Mes valises étaient prisent en charge par des domestiques. On m’avait dit que ma femme de chambre instalerait mes affaires ''là ou elles vont'' et de façon à ce qu’elle puisse m’aider à me préparer. Des hommes bien habillés se tenaient droit devant les portes d'entrée, une arme à la main. Suan me suivait, tout aussi confus que je l’étais par tant d’agitation. Un homme attendait sous le pas de la porte, son uniforme décoré de légions d’honneurs et de diverses médailles quelque peu dissimulées sous sa cape qui couvrait une de ses épaules, se rattachait sur l’autre. Il regarda Suan et sourit.
-Mon fils, comme tu as grandi. Je suis fier de toi. Ta seule mission était de protéger la princesse et tu as réussi haut la main, taquinait-il son plus jeune fils, sachant que sur une île déserte protégée par les pouvoirs d’une déesse, rien ne pouvait arriver. Votre altesse, c’est un honneur de vous savoir à nouveau à la cour. Je me présente, Allan Clawster, ancien général de l’armée Dragun Nithienne.
-C’est un honneur de vous rencontrer, dis-je par pure politesse, encore choquée de toute cette agitation. Puis-je vous demander ce qui se prépare ici, si ce n'est pas indiscret.
-Votre altesse, demandez-moi ce que vous voulez. Votre père, notre bon roi, prépare un bal afin de vous accueillir parmi la haute société. Il est important pour les gens de la haute de vous connaître afin d’apprendre à vous faire confiance, surtout lorsque l’on repense au titre que vous pourriez obtenir.
-Un titre?
-Mon roi ne veut pas que je vous en dise plus. Il est impatient de vous revoir et il voudrait vous en parler en face, votre altesse. Maintenant, je vous en prie, suivez-moi. Je vous conduirez dans votre chambre et votre dame de compagnie vous habillera convenablement. Ensuite, je vous conduirai auprès de votre père.
Suan me prit la main et nous suivîmes son père dans les halls aux murs blancs. Des arches de pierre se dressaient ici et là, probablement afin de soutenir la structure du palais. Nous montons un grand escalier menant à mes appartements. Le général Clawster me laissa dans ma chambre et emporta son fils avec lui.
-Reste courageuse, me chuchota-t-il avant de me quitter dans ce nouvel endroit, nous nous reverrons plus tôt que prévu. Puis, il quitta.
J’ouvris nerveusement la porte trop lourde de ma chambre et j’y découvrit le luxe de mon enfance. J’ai vu un beau lit moelleux, recouvert de drap de soie, une literie aux lys brodées sur le tissu de velour bleu roi. De lourds rideaux, du même matériau que la literie, encadraient les grandes fenêtres aux cadres dorés, cachées derrière de beaux voiles blancs brodés. Un beau tapis blancs décoré de motifs représentant du royaume couvrait une bonne partie du sol de marbre noir. Les lustres d’or et de cristaux me rappelaient comment j'étais aisée autrefois, comment j’avais vécu dans une petite misère sur mon île, loin de tout. Une elfe au visage vieillissant, aux cheveux gris et portant une longue robe noire, s’approcha de moi.
-Bonjour et bienvenue votre altesse, commença-t-elle, je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, mais je suis Ann-Lise, votre nounou. Je suis heureuse de pouvoir m’occuper de vous à nouveau.
Je fis semblant de la reconnaître, puisque je passais plus de temps avec ma mère qu'avec elle, mais dix longues années se sont écoulées entre cet autrefois et maintenant. Je n’ai aucun souvenir d'elle, sûrement dû au choc post traumatique que j'ai vécu, ou du moins, pas à ma connaissance. Elle m'offre du thé avant de me conduire à ma garde-robe. Elle m'expliquait que j’avais droit aux robes de ma mère, la reine Carinna D’Icy. Puis, elle me parla d’elle. Ma mère. Une belle femme du royaume de Nordica, mariée par alliance à mon père. Je ne me souvenais pas à quoi elle ressemblait, ou très vageuement, avant qu’elle ne m'en parle. Plus elle me la décrivait, plus je reconnaissait la femme à la robe gorgée de sang, aux cheveux cendré, au visage plein d’amour. C’est seulement dix ans plus tard que je réalise que j’avais pris l’énergie vitale de ma mère, que je l'ai tuée et que mon cerveau l'avait remplacé pour Aïsha-Nyx. Ann-Lise me sortit de mes pensées en prenant mes mesures. Il fallait me commander un corset, tout le monde semblait insister là- dessus. Je me laissa faire, puis elle sortit une magnifique robe, d’un tissu si léger.
-Le fait que vous ne portez pas de corset me force à vous trouver une tenue qui ne le fera pas paraître. Je ne sais pas vous, mais j’aimerais bien vous éviter un scandale.
Elle ferma la robe dans mon dos, juste en dessous de mes ailes, puis elle me mit une ceinture plaquée d’or, tout comme les bijoux que je devais porter. Mes sandales de cuire que je portais à mon arrivée furent jetées et je dû mettre les chaussures de ma mère. Elle brossa ensuite mes cheveux noir corbeau, trop épais à son goût, car elle n’arrivait pas à les coiffer. Elle m'a dit que nous nous arrangerions de ça plus tard tandis que le général Clawster frappait à la porte. Suan se tenait à côté de lui, un léger sourire se dessinait sur ses lèvres. Il me tendis son bras auquel je m’agrippais nerveusement.
-Respire Asuna, ce n’est rien de bien important, ou en tout cas, c’est ce que mon père m’a dit.
-De quoi parlez-vous? lança le général.
-Suan ne faisait que me rassurer, répondis-je la voix tremblante.
-Ne soyez pas nerveuse, votre altesse. Le roi vous adorera j’en suis sûr. Et la robe de votre mère vous va à merveille.
-Merci. Monsieur Clawster? Pourquoi dites-vous qu’il m'adora? Il m’a envoyé vivre sur une île déserte… N’est-ce pas le contraire d’aimer quelqu’un, de la bannir par crainte?
Il s’arrêta net. Je crois que j’en ai trop dit, Suan me chuchota qu’il essayait de me rassurer. Au fond, son père savait aussi bien que moi que le roi Arlimh me craint, il m’en veut d’avoir tué sa femme et une autre que je ne reconnait toujours pas. J’ai beau chercher dans mon esprit, je ne revois son visage nul part et je commence à perdre patience. Mes idées et mes pensées se bousculaient, le père de mon garde et meilleur ami du roi cherchait encore quoi me répondre. Je lui fit signe que tout allait bien et dans un lourd silence, nous nous rendîmes à la porte de la salle de conseil. Allan frappa et entra. Il s’inclina face à mon père assis sur son trône d’or aux coussins de velours bleu. Ce velours est très populaire dans le château, quand j’y repense. Mon attention se retient au visage