Premiers désaccords

Chapitre 20

Le chantier avançait, du moins en apparence. Les bruits des marteaux et des scies résonnaient dans le petit village, mais derrière l’agitation se cachaient des obstacles invisibles. Des matériaux disparaissaient mystérieusement, des outils se retrouvaient endommagés, et des retards s’accumulaient sans explication claire. Clara, toujours attentive aux détails, ne tarda pas à remarquer que ces incidents n’étaient pas de simples coïncidences.

Un soir, alors qu’elle revenait de l’école où elle travaillait, Clara passa près du site de rénovation. À travers la lumière tamisée du crépuscule, elle vit une silhouette familière penchée près d’un tas de bois. Elle se figea. C’était Lukas. Il semblait concentré, vérifiant discrètement que personne ne l’observait avant de retirer des planches. Clara fronça les sourcils, un mélange de surprise et de déception envahissant son esprit. Pourquoi Lukas, ce garçon qu’elle connaissait depuis toujours, s’opposait-il au projet qui devait revitaliser leur village ?

Elle attendit qu’il parte avant de s’approcher des planches abandonnées. Certaines étaient fendues, inutilisables. Le sabotage était évident. Le cœur lourd, elle rentra chez elle en silence, réfléchissant à la meilleure manière d’aborder la situation.

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Le lendemain, Clara trouva Lukas près de la rivière, là où il allait souvent pêcher. Il était assis sur un rocher, les yeux fixés sur l’eau qui coulait doucement. Elle s’approcha doucement, son ombre se projetant sur l’herbe.

— Lukas, on peut parler ? demanda-t-elle d’une voix calme mais ferme.

Il tourna légèrement la tête, reconnaissant immédiatement sa voix. Ses épaules se tendirent, et il posa sa canne à pêche sur le sol, comme s’il s’attendait à une confrontation.

— De quoi veux-tu parler ? répondit-il sans la regarder.

Clara s’assit à côté de lui, laissant un silence s’installer avant de poursuivre.

— Je sais que c’est toi. Hier soir, je t’ai vu près du chantier.

Lukas resta silencieux, mais son visage s’assombrit. Il ramassa une pierre et la lança dans l’eau, créant de petites ondulations.

— Et alors ? finit-il par dire. Ce projet… il n’a rien à faire ici.

Clara pencha la tête, intriguée par la véhémence dans sa voix.

— Explique-moi, Lukas. Pourquoi faire ça ? Pourquoi saboter un projet qui est censé aider tout le monde ?

Il la regarda enfin, ses yeux brûlants d’une colère qu’il avait visiblement gardée pour lui depuis longtemps.

— Parce que ce n’est pas notre projet, Clara. C’est celui des investisseurs, des étrangers qui pensent savoir ce qui est bon pour nous. Ils ne comprennent rien à notre village, à notre mode de vie. Ils veulent tout moderniser, tout transformer, mais à quel prix ? Tu crois vraiment qu’ils s’intéressent à nous ? Non. Ils s’intéressent à l’argent qu’ils peuvent tirer d’ici.

Clara resta silencieuse un moment, absorbant ses paroles. Elle comprenait une partie de sa frustration. Les réunions de présentation du projet avaient été dominées par des discours techniques et des chiffres, et peu d’habitants avaient eu l’occasion de s’exprimer. Pourtant, elle ne pouvait ignorer les opportunités que ce projet offrait.

— Je comprends ce que tu ressens, Lukas, dit-elle enfin. Mais saboter les travaux, ce n’est pas la solution. Si tu as des doutes, tu devrais en parler ouvertement. Faire entendre ta voix, pas agir dans l’ombre.

Il eut un rire amer.

— Parler ? À quoi bon ? Ils ne nous écoutent pas. Ils décident, et nous, on subit. Ce village, c’est tout ce qu’on a, Clara. Tu veux vraiment le voir se transformer en un parc d’attractions pour touristes ?

Clara posa une main sur son épaule, tentant de le calmer.

— Ce village, c’est aussi tout ce que j’ai. Mais je crois qu’on peut trouver un équilibre. Ce projet ne doit pas effacer ce qui fait notre identité. Il doit la renforcer. Mais pour ça, il faut qu’on travaille ensemble, pas l’un contre l’autre.

Lukas la regarda longuement, son expression se radoucissant légèrement. Il secoua la tête, comme s’il luttait contre un conflit intérieur.

— Peut-être que tu as raison, murmura-t-il. Mais comment tu veux qu’on leur fasse confiance ?

Clara esquissa un sourire.

— En leur montrant qu’on est là, qu’on s’implique, qu’on ne les laissera pas décider seuls. Tu es l’un des piliers de ce village, Lukas. Si toi, tu prends la parole, les autres suivront.

Un silence s’installa à nouveau, mais cette fois, il était moins tendu. Lukas soupira, visiblement ébranlé par ses paroles. Il se leva et ramassa sa canne à pêche.

— Je vais réfléchir, dit-il simplement avant de partir.

Clara le regarda s’éloigner, un léger sentiment d’espoir naissant en elle. Le chemin vers l’harmonie serait long, mais elle savait qu’elle venait de faire un premier pas important.

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