L'embrigadement de l'oubli

Chapitre 4

Aric passa des jours dans le village, mais son esprit était un tourbillon de confusion et de terreur. La Dame Sans Nom avait raison : il n'était plus le même. Il ressentait la malédiction l’envahir, doucement mais sûrement. Chaque nuit, ses rêves étaient hantés par des voix lointaines, des murmures d’hommes et de femmes oubliés, comme s'ils tentaient de lui transmettre quelque chose de crucial, quelque chose qu’il avait perdu à l'instant où il avait prononcé son nom.

Chaque regard qu’il croisa dans le village semblait lourd de sens. Les habitants, avec leurs visages marqués par la peur, se détournaient toujours de lui, comme s’ils pressentaient qu'il ne leur appartenait plus. Il n’était plus Aric, ou du moins, pas le même. Une partie de lui appartenait à la Dame Sans Nom. Il le savait, il le sentait. Et pourtant, une autre partie de lui résistait. Il ne voulait pas devenir une légende, il ne voulait pas être un prisonnier de cette malédiction sans fin.

Un soir, alors qu'il errait une nouvelle fois dans les rues désertes du village, une étrange silhouette se présenta à lui. C'était une vieille femme, sa peau ridée et ses yeux vifs, fixant Aric avec une intensité qui fit naître un frisson dans son dos.

"Tu sais ce que tu es devenu, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle d'une voix douce, mais lourde de sagesse.

Aric se figea. "Qu'est-ce que vous voulez dire ?"

"Tu n'es plus qu'un écho, une ombre de ce que tu étais," répondit-elle. "Tu cherches à fuir la vérité, mais elle est désormais gravée dans ton âme. La Dame Sans Nom t'a marqué, Aric. Et tu ne peux plus revenir en arrière."

"Je… je ne veux pas être celui qu’elle veut que je sois," murmura-t-il, le cœur lourd.

La vieille femme posa une main sur son épaule. "C'est la même chose pour tous ceux qui la rencontrent. Mais certains parviennent à comprendre avant de tout perdre."

Aric la regarda, intrigué. "Comprendre quoi ?"

"Ce qu’elle cherche n’est pas seulement un nom," dit-elle lentement, "mais la rédemption. Et si tu veux t'en sortir, il te faudra comprendre pourquoi elle a été oubliée, et pourquoi tu l’as retrouvée. Son histoire est plus ancienne que tout ce que tu imagines."

Aric écouta attentivement, une étincelle d’espoir naissant dans son esprit. "Comment puis-je comprendre ?"

"Retourne au cimetière," répondit la vieille femme. "Il n'y a que là-bas que tu trouveras la vérité."

Elle disparut dans la brume avant qu’Aric n’ait le temps de répondre. Mais son conseil résonnait dans son esprit comme une lueur d’espoir. Aric n’avait plus de choix. Il devait retourner là où tout avait commencé. Le cimetière l’appelait, et il n’avait plus peur.

La nuit était tombée rapidement, comme si le ciel lui-même voulait étouffer les espoirs d'Aric. Le vent soufflait fort à travers les ruelles désertes, et la brume, de plus en plus épaisse, enveloppait chaque coin de rue. Aric n’avait pas de doute : il devait aller au cimetière. La vieille femme lui avait parlé de la vérité cachée là-bas, et malgré la peur qui le tenaillait, il ne pouvait plus ignorer l’appel irrésistible du destin. Quelque chose dans ses paroles avait éveillé en lui une détermination nouvelle. Il ne pouvait pas rester prisonnier de cette malédiction, il devait comprendre.

Il traversa les rues du village sans croiser une âme vivante. Les fenêtres étaient closes, les portes fermées. Les habitants semblaient s’être terrés chez eux, comme s’ils savaient que la nuit était dangereuse, que la nuit appartenait à la Dame Sans Nom. Mais Aric n’y prêta aucune attention. Il n’était plus comme les autres, il n’avait plus peur des ombres.

Arrivé au cimetière, il s'arrêta un instant pour observer la scène devant lui. La brume s’était épaissie, et les pierres tombales s'élevaient telles des spectres dans l’obscurité. Certaines étaient anciennes, d’autres plus récentes, mais toutes étaient empreintes d’un silence solennel, d’une attente. Il s’approcha du portail, le cœur battant. Il n’avait jamais ressenti la peur de cette manière auparavant. C’était une peur viscérale, celle qui naît du sentiment de ne plus avoir de contrôle, de se sentir englouti par quelque chose de plus grand que soi.

Il pénétra dans le cimetière.

