Chapitre 3

Je me suis levée avec le soleil. Après d’aussi grandes réceptions, tout le monde profite de leur matinée pour se reposer. Je me suis levée et j’ai fait mon lit. J’ai attaché mes cheveux en queue de cheval, et mis une de mes robes que je portais sur mon île. Le tissu aux milles et une teintes de blanc voulait si élégamment dans le vent, je l’attachai avec une ceinture d’or et je mis quelques bijoux, pour ne pas offencer qui que ce soit si on me prennait. J’ai décidé d’aller faire une promenade dans les jardins. Je voulais retrouver la fontaine à souhait, celle qui a causé mon exil. Je pris un châle et je sortis par la porte de ma chambre qui donnait à une terrasse. Bien qu’au quatrième étage, je montai sur la rampe d’or et je sautai, déployant mes ailes trop peu inutilisées. J’ai volé doucement dans le vent du matin avec les oiseaux colorés de l’ancienne Indalia.

 Je suis sorti de l’enceinte du château, je me suis promenée en ville. Bien qu’intéressant de retrouver la fontaine, je me suis dit que monsieur Clawster saurait me dire ce qui s’est réellement passé. Il en sait tant. Je me suis laissée promener dans les rues éclairées par le lever du jour, pas un chat ne se promenait. Pas un son. Je suis allé jusqu’au port, de vieux pirates retournent à leurs bateaux, ivres et heureux d’une soirée dans les bras des pauvres femmes payées pour les charmer. Le capitaine de La Sirène m’a vu, me fait un signe de la main. Je lui rendis son geste avant de descendre les escaliers du port. La marée descendait, mais l’eau engloutissait encore les trois dernières marches. J’enlevai mes chaussures et je marchai tranquillement dans les sable humide. Le sable doré se glissant entre mes orteils tandis que l’eau glacée essayait de me faire trébucher avec ses petites vagues qui se fracassaient sur mes jambes. Ma robe devient transparente, l’eau imbibait le tissu. Les vieux marins me regardaient valser dans les vagues, mes ailes brillaient dans la lumière dorée du soleil. 

Mes mains effleuraient les vagues, les faisant prendre de formes fantastiques. J'utilisais mon pouvoir que rarement. Un marin hurla que je maudissais la mer, d’autres lui dirent de se taire. La déesse était en moi, son pouvoir coulait dans mes veines, elle s’exprimait au travers de moi. J’entrai dans une trans qui se fit sentir de partout dans la ville. La bénédiction de la réincarnation que j’étais toucha l’eau, le ciel, la terre. Je faisais cela régulièrement avec Aïsha-Nyx, sur la plage de sable blanc, sur l’île du Temple. Nous assurons la prospérité des terres souillées par le dur labeur des cultivateurs, nous aidons les pêcheurs à avoir de bonne prise, nous réparons les bêtises de la vie sur les îles détruites par le temps. Nous réparons la bêtise de l’elf, de la fée, des louviens, des humains, nous soignons l’île du Phénix, toujours ravagée par la guerre, par le désir d’agrandir les royaumes, nous reprenons ce qui nous revient de droit. La divinité en moi me quitta, ma trans prit fin lorsque Suan souilla le sable doux et lisse, brillant de mille feux à la lumière du soleil. Il avançait vers moi, sachant que cela m’épuisait. Il me fit monter sur son dos et me ramena au palais. 

Les domestiques me cherchaient.  C’était la catastrophe. Une ambiance chaotique régnait tandis que tout le monde me cherchait. Suan me ramenait, je me faisait hurler dessus par ma dame de compagnie, ma gouvernante, mes domestiques qui s’étaient fait un sang d’encre. Mon roi apprit mon retour et ordonna de me voir. Le chaos cessait, mon frère qui m’était toujours trop peu connu vient nous voir, Suan et moi. Je ne marchais pas droit, Suan me supportait. 

-Tout va bien? Me demanda mon frère, Liam, d’après ce que Suan m’a dit.

-Je vais bien Liam, ne vous en faites pas pour moi. Et pardonnez-moi pour hier, je sais que je vous ai blessé. J’ai beaucoup de mal à me souvenir…

-Ce n’est rien Asuna, je ne t’en veux pas. Tu as longtemps vécu loin de nous, tu étais jeune lors de ton départ, c’est normal que tu ne te souviennes pas de beaucoup de choses. D'ailleurs, si tu as besoin d’aide, n'hésite pas à venir me voir. Ce sera avec plaisir que je t’aiderai. Il me sourit doucement. Aller, Père veut te voir. Tu dois y aller.

