Des jours s'écroulèrent puis des semaines et maintenant des mois.
Le calvaire d'Emmanuella n'était point fini le pire, c'est que Nala, son bouclier s'était raliée à ses bourreaux pour l'enfoncer encore plus.
Sa relation avec sa fille n'était plus ce qu'elle était auparavant. Quand t-elles se croisèrent seulement des salutations ou pour le déjeuner et le dîner. Emmanuella se sentait encore coupable pour ses mots quant à Kana, elle avait peur de se rapprocher de sa mère qui l'avait berné avec son amour hypocrite.
À l'école, Karen, la responsable de leur altercation fut durement sanctionnée en plus de l'exclusion. En effet, lors d'un cours qui portait sur la famille, elle avait affirmé que Kana n'avait sûrement pas de père puisqu'ils ne l'avait jamais vu. Son intervention fit rire les élèves.
À la récréation, Karen avait rependu la rumeur que Kana avait été abandonné par son père. Elle s'en moquait du regard des autres mais ce qui l'avait fait sortit de ses gonds fut le fait que Karen tenu des insultes à l'endroit de sa mère.
Kana n'avait pas hésité une seule seconde, elle lui bondit dessus, furieuse, elle lui tira les cheveux, lui mordit le cou, des griffures sur son visage. Malgré la différence de taille entre les deux, Kana menait largement le combat. Il fut interrompu par les surveillants.
Kana ressassait encore sa dispute avec sa mère. C'était la première fois que cela arrivait. Elle voulait la détester mais son cœur lui en disait le contraire. Quand elle la voyait, elle aspirait à lui courir dans les bras cependant, son cerveau lui faisait revivre les paroles acerbes de sa mère. La culpabilité de sa maman était visible, elle en avait conscience. Aller vers elle était impossible pour Kana. Elle venait de se faire trahir par sa seule et unique famille.
<< Si j'avais un papa, peut-être que maman et moi serions heureuses, nous n'aurions jamais eu à nous blesser mutuellement. Papa...qui es-tu ? Où es-tu ? Sais-tu que j'existe ? La position de maman ? Es-tu vivant ? Avec les anges ? >>
Le tintement des ustensiles, l'entre-choque des casseroles, l'odeur des grillades. Le restaurant était bondé de client affamé. Le chef, fidèle à lui-même, rugissait comme de routine. Tout le monde s'efforçait de garder le rythme. Ce qui n'était pas le cas de Emmanuella qui repensait à son échange avec sa fille. Le remord la rongeait toujours. Elle regrettait amèrement ses propos.
- Emmanuella, criait le chef, l'extirpant de sa rêvasserie. Ce n'est pas le moment de rêver ! Dépêche toi, bon sang !
Elle sursauta, attrapant machinalement des assiettes pour dresser les plats. Elle tremblottait presque, son cœur était sur le point de d'exploser dans sa cage thoracique.
À la pause, elle fut convoquée dans le bureau de Monsieur Rockbell.
- ooh son chérie l'appel, lança une voix derrière elle, peut-etre qu'il lui donnera des fonds pour s'occuper de sa tronche. Même un clochard est mille fois beau qu'elle.
Répondre ne servirait à rien.
Emmanuella se rendit chez monsieur Rockbell.
- oui monsieur ? Se présenta t-elle
- dites donc vos produits cosmétiques sont ils achevés ? Vous avez une tête de cadavre bref, je vous ai appelé pour vous dire que vous travaillerez jusqu'au soir
- mais monsieur je ne peux pas. J'ai un enfant.
-Un enfant ? ricana Monsieur Rockbell, visiblement peu impressionné. Et alors ? Ce n'est pas mon problème. Si vous tenez à ce travail, vous resterez jusqu'au soir.
Prise de colère, elle serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans sa chaire.
- je trouverai une solution.
Puis, elle s'extirpa de la pièce.
- tu crois être docile hein...on verra bien si tu tiendras ce coup ci
Seize heures, dans les normes, elle devrait finir sa journée et aller chercher sa fille.
- que faire ? Se demanda-t-elle, son téléphone en main, tournant en rond.
Elle s'arrêta lorsque, le visage de sa bienveillante voisine se dessina dans son esprit. Madame Rosa avait souvent gardé Kana en plus,elle s'entendait bien avec son petit-fils.
Elle se précipita de pianoter son numéro de téléphone et de lancer l'appel.
Madame Rosa répondit :
- Allô ?
- Bonsoir madame Rosa je suis désolée de vous déranger ainsi mais s'il vous plaît, pouvez-vous me rendre un service ?
- lequel ?