Les tombes étaient familières, mais elles prenaient une nouvelle dimension à la lumière de ses découvertes. Chaque tombe semblait abriter un secret, une histoire oubliée. Il marcha lentement entre les pierres, comme en quête d’une réponse, mais les ténèbres le repoussaient. Puis, une silhouette apparut devant lui. Ce n'était pas la Dame Sans Nom, mais un autre être, un homme vêtu de noir, à la silhouette fluide et changeante. Il semblait fait de brume, et ses yeux brillaient d’une lumière étrange, presque surnaturelle.

Aric s’arrêta net. "Qui êtes-vous ?" demanda-t-il, sa voix éraillée par l’angoisse.

L’homme sourit faiblement. "Je suis celui qui veille sur les oubliés. Celui qui garde les secrets des noms effacés."

Aric frissonna, comprenant qu’il se trouvait face à un autre maudit, un autre habitant de ce monde d’ombres. "Que voulez-vous de moi ?" demanda-t-il, la peur nouant sa gorge.

"Je suis ici pour t’avertir," répondit l’homme. "Ce que tu cherches n’est pas la vérité. Ce que tu veux, c’est la rédemption. Mais il n’y a pas de rédemption pour ceux qui ont croisé la Dame Sans Nom. Il n’y a que l’oubli."

Aric recula, déstabilisé. "Je ne veux pas être oublié. Je veux comprendre !"

"Comprendre ?!" L’homme éclata de rire, un rire qui résonna dans le cimetière comme un écho funèbre. "Tu ne comprends pas, Aric. Ce que tu cherches n’est pas la vérité. La vérité, elle t’a déjà été donnée. Ce que tu veux, c’est simplement échapper à ta propre destinée. Mais il n’y a pas de fuite. Pas pour toi. Pas pour moi. Pas pour elle."

Aric s’avança, les poings serrés. "Je dois savoir. Je dois savoir pourquoi elle a été oubliée, pourquoi elle est maudite. Pourquoi je suis maudit."

L’homme haussait les épaules, comme s’il savait que ses paroles n’étaient pas assez puissantes pour arrêter Aric. "Tu as déjà compris une partie de la vérité, mais il te faudra plus que ça pour tout comprendre. Retourne à la tombe d’Alia. C’est là que tout commence, et c’est là que tout finit."

Avant qu’Aric ait pu réagir, l’homme se dissipa dans la brume, disparaissant aussi soudainement qu’il était apparu. Aric, le cœur battant, se tourna à nouveau vers la tombe d’Alia. La vieille pierre, presque effacée par le temps, semblait l’attendre.

Il s’agenouilla devant la tombe, ses mains tremblantes effleurant les inscriptions. "Alia," murmura-t-il, "je comprends enfin. Mais je dois en savoir plus. Pourquoi ce nom a-t-il été effacé ? Pourquoi toi, et pourquoi pas les autres ?"

À cet instant, la brume se resserra autour de lui, devenant plus dense et plus lourde. Un souffle froid traversa l’air, et une voix, familière et pourtant lointaine, s’éleva dans la nuit.

"Tu n’es pas prêt, Aric," dit la voix de la Dame Sans Nom, maintenant claire et nette. "Tu n’es pas prêt à entendre la vérité."

"Je dois savoir," répondit-il, défiant la voix. "Je dois comprendre."

La brume sembla s’éclaircir un instant, révélant une silhouette au bout du chemin. C’était elle. La Dame Sans Nom.

Elle s’avança lentement, sa présence imposante, son regard empli de douleur et de sagesse infinie. "Si tu veux connaître la vérité," dit-elle, "alors écoute bien, Aric. Ce que tu as découvert n’est qu’une partie de l’histoire. Mon nom a été effacé parce que ce que je représentais était trop dangereux. Les humains ont eu peur de ce que je savais. Et ce que je sais…"

Elle s'arrêta soudainement, comme si les mots étaient trop lourds à prononcer.

Aric, dans un élan de compréhension, s'approcha. "Que savez-vous ?"

Elle le fixa intensément, et dans ses yeux, il lut un mélange de tristesse et de regret. "Ce que je sais, Aric, c’est que l’oubli est une malédiction plus terrible que la mort. Et toi, tu as choisi de la porter. Tu es celui qui, un jour, effacera les souvenirs de ceux qui t’entourent. C’est ainsi que tu deviens un maudit. Comme moi."

La brume s’intensifia à nouveau, engloutissant Aric dans un tourbillon de ténèbres. Il comprenait maintenant que la vérité n’était pas un cadeau, mais un fardeau. Un fardeau qu'il devait porter, coûte que coûte.

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