Chapitre 2 : Le goût de la vie

La nuit était tombée depuis longtemps sur la petite clinique d’Ethan, baignant les lieux d’une obscurité silencieuse. Le faible ronronnement du chauffage et les rares bruits de la ville au loin semblaient les seuls témoins de cette tranquillité nocturne. Kael, toujours sous sa forme de renard, observait Ethan d’un œil attentif. Le jeune vétérinaire s’était endormi à son bureau, des dossiers éparpillés autour de lui, des factures encore non réglées parsemant la surface. Même dans son sommeil, il paraissait tendu, comme si le poids du monde reposait sur ses épaules.

Kael ferma les yeux, tentant de calmer cette agitation intérieure qui ne cessait de grandir en lui. Chaque jour passé aux côtés d’Ethan lui rappelait combien il était devenu faible. Pas seulement physiquement, mais aussi émotionnellement. Il s’attachait à cet humain, à son courage et à sa détermination insensée, et cela l’irritait autant que cela le fascinait. Il n’avait jamais eu besoin de personne. Jamais.

Soudain, des bruits lourds résonnèrent à l’extérieur. Des voix basses, menaçantes. Kael se redressa aussitôt, ses sens en alerte. Il pouvait reconnaître cette aura, celle des hommes de la dernière fois.

La porte de la clinique fut violemment poussée, faisant tinter la cloche d’entrée. Trois hommes en costume sombre entrèrent, leurs silhouettes imposantes se découpant dans la pénombre. Kael reconnut immédiatement l’un d’eux : c’était celui qui avait harcelé Ethan, quelques jours plus tôt.

— "On t’avait prévenu, gamin," grogna l’un des mafieux en s'approchant du bureau. "T’as eu ta chance, mais tu t’obstines. Maintenant, c’est fini de jouer."

Ethan se réveilla en sursaut, encore groggy, mais la panique se lisait déjà dans son regard. Il se leva d’un bond, tâchant de paraître plus courageux qu’il ne l'était vraiment.

— "Je vous ai dit que je ne vendrais pas. Vous ne pouvez pas simplement..."

Le plus grand des hommes l’interrompit d’un coup de pied violent qui renversa la chaise derrière lui. Ethan s’effondra au sol, haletant de douleur. Kael, couché près de la fenêtre, sentit une vague de colère monter en lui, une rage froide et incontrôlable.

— "On va tout casser, Ethan. Tout ce que t’as, tout ce que ton père t’a laissé. Ça n’a plus d’importance. Tu vas perdre de toute façon." Le mafieux craqua ses doigts, s'approchant lentement d’Ethan, un sourire sadique étirant ses lèvres.

Kael, malgré son corps de renard, sentit ses griffes se planter dans le sol. Il devait faire quelque chose. Mais quoi ? Je suis piégé dans ce corps insignifiant, pensa-t-il, furieux. Pourtant, il ne pouvait supporter de voir cet humain, son humain, être brisé ainsi. Cette idée le remplissait d’une rage qu’il n’avait pas ressentie depuis des siècles. Quelque chose en lui se mit à vibrer, à résonner avec une force nouvelle.

Les hommes se rapprochaient d’Ethan, prêts à déchaîner leur violence sur lui. L’un d’eux saisit une batte, prêt à frapper les meubles, à détruire la clinique morceau par morceau.

Assez.

Kael sentit la chaleur de sa colère grandir, dévorant son être. Une force brute s’éveilla dans son cœur, brûlante, sauvage. Tout à coup, son corps animal sembla se déchirer de l’intérieur. Une onde de choc parcourut ses veines, une puissance qu’il croyait perdue depuis longtemps s’éveillant enfin. Sous la lueur pâle de la lune, Kael se redressa sur ses pattes tremblantes, et dans un éclat de lumière, sa forme animale disparut.

Un souffle de puissance envahit la pièce, et là, debout dans toute sa majesté, Kael retrouva son apparence originelle. Ses longs cheveux rouges tombaient en cascade autour de ses épaules, ses yeux d'or étincelaient de fureur. Il était à nouveau lui-même, le démon de l’Avarice, et une aura de menace irradiait de chaque fibre de son être.

Les mafieux se retournèrent, stupéfaits, la batte s'arrêtant en plein mouvement.

— "Qu’est-ce que...?" balbutia l’un d’eux, reculant instinctivement face à la présence écrasante de Kael.

Sans un mot, Kael s’avança, ses yeux brillants de colère fixés sur eux. Le premier homme tenta de lever son arme, mais d’un simple geste de la main, Kael le projeta violemment contre le mur. Les autres n'eurent pas le temps de réagir. En une fraction de seconde, Kael fut sur eux, sa force démoniaque éclatant dans chaque mouvement. Un coup de poing, un coup de pied, et les hommes s'écroulèrent, inconscients, brisés.

Kael se redressa, sa respiration saccadée, le corps encore vibrant de colère. Il baissa les yeux vers ses mains ensanglantées. Mais là où, d’ordinaire, ses blessures se seraient immédiatement refermées, la douleur persistait. Il plissa les yeux, inspectant les coupures profondes sur ses bras. Pourquoi... pourquoi ne guérissent-elles pas ?

Il entendit un faible gémissement et se retourna pour voir Ethan, encore au sol, le regard rempli de confusion et de peur. Kael se figea. Comment devait on soigner un humain ? Pensa t il légèrement paniqué.

Il s'approcha lentement d'Ethan, l'angoisse tordant son estomac. Chaque pas était lourd, comme si la simple gravité du moment pesait sur lui.

— "Tu... tu les as... battus ?" murmura Ethan, toujours sous le choc, la douleur dans ses yeux mêlée à de l'incrédulité.

Kael s’agenouilla à ses côtés, regardant ses propres mains tachées de sang. Il ressentait encore la chaleur du combat, mais il savait que quelque chose avait changé de manière irréversible.

— "Ils ne te feront plus de mal," dit Kael, sa voix plus douce qu’il ne l’aurait imaginée.

Ethan le dévisagea, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. L’homme magnifique, puissant, qui se tenait devant lui n'était pas le renard qu'il avait soigné. Mais une vérité plus étrange encore semblait se dessiner dans son esprit.

— "Qui... qui es-tu ?"

Kael hésita un instant. Il n'avait pas de réponse simple. Il était Kael, l’Avarice incarnée, un démon immortel. Pourtant cette simple réponse lui déplaisait par la simple idée qu'il pourrait finir par avoir peur de lui. Ce simple vétérinaire, avec sa sincérité, sa bonté et son courage, avait réussi là où des millénaires de pouvoir et de sorcellerie avaient échoué. Il lui redonnait envie et peur.

— "Je suis... quelqu’un qui te doit beaucoup plus que tu ne l’imagines," répondit-il enfin, la voix basse, troublée. "Parce que tu as réussi à faire ce que je croyais impossible."

Ethan fronça les sourcils, essayant de comprendre la signification de ces mots. Mais pour Kael, la vérité était claire. L’immortalité, ce fardeau qu’il avait tant cherché à briser, venait de trouver sa fin dans les yeux de cet homme fragile, mais plus fort qu’il ne le soupçonnait.

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