Je le remercia et je partit avec Suan, me servant toujours de support, vers la salle du trône. Ma robe était toujours humide, mes cheveux en bataille, mes yeux fatigués et mes pensées encore mélangées à celle de la déesse. Suan me lâcha et s’assura que je tienne debout avant de me faire  entrer dans la grande pièce, décoré de la même façon que partout ailleurs. Je perdis pied, mais me repris en m’inclinant devant le roi, essayant de toutes mes forces de ne pas tomber. Suan se transforma en loup, fit sa révérence et vint à mes côtés, m’aidant à rester debout. À ce stade, je me dit qu’il m’a vu faire trop souvent. Je remarqua que mon père était accompagné du roi Paon et du prince Laniel, prince qui m’a fait danser à en perdre la tête. Je croyais que je me ferais passer un savon. Ça aurait été normal vu ma fugue matinale, mais non. Mon entourage semblait plutôt inquiet. De quoi? Je ne sais toujours pas, le roi me regarde comme il a regardé la gitane qui mendiait pour la survie de ses enfants, le jour de mon départ. Il était désespéré, il ne savait pas comment réagir. Son regard se durcit et il prit enfin la parole.

-Asuna, qu’est-ce qui t’as pris? Aucune méprise dans sa voix, rien que de la curiosité déguisée derrière sa forte voix. J’ai essayé de prendre la parole, mais Nyx s’en chargea.

-Votre Majesté, dis-je, d’une voix qui n’était pas la mienne. Suan me lâcha et s'accroupit devant mon corps possédé par la déesse. Je me présente, déesse Nyx, de vos croyances d’Aïsha-Nyx. Nous n’avons pas encore eu le temps de discuter, mais comme vous le savez sans doute, votre fille est ma réincarnation. Désormais, nous sommes Asuna-Nyx, et nous ne faisons qu’un. Ce matin, la princesse voulait redécouvrir vos délicieux jardins, faire surgir des souvenirs de son passé ici, mais j’ai pris le contrôle et je l’ai conduit sur la plage, afin de purifier les îles, leurs terres et leur air. Oui, nous avons utilisé la magie, celle que vous nous avez interdit d'utiliser. Mais sachez que tant que nous serons ensemble, rien de tel que cet accident d’il y a dix ans ne se reproduira. Jamais, promis-je.  

Lorsque je suis revenu à moi, tout le monde me regardait avec surprise, peur, je ne sais trop comment décrire leur visages. Même Suan me regardait de cette façon étrange.

-Tu vas bien? Me demanda-t-il en laissant tomber la façon adéquate de m’adresser en public.

-Qu’est-ce qui s’est passé, dis-moi?

-La déesse, il cherchait ses mots, le pauvre. Elle a parlé à travers toi. C’est jamais arrivé auparavant. 

-C’est possible pourtant. Nous ne sommes plus sur l’île. Son esprit ne rôde pas ici, elle a besoin d’un corps et d’une voix pour s’exprimer. Mais attends… Ne me dis pas que c’est pour ça que tout le monde me regarde comme si j'étais un fantôme?

-Je ne te mentirai pas, Asuna… Il fixa le sol. Je te ramène dans ta chambre. Tu as besoin de repos. Pardonnez-nous, vos Majestés.

Il me sortit de la pièce et m’emmena dans ma chambre. le trajet fut silencieux, malaisant, lourd. Il me tenait la main, la serrait de plus en plus fort. Lorsqu’il ouvrit ma porte, il m'entraîna à l’intérieur de la pièce et il me serra contre lui. Il me serrait fort, il ne voulait pas me lâcher. 

-Qu’est-ce qui t’arrives? Lui demandais-je à voix basse.

-J’ai eu peur, tout simplement. Je n’ai rien contre Nyx, mais j’ai eu peur de te perdre. Tu t’es enfuies sans rien dire et je te retrouve faible et sous la volonté de la déesse. Je ne veux pas te perdre. Tu comprends? Je tiens trop à toi pour ça.

-Je t’aime aussi, mais sache que jamais tu ne me perdras. Je suis toujours là, même si Nyx se sert de moi pour utiliser de la magie ou pour faire passer un message. Je te promets que je te reviendrai toujours. Je lui ai embrassé la joue, il m’a serré encore plus fort contre lui. J’entendais son coeur amoureux et je retenais mes larmes. On n’a pas le droit de s’aimer. 

