Les traces du passé

Les jours s’étiraient avec une lenteur presque insupportable. Elio était habitué à la solitude, mais quelque chose dans le silence de ces dernières semaines avait changé. Les montagnes, qu’il avait toujours trouvées apaisantes, semblaient aujourd’hui oppressantes, comme si elles le surveillaient, prêtes à l’engloutir. La neige fondait lentement, laissant place à une brume épaisse qui enveloppait le chalet, rendant le monde extérieur encore plus distant, encore plus irréel.

Il ne sortait presque plus, sauf pour ses consultations, se contentant de ses recherches médicales et de ses livres. La routine était devenue son seul refuge, et pourtant, elle ne parvenait plus à apaiser ce sentiment grandissant de vide. Ce vide qu’il n’arrivait pas à combler.

Levi, quant à lui, continuait sa vie sans faire de bruit. Il avait arrêté de se rendre au chalet, respectant le silence d’Elio, mais il n’avait pas oublié l’homme derrière ce masque d’indifférence. Le silence d’Elio ne le laissait pas indifférent. Chaque jour, il se demandait si son ami allait bien, s’il avait trouvé un moyen de sortir de l’ombre de son passé. Mais il ne voulait pas être intrusif. Levi savait que certaines blessures avaient besoin de temps pour guérir, ou pour du moins, être acceptées.

Levi passait ses journées à travailler sur les chantiers le matin, et le soir, il retrouvait son rôle de serveur dans le petit restaurant du coin. C’était une vie simple, mais il ne se sentait pas malheureux. Il avait ses habitudes, ses amis, et, même s’il n’osait pas l’avouer, il ressentait un manque, un vide aussi. Un vide que lui-même n’avait jamais pris le temps de comprendre, jusqu’à ce qu’il croise le regard d’Elio.

L’idée qu’Elio puisse être toujours là, dans cette montagne silencieuse, le hantait de temps en temps. Il n’avait pas essayé de reprendre contact, respectant le choix de l’autre, mais il se surprenait souvent à se demander si leur amitié avait un avenir. Peut-être qu’Elio n’avait jamais voulu de cette amitié. Peut-être qu’il était trop lié à son passé pour accepter la compagnie des autres.

Ce soir-là, alors qu’il rentrait chez lui après une journée de travail, Levi décida, contre toute attente, de prendre son vélo pour faire un tour en direction du chalet. Ce n’était pas un geste impulsif, mais une simple curiosité, un besoin de savoir si Elio allait bien. Il ne voulait pas s’imposer, mais il espérait simplement que, peut-être, après tout ce temps, Elio serait prêt à parler.

Le vent frais soufflait doucement contre son visage alors qu’il pédalait à travers les rues désertes. Il s’arrêta au bord de la route, devant la petite allée menant au chalet. La lumière tamisée dans la fenêtre d’Elio lui donna un sentiment de calme, mais aussi de malaise. Ce n’était pas une lumière de joie, mais celle d’une solitude choisie, une solitude qui semblait vouloir l’envelopper tout entier.

Il hésita un moment, puis décida de ne pas s’aventurer plus loin. Levi n’était pas là pour troubler le silence d’Elio, mais pour simplement savoir. Il posa son vélo contre le mur de la maison d’en face et resta là, à regarder la silhouette du chalet qui se découpait dans la brume du soir.

Les minutes s’égrenaient lentement, et Levi sentit une étrange mélancolie l’envahir. Il tourna les talons et monta sur son vélo, décidant que, pour aujourd’hui, il n’avait pas à forcer les choses. Il partirait. Peut-être reviendrait-il un jour, quand le moment serait plus propice, quand Elio serait prêt à briser le silence. Mais ce jour-là, il savait qu’il n’avait pas à intervenir. La vie, comme la montagne, avait ses propres rythmes, et il était inutile d’essayer de les accélérer.

De retour chez lui, Levi se coucha, mais cette nuit-là, il n’arriva pas à s’endormir tout de suite. Le souvenir du chalet, de la lumière dans la fenêtre, restait accroché à son esprit. Peut-être qu’un jour, ils trouveraient un terrain d’entente, mais pour l’heure, il devait laisser Elio à ses démons, aussi difficiles soient-ils.

Elio, de son côté, observait la brume s’épaissir à travers la fenêtre de son chalet. Il n’avait pas vu Levi ce soir-là, mais il savait qu’il était passé. Il ressentait presque une présence, un écho de cette visite discrète qui, paradoxalement, n’avait pas encore brisé son isolement.

Il ne se sentait ni soulagé ni plus lourd, juste figé dans cette étrange situation, où ni l’un ni l’autre n’avait osé franchir le pas. Peut-être que demain serait un autre jour. Peut-être qu’il finirait par ouvrir la porte. Mais pour l’instant, tout ce qu’il savait, c’était que le silence semblait plus lourd que jamais.

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