automatiquement du grand miroir sur le lavabo. Regarder mon corps est devenu une phobie féroce que je ne peux supporter. Chaque larme ayant coulée sur mes joues est une cicatrice qui strie ma peau. Quelle tristesse, avoir si honte de son corps, jusqu'au point de le rogner totalement.
Car non, le monde n'est pas rose bonbon comme dans les livres, ici c'est la vraie vie. La douleur rend plus fort certes, mais reste dans tous les cas une faiblesse à éradiquer. Malgré le dégout que mon âme éprouve pour cette enveloppe corporelle, une envie d'en finir définitivement avec tout cela me retient sur place. Je ne veux pas mourir, au contraire. Je veux retrouver cette volonté de vivre à tout prix. Il a gagné une fois, jamais deux.
J'entre rapidement dans la grande douche comportant uniquement des affaires de toilette masculines. À moins qu'une femme aime se doucher avec ce genre de choses, je peux en venir à la conclusion que ce Garett vit exclusivement avec des hommes, ou un en tout cas un au moins.
Après une très rapide douche, je cherche du regard mon sac dans la pièce. Malheureusement, il n'y est pas. Sûrement encore sur la falaise, avec mon manteau. Je soupir, si je n'ai pas mon sac, je n'ai aucune crème contre les brûlures. Je dois impérativement le récupérer.
J'inspecte les vêtements laissés par Garett : un sweat-shirt simple noir et un jogging de la même couleur. Je remercie mentalement le garçon pour ses jambes plus grandes que moi. Ainsi, la largeur du pantalon empêche quiconque de remarquer la finesse presque maladive de mon corps. En jetant un rapide coup d'œil au miroir, je note aussi inconsciemment de me racheter des lentilles de couleur, afin de cacher celle de mes yeux.
C'est de leur faute si ma vie est aussi pourrie. Si je ne les avais pas, mon « père » ne m'aurait jamais remarqué à l'orphelinat. Ma vie aurait presque pu être... vécue. Tout cela, une vie brisée pour une simple couleur différente de la normale. Juste pour des iris renfermant quelques teintes et nuances rares. Quelle dégoutation.
En sortant finalement de la pièce mes habits mouillés à la main, je ne sais pas quoi faire ni où aller. Dans le salon ? Garett devrait normalement y être. C'est donc avec cette idée en tête que je m'oriente vers les escaliers pour aller au rez-de-chaussée. Lorsque j'arrive à destination, mon cœur accélère de peur en voyant un deuxième homme aux côtés de Garett. Ce dernier remarque ma présence à la dernière marche de l'escalier et vient directement à ma rencontre, oubliant le garçon avec qui il parlait sur le canapé.
Celui-ci semble mexicain : une peau légèrement halée, des cheveux bruns avec des yeux châtain-clair. Je vois à travers son t-shirt noir une musculature développée, plus que Garett. Son regard croise le mien et me procure un frisson. Ses iris semblent animées d'une animosité terrifiante. En un instant, ses yeux peuvent m'envoyer un sentiment d'inconfort profond.
— C'est bon, la princesse est propre et peut repartir ? commence le mexicain d'une voix ironique emplie de frustration.
Garett soupire et s'excuse du comportement de son ami en me recommandant de l'ignorer. Malheureusement, le brun de semble pas du même avis car quelques secondes plus tard, un souffle chaud s'abat sur mon visage. Cette proximité fait battre mon cœur trop rapidement. Mon sang semble se glacer dans mes veines, il n'est pas là, ce n'est pas lui...
— Garett avait raison, t'es loin d'être laide. Peut-être trop fine pour moi, mais des yeux si... il se coupe. (Par automatisme lorsque l'on m'en parle, mes paupières se ferment, afin de passer inaperçue cette couleur.)
Je n'ai pas peur. Malgré tout, je n'ai peur de rien. Retiens-le Hope, tu n'as peur de rien.
Mais alors, pourquoi je sens mes membres trembler sous le regard de cet inconnu ?