- pouvez-vous aller récupérer Kana et la garder avec vous ce soir ? Je rentrerai tard ce soir.
- ne vous inquiétez pas elle serait entre de bonnes mains très chères. Ne vous inquiétez, travaillez à tête reposée.
- merci beaucoup madame Rosa.
Elles raccrochèrent. Des chaînes semblaient se délier à son cou. Elle s'appuya contre le mur, fermant les yeux un instant. Ses pensées se dirigèrent vers sa fille. Sa naissance mouvementée qui avait manqué de peu de la tué. Son évolution et surtout son sourire qu'il lui permettait de se battre jour et nuit. Kana était son soleil. De temps à autre, une culpabilité s'installait dans son cœur en raison de son choix par le passé de supprimer cette grossesse. Aujourd'hui, elle prouva qu'une partie de son être n'avait pas accepté la fillette.
- Kana, pardonne moi. Je suis une piètre maman.
La sonnette retentit depuis bien longtemps déjà, Kana était assise sur le banc qu'elle occupait fréquemment à l'école lorsque sa maman tardait à venir.
- maman où es-tu ? Se posait elle à elle-même.
Depuis leur échauffourée, elles ne s'étaient plus réellement adressées la parole. Chacune restait dans son coin, le poids des mots trop pesant.
Dans son énième soupire, elle aperçut la voisine, madame Rosa qui l'appelait depuis lui le portail.
La fillette se leva, allant à sa rencontre
- bonsoir madame. Que faites-vous ici ?
- ta maman ne pourra pas venir te chercher. Elle m'a chargé de m'occuper de toi pendant son absence.
- OK...répondit elle, la tristesse dans sa voix. C'était la première fois que sa maman était prise par son travail.
Le restaurant se remplissait de plus en plus. La cuisine était en ébullition, les tintement, le crépitement des grillades, le choc des couvercles de casseroles, les commandes affluaient de massivement. Le restaurant de Havendale était surtout connu pour son ambiance festif de jour comme de nuit.
Vingt-trois heures trente.
Le restaurant commençait à fermer ses portes. Les employés ajustaient les derniers éléments avant de se rendre à leur domicile respectif.
Emmanuella avait passé un bon moment car ses bourreaux travaillaient de jour.
- Emmanuella, l'appela un des ses nouveaux collègues, le patron veut te voir
- Entendu.
<< il travaille jusqu'à tard ? >> se questionnait elle intérieurement.
Lorsqu'elle eut à finir sa tâche, elle se dirigea dans ce bureau qu'elle connaissait hélas trop bien.
Elle tambourinna puis monsieur Rockbell de sa voix autoritaire lui ordonna de pénétrer dans la pièce.
- Bonsoir monsieur, saluait elle.
- votre présence atteste de la découverte d'une solution pour votre enfant
- en effet.
- vous avez bien travaillé aujourd'hui encore même si vous n'êtes pas habituée au travail du soir
- merci.
- il se fait tard. Laissez-moi vous raccompagner
- non merci ça ira.
- je savais que vous alliez me refuser, dit il en se levant, Emmanuella, ne soyez pas aussi docile, cela vous retire du charme.
- monsieur s'il vous plaît, s'excusait elle se levant à son tour.
Soudain, il lui saisit les deux poignets, la forçant à échanger un regard avec lui
- Emmanuella Santos, je vous aime tellement, vous exercez sur moi une certaine force, vous m'attirez tel un aimant
- monsieur...elle voulait se défaire de son emprise sans lui causer du mal
- laissez-vous faire Emmanuella,
il avança ses lèvres, elle recula la tête, se débattant. Par la suite, il lui tira la tignasse
- monsieur s'il vous plaît lâchez moi
- je veux vous donner de l'amour, laissez-vous faire, Emmanuella.
- non...je ne veux...pas...De votre amour...
Monsieur Rockbell la projeta violemment sur le rebord du bureau, il s'avançait dangereusement vers elle. Il se permit de lui caresser le cou, ses doigts couverts de rides descendaient progressivement sur sa poitrine. Emmanuella le stoppa dans son élan.
Le son d'une gifle cinglante déchira le silence. Andrew Rockbell venait de la gifler ce qui eut pour effet de la faire tomber sur le sol.
Sans une once de pitié, il se saisit d'elle par la chevelure et la projeta sur son fauteuil. Il recommança avec ses attouchements jusqu'à lui ôter sa chemise
- monsieur...lâchez moi par pitié
Il lui tenait fermement, le cou. Elle se débattait du mieux qu'elle pouvait.
Andrew s'affaira à présent à sa ceinture. Toujours, le cou, fermement tenu.
<< non...je ne veux pas, lâchez moi. À l'aide. Qui pour m'aider ? Qui...?>> les larmes lui montaient aux yeux. L'acte qu'il posait lui faisait ressurgir un vieux traumatisme dans son enfance. Elle avait échappé de peu à un viol. Et là, la vie avait décidé de se rattraper.
- non...non...pleurait elle
Monsieur Rockbell lâcha légèrement prise et commençait à faire baisser son pantalon.
- regarde ce n'est pas compliqué. Suis bien mes mouvements et essaie. Disait une voix familière. Ces techniques te seront très utiles surtout si tu n'as que tes pieds pour te défendre.
Cette leçon qu'elle avait jugé inutile pour elle s'avérait désormais la clé de sa fuite.
Il ne se doutait de rien, concentrée sur son acte.
<< concentre toi. >>
D'un mouvement vif, elle ramena son genou vers son torse puis, me projeta dans la zone vulnérable de Rockbell : l'entrejambe.
Roué de douleur, il se tint l'aîne. Emmanuella en profita pour tenter de s'échapper cependant, il n'avait pas encore déclarer son dernier mot. La douleur persistante, il se dépêcha de la rattraper par le col de son vêtement
- où crois-tu aller comme ça, Salope, hurlait il
Avec son bras, lui tenait le cou une nouvelle fois
- ôtez vos sales pattes de moi !
Emmanuella lui offrit un coup dans les côtes qui le fit vaciller et chuter. Elle saisit l'occasion pour s'échapper de cet enfer ; dans les vestiaires, elle récupéra ses affaires et s'enfuit.
Les yeux embués de larmes qu'elle arrivait dans son immeuble. Devant sa porte, elle cogna sa tête sur la porte. Elle repensait à ce que monsieur Rockbell tentait de lui faire subir ce soir. Si ce souvenir lointain n'était jamais arrivé dans son esprit, qu'en serait il d'elle à cet instant ? Du plus profond de son être, elle le remercia de lui avoir inculqué cette technique de défense et s'en voulait de l'avoir négligé lorsqu'il lui apprenait. A ce souvenir, de son visage sérieux lorsqu'il lui répétait les raisons qu'ils l'obligeaient à lui apprendre, elle esquissa un rictus.
Récupérant ses cles dans son sac, elle déverrouilla l'entrée. L'odeur de sa maison lui permis de sentir en sécurité.
Elle alla prendre une douche et se changer, puis passer récupérer Kana chez la voisine.
- merci encore madame Rosa
- mais de rien, Emmanuella, lui sourait la dame.
Dans ses bras, Kana était profondément endormie.
Dans l'appartement, elle voulut l'envoyer dormir dans sa chambre mais avec les événements vécus, elle désirait une présence dans son lit.
Alors qu'elle posait sa fille dans son lit, celle-ci ouvra les yeux
- maman...balbutia-t-elle, tu es rentrée ?
- oui la princesse. Comment vas-tu ?
- tu m'as manqué maman, j'avais envie de te voir. Pardonne moi pour les méchancetés que je t'ai dit. Ce n'est pas ta faute si je n'ai pas de papa
- non mon amour, c'est à moi de m'excuser. Je n'aurai pas du te dire toutes ces choses horribles. J'étais dans un déni total, Kana mais te voir à mes côtés me fortifie.
- Maman, j'ai une demande à te faire, mais promet moi de dire oui
- d'accord ma princesse
- peux-tu me parler de papa. Tu m'en a jamais vraiment parlé.
Emmanuella sourit un instant puis commença son récit
- ton papa...comment dire...vous vous ressemblez beaucoup. Tu es un peu comme sa version féminine
- vraiment !? S'extasia Kana
- oui. Il était très intelligent, très très très fort ! Il m'a même appris à me défendre
- waouuh ! Mais maman, pourquoi il n'est pas avec nous ? Vous vous êtes fâchés ?
- non on s'aimait beaucoup trop pour se fâcher. La raison est qu'il est...mort dans un accident de voiture.
Kana afficha une bouille toute triste. Elle ne l'avait jamais rencontré mais me simple fait d'apprendre son décès provoqua une grande tristesse en elle
- maman ça a dû te faire souffrir maman
- oui...beaucoup.
Kana se rapprocha de sa mère pour l'enlacer
- papa je te promet de bien veiller sur maman en ton absence
- ça je n'y doute pas une seconde.
Kana souria de toutes ses dents. Emmanuella posa une main sur sa tignasse, l'ébouriffant.
- allez c'est l'heure de dormir, Kana.
Elle offrit à sa fille un dernier baiser sur la tempe avant de s'enrouler dans la couverture et fermer les yeux.
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