Le temps continua de s’étirer comme un fil fin et fragile, semblant se dilater chaque jour. Levi avait appris à vivre avec cette attente, même si une part de lui en souffrait. Le quotidien le rattrapait toujours, mais il n’arrivait pas à se défaire de l’idée qu’il y avait quelque chose de non résolu entre lui et Elio. Leurs échanges étaient devenus de plus en plus rares, et les silences, bien qu’inconfortables, semblaient devenir la norme. Pourtant, quelque chose en lui lui disait que ce n’était pas encore la fin.
Levi avait cessé de se rendre au chalet. Il ne voulait pas paraître insistant, et plus encore, il respectait l’espace qu’Elio avait mis entre eux. Mais son esprit restait hanté par ce dernier regard, ce dernier geste d’Elio lorsqu’il lui avait dit qu’il allait bien. Levi savait que ce n’était qu’une façade. Il le sentait. Cette froideur qu’Elio affichait n’était qu’une protection, un bouclier pour cacher une douleur qu’il ne voulait ou ne pouvait pas partager.
Pendant ce temps, Elio se retrouvait seul dans le chalet, dans le même décor figé. Les jours étaient devenus une routine : consultations, solitude, parfois quelques rares appels de vieux amis ou collègues, mais rien de véritablement marquant. La vie semblait se répéter sans fin, avec cette même absence d’émotion, ce même vide qui le suivait comme une ombre silencieuse.
Ce matin-là, alors qu’il se préparait à partir pour une visite à un patient, il sentit une légère appréhension monter en lui. Cela faisait des jours qu’il n’avait pas croisé Levi, et même si, dans un coin de son esprit, il n’osait pas l’admettre, il se surprenait à espérer une rencontre, à espérer que quelque chose allait casser cette barrière invisible entre eux.
Il se secoua la tête. Non, il ne pouvait pas se permettre cela. Il ne pouvait pas se permettre de se laisser distraire par les pensées de Levi. Et pourtant, chaque jour qui passait, il sentait que l’air autour de lui devenait plus lourd, plus étouffant. Il n’avait jamais été aussi proche de prendre une décision importante : allait-il ouvrir la porte de son passé à quelqu’un d’autre, ou allait-il la maintenir fermée à jamais ?
La journée se déroula comme prévu, mais le soir venu, lorsque Elio rentra au chalet, il remarqua quelque chose de différent. Une enveloppe blanche était posée sur sa porte. Elle était sans adresse, sans aucun signe distinctif, mais il reconnut immédiatement l’écriture. Levi. Le cœur d’Elio s’emballa alors qu’il la ramassait, la tenant entre ses mains, hésitant un instant avant de l’ouvrir.
À l’intérieur, il trouva une lettre courte, mais qui pesait lourd dans l’air. Levi avait écrit :
“Je sais que tu n’as pas besoin de moi, et je ne veux pas être un fardeau. Mais si un jour tu veux parler, je serai là. Je comprends si tu veux que tout reste comme ça. Je ne te dérangerai plus.”
Elio resta un long moment silencieux, la lettre entre les mains. Ces mots étaient simples, mais ils étaient chargés de tant d’émotions, de ressentis non exprimés. Levi ne cherchait ni à imposer sa présence, ni à forcer un quelconque lien. Il respectait les limites, mais en même temps, il offrait une porte ouverte, une possibilité d’échange.
Elio se laissa tomber dans un fauteuil, perdant son regard dans l’obscurité à travers la fenêtre. La neige recommençait à tomber, recouvrant la terre d’un manteau blanc, comme un nouveau départ. Mais le poids de ses pensées restait, inaltéré, dans son esprit.
Il relut la lettre plusieurs fois, chaque fois avec un sentiment de confusion. Ce qu’il ressentait pour Levi était complexe. Levi n’était pas comme les autres, il ne s’était pas laissé impressionner par son isolement, il n’avait pas reculé face à ses barrières. Levi, avec son caractère doux et ferme, lui offrait une forme d’amitié qu’il n’avait pas cru possible, mais c’était aussi une amitié qu’il n’était pas certain de pouvoir accepter.
Levi ne demandait rien de plus que de la compagnie. Mais Elio, malgré son désir latent de se libérer de son passé, n’était pas prêt à franchir ce pas. Pas encore. Il en était conscient. Peut-être qu’il y avait un jour où tout cela prendrait fin, où il trouverait le courage de laisser quelqu’un s’approcher suffisamment pour voir au-delà de ses blessures. Mais ce jour-là n’était pas encore arrivé.
Elio plia la lettre avec soin et la rangea dans son tiroir, là où il cachait toujours tout ce qui était trop personnel, trop intime. Il savait qu’il ne pouvait pas fuir éternellement, mais il n’était pas prêt. Pas encore.
La neige continuait de tomber à l’extérieur, cachant les traces du passé, mais aussi celles de l’avenir. Un avenir que, pour l’instant, Elio n’était pas prêt à envisager.
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