— Akke stop ! Recule s'il-te-plaît ! intervient enfin Garett, ce dernier tire en arrière son ami qui ne me quitte pas des yeux. Mather est d'accord pour cette nuit donc tu n'as rien à dire.
Cette révélation semble calmer l'homme en face de moi. Alors comme ça, un certain Mather a le pouvoir de fermer la bouche de cette brute ? Dans tous les cas, l'homme en question ne semble pas dans la pièce pour le calmer. De nombreux frissons me parcours le dos à la pensée de ses mains à nouveau sur mon corps, de son haleine à la cigarette dans mon cou...
Sans que je ne puisse rien faire, les pensées négatives arrivent en flèche dans mon esprit. Il est déjà trop tard, je fais une crise de panique.
Avant le moindre mouvement des garçons en face de moi, ma respiration se coupe, l'air contenu dans mes poumons vient de se perdre à l'intérieur, ne trouvant pas la sortie de la vie. Mes membres commencent doucement à trembler, mon corps se secoue de spams incontrôlés. Non, non, non... Ma vision se brouille, je n'ai que le temps de voir les lèvres de Garett bouger que mon ouïe disparait à son tour, laissant un désagréable bourdonnement dans mes oreilles.
Tu n'y arriveras pas, Hope.
Mes forces me quittent.
Tu ne sers à rien, Hope.
Mes jambes lâchent.
Ta vie ne vaut rien, Hope.
Je ferme les yeux.
Meurs, Hope Murky.
∞
Une douce envie de vomir mes organes me réveille. Mes yeux s'ouvrent sur un plafond blanc, dépourvu de tâches. Ne reconnaissant pas ce mur, je tourne la tête à droite pour analyser le lieu dans lequel je me trouve. La luminosité brule ma rétine, ce qui n'aide pas mes étourdissements à s'apaiser. Où suis-je, quelle heure est-il ?
Avant de réfléchir clairement aux évènements de la vieille, je prends le temps d'observer quelques instants la pièce dans laquelle je suis : une chambre banale. La porte est la première chose que je repère, au-cas-où je serais dans l'obligation de détaler en courant. Celle-ci se trouve à l'opposé de mon lit à gauche ; lui-même remplissant un des angles blancs de la pièce. À ma droite, une fenêtre est cachée par d'épais rideaux fermés frôlant les draps et m'empêchant de voir le temps qu'il fait dehors ou l'heure approximative de la journée. Il fait juste jour. Une armoire en bois massif est collée au mur d'en face. À part un petit bureau plus loin, cette chambre est vide et froide.
Comme toi, murmure cette petite voix toujours présente dans ma tête.
Je soupir un grand coup, des images d'hier soir me reviennent subitement en mémoire et accentuent mon mal-être. Ce Akke est un vrai con, je le déteste. Un peu inquiète, je jette un coup d'œil à mes vêtements, mais rien à signaler. Ils ne m'ont pas touché. Pour couronner le tout, mon sac est resté sur la falaise, seul.
Résignée, je quitte enfin ce confortable lit pour m'aventurer vers la porte. Malheureusement, ce n'est pas le plan prévu par mes jambes car ces dernières n'en font qu'à leurs têtes. Mon corps engourdi rencontre le sol dans un sifflement plaintif de douleur.
Putain.
Je sens le monde changer de côté. J'ai chaud, trop chaud, je vais étouffer.
— Je peux savoir c'que tu fous par terre ? intervient une voix me faisant discrètement sursauter.
Mes yeux se ferment un court instant, je reconnais la personne qui me parle : Garett. J'ouvre automatiquement la bouche, souhaitant lui communiquer mon mal-être. Mais comme à chaque fois, aucun son n'en sort. C'est douloureux, de voir que malgré la volonté de faire quelque chose, je n'y arriverai plus jamais. Sa voix reste encrée dans mon esprit, recassant inlassablement des paroles souhaitant mon mutisme.
Kerry, où es-tu pour me donner ta joie de vivre ? J'espère que toi au moins, est heureuse.
Lorsque Garett comprend qu'il n'obtiendra aucune réponse orale de ma part, J'entends quelque chose se poser dans la chambre. Je fixe le plafond, trouvant maintenant cette couleur de blanc-cassé vraiment intéressante.
— T'as besoin d'aide ? reprend l'homme de la pièce.
Un flash soudain me revient en tête : il m'attrape brusquement, me soulève du sol et...
— Hé ! Garett me sort de mes pensées. C'est bon, j'vais pas te tuer t'inquiète, continue-t-il en se baissant à côté de moi pour poser une main sur mon épaule.
Instinctivement, je me dégage de sa prise en sautant sur mes deux pieds. Ne me touche pas, je t'en conjure...
Mes yeux croisent ceux de Garett, debout devant moi. Celui-ci semble à la fois perdu et choqué. Je le vois froncer des sourcils :
— T'aimes pas le contact physique à ce que je vois. Pas grave, je venais pour te donner des médicaments afin de descendre ta fièvre et de la bouffe. Si tu veux un truc, descends au salon !
Je n'ai pas le temps de chercher l'ardoise d'hier car le garçon disparaît dans un coup de vent de la pièce. Je remarque alors un plateau posé sur le petit bureau d'angle à l'opposé du lit qui n'était pas là avant l'arrivée de Garett.
Dessus, une plaquette de dolipranes, un grand verre de jus d'orange, un autre liquide ressemblant à du café, des pancakes et une pomme verte.
Si je n'avais pas appris à adopter un visage neutre il y a trois ans lors de la disparition de Kerry, un sourire aurait sûrement réussi à franchir la barrière de mes lèvres. Mais mon expression faciale reste totalement neutre. Aucune émotion ne peut trahir mon humeur et ressenti de chaque moment de la journée. C'est ainsi pour moi : si quelqu'un veut savoir tes sentiments, il te veut du mal. Alors ne laisse personne te percer à jour.
Je n'ai pas faim. Ainsi, l'intégralité de mon plateau reste intacte. Comme je n'ai eu le droit aux médicaments qu'en cas d'extrême urgence, je ne suis pas habituée à en consommer. Je préfère donc m'en passer pour une petite fièvre.
Je marche vers la porte empruntée par Garett il y a une minute pour quitter la chambre. Bizarrement, lorsque ma main se pose sur la poignée, je suis brusquement envoyée quelques mètres en arrière avec un coup sur le front.
Il me faut dix secondes pour reprendre mes esprits et lever la tête vers la personne ayant ouvert le battant et bousculé de la sorte. Des cheveux blond-vénitien, un regard marron, une carrure égalable au Akke de hier et une grande taille. Une beauté presque absurde tellement elle paraît dans les critères physiques demandés par la gente féminine et masculine.
Mais le plus choquant dans ce nouveau visage, c'est cette flagrante ressemblance.
J'ai devant moi la copie conforme de Kerry, mon amie disparue.
❝ La réalité se construit sur les rêves que nous faisions enfants, lorsque la vie était encore belle, et méritait d'être vécue. ❞
© 2019-M
∞
Alors ce chapitre ?
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais vous étiez beaucoup plus présents avant ma réécriture...
C'est assez difficile de travailler trois heures ou plus sur un chapitre pour ne pas avoir de retours. ...
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
Prenez soin de vous
𝕃𝕠𝕧𝕖 𝕪𝕠𝕦 𝕞𝕠𝕣𝕖 𝕥𝕙𝕒𝕟 𝕚𝕥'𝕤 𝕡𝕠𝕤𝕤𝕚𝕓𝕝𝕖
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80 épisodes mis à jour
Comments
anouchka stainer
so cool so wow so beautifully I like it 😘
2023-11-24
0
Elisa L'ange noire
t gère
2022-08-25
0
iristina
j'aime beaucoup l'histoire 😁👍
2021-04-10
1