Ma dame de compagnie frappa à la porte. Suan m’assis sur mon lit et s’accroupit devant moi, faisant semblant de me parler, de me réconforter. Nous étions assez complices pour que le geste, le mensonge, soit fluide. Ann-Lise me consola aussi, je laissai les larmes que je retenais couler le long de mes joues, dans un lourd silence. Suan sortit et l’on me fit couler un bain. La mousse sentait si bon, l’odeur de lila embaumait la pièce qu’était la salle de bain. On m’habilla ensuite de la robe de cocktail de ma mère. La robe était bleu à motif floral, avec de longues manches tombant en bas de mes épaules. J’ai demandé à ne pas porter la crinoline, cette cage de fer qui donnait sa forme de dôme à la robe, et j’ai refusé de porter tout bijoux. Les domestiques ont été très surprises, mais c'est ce que je sentais être le mieux pour tout de suite. Je suis ensuite parti prendre le repas du matin avec la haute société. En y allant, je repensais aux paroles que j’ai dites. Ces mots sans promesse, ces simples mots qui lui ont déchiré le cœur. Il savait tout comme moi que je ne savais pas si ma promesse pouvait être tenue. J’ai essayé de le rassurer, mais j’ai empiré les choses. Je lui ai dit que je l’aimais, je n’aurais pas dû être aussi honnête. Je lui ai sans doute brisé le cœur. Il n’était pas venu me chercher, j'ai pris mon chemin seule afin de me rendre à la salle à manger. 

Idiote que je suis, je passa tout droit la salle à manger et je ne m’en rendit compte que rendu à la salle de réception, quatre couloirs plus loins. Je coupais par le grand  hall. Je n’y ai passé que deux fois, sans jamais me rendre compte des portraits de familles accrochés au mur, entre les arches de pierres qui, à mon avis,étaient de trop dans l’architecture. J’ai remarqué que le plafond était en forme de dôme et que le sol de marbre noir était orné de motifs d’or peint sur chacun des côtés du hall. Remarque inutile, mais Nyx me disait que c’était important de faire attention aux détails. Je me mis à regarder les portraits et je m’arrêta devant l’un d’eux. Le portrait de ma famille. Je devais avoir deux ans la-dessus, ma mère me tenait assise sur ses genoux. Mon père se tenait derrière elle, Frédérick et Liam juste devant lui et, assise sur le sol, devant eux, se trouvait la jeune fille, plus âgée que moi d’environ quatre ans. Nous avons tous quatres ans de différence, je m’en souviens. Je me souviens du nom de l’aîné de la famille, Frédérick, celui qui est mort en essayant de nous protéger, ce jour de la prise du royaume d’Indalia. Je n’ai pas eu à chercher plus loin, j’ai vite compris que cette fille aux cheveux cendrés était peut-être ma sœur. C’est presque évident, alors pourquoi n’ai-je aucun souvenir d’elle? La voyais-je dans mon enfance? Ou alors, n’est-elle pas réelle? Mais si c’était le cas, le peintre ne l’aurait pas peinte, sauf si j'hallucinais sa présence dans le tableau. J’essayais de me rappeler le jour où j'ai été condamnée, espérant savoir qui j’ai tué, mais en vain. Puis, on me sorti hors de mes pensées. 

-Tout va bien Asuna? Liam se tenait là, me regardant inquiet.

-Ne t’en fais pas, dis-je les yeux encore rivés sur le tableau. Je me demandais seulement qui est cette fille, là? Je pointai la fille d’environ six ans, assise sur le sol.

-On ne sait pas, me dit-il. Elle est un mystère pour nous tous. Je ne l’avais jamais vu avant que le tableau soit révélé. Le plus bizarre, c’est que personne ne l’a vu s’asseoir là et le peintre n’a aucun souvenir de l’avoir peint. Elle était simplement là. 

-Donc personne ne l’a jamais vu?

-Non, mais le plus curieux, c’est qu’elle se tienne dans l’écart d’âge de la famille. Je ne veux pas dire que tu es un accident, mais tu n’étais pas prévue. Tu es née huit ans après moi, cette fille inconnue se tiendrait entre nous. Elle doit avoir six ans, donc vingt aujourd’hui. Nous avions lancé des recherches afin de la retrouver, mais on n’a jamais réussi.

-En as-tu parlé avec le roi?

-Tu sais qu’il est ton père, pourquoi ne l’appelle tu donc pas ainsi?

-Car un père ne bannirait pas sa fille pour un geste dont elle n’était pas consciente. Et tu n’as pas répondu. Nous nous sommes mis en marche vers la salle à manger.

-Tu ne savais pas ce que tu faisais?

-Je l’ai su lorsqu’on m’a banni. Par la suite, Aïsha-Nyx m’en a fait prendre conscience, mais elle n’est pas parvenue à faire remonter mes souvenirs. Je les ai enfouis au fond de moi et il est possible que mon subconscient refuse de les laisser surgir. 

-Pour te répondre, père disait que notre mère, Carinna, voyait l’enfant parfois. Il ne sait rien d’autre. Et nous voilà. 

Nous étions devant la porte de la salle à manger. Nous y entrons et je demandai pardon d’être arrivée en retard. Je balaya la salle du regard. Suan n’était pas venu me voir ce matin, après ma “fugue” matinale. Monsieur Clawster semblait inquiet, mais idiote comme je suis, je n’ai pas osé demander où il était. Le prince me dévisageait, je le voyais du coin de l'œil. 

-Asuna, puis-je vous demander ce qui vous est arrivé ce matin? Je savais qu’il allait parler, mais sur ce qui c’était passé?

-Il se trouve qu’en tant que réincarnation de la déesse Nyx, une part d’elle se trouve en moi et donc, elle prend le contrôle de mon corps pour ses rituelles magiques. 

-Il est difficile de  vous croire, lança le roi Paon.Je n’avais jamais remarqué qu’il avait des ailes, malgré le fait qu’il soit une fée, il ne les dissimulait pas sous une cape. 

-Et pourtant, mon roi, dis-je doucement, ce que j’affirme est aussi vrai que la possible guerre que nous lancerait Dragun Nithe si le roi décide de mettre son plan à exécution.

 On me dévisageait tout à coup. Ne le savait-il pas? Comment l’ai-je su moi-même? Je ne parlais pas vraiment, quand j’y repense. La déesse utilisait ma voix.

-Qu’est-ce qu’il compte faire, le roi du Sud? Mon père semblait me croire.

-Il compte anéantir nos trois races: louvienne, elfique et féerique, afin que l’être humain contrôle notre monde. Il a déjà réduit plusieurs des loups du Sud à l’exclavage et il torture les quelques fées qui vive dans son royaume.

-Comment l'avez-vous su? Demanda l’ancien général de l’armée Nithienne. 

-Ce matin, quand la déesse m’a emmenée faire son rituel. J’entre en profonde connexion avec tout ce qui se passe autour de moi et donc, j'ai une claire vision de ce qui se passe dans chacun des quatres royaumes. 

-Donc… Nous devrons faire affaire à toute l’armée de Dragun Nithe?

-S’il met son plan à exécution, alors oui. 

-Que proposez-vous, ma sœur?

-Que nous allions nos deux royaumes au plus vite et que nous nous assurons qu’aucun garde de Dragun Nithe ne franchisse la frontière. Si c’est le cas, nous devrons envoyer le peuple à Nordica, et d'ailleurs, nous devrions signer une alliance afin d'avoir leur soutien. Mais nous devrions en discuter avec votre conseil, ai-je dit en regardant le roi Arlimh. Et ou est Suan? Je me suis laissée emportée. J’ai parlé trop vite et j’ai parlé de lui. 

-Je ne sais pas, il a disparu après vous avoir reconduit dans votre chambre, me dit son père, l’inquiétude prenant le dessus dans sa voix.

Je me suis levée de table, je paniquais. La dernière fois que c’est arrivé, il était tombé de fièvre, sur l’île. Il souffrait beaucoup, il avait du mal à respirer, il ne pouvait même pas avaler. J’ai cru que j’allais le perdre. Je suis restée  à son chevet, avec Nyx, en espérant que nos pouvoirs feraient effet. J’ai tous les pouvoirs du monde, sauf la guérison. S’il était malade ou blessé, je redoutais le pire. Allan Clawster me suivit, demanda aux gardes les plus près de rechercher Suan. Il me prit la main et m'emmena avec lui à la chambre du rechercher. Il frappa plusieurs fois, sans réponse. Sa main se resserrait sur la mienne. Il ouvrit la porte et, dans une flaque de sang, mon ami gissait. Je courus vers lui, son père resta figé. Heureusement, il respirait encore, mais la blessure s'aggravait.  Il avait été tiré par une flèche, mais par qui et quand. Un des domestiques passa dans le couloir et lorsqu’il nous vit, il courut chercher de l’aide. Nyx prit possession de mon corps, sachant comment réagir, et s’occupa de lui. Elle arrêta le sang de couler, essayant de ne pas renfoncer la flèche dans la plaie. Dans une panique générale, le roi Arlimh réconfortait le père de Suan, le roi Paon ordonna que l’on retrouve le criminel et que l’on avertisse le royaume du Nord. Le médecin royal arriva un peu plus tard et nous demanda à tous de sortir. Je demandai la permission de sortir à l’extérieur du palais, pour prendre l'air, on me le refusa naturellement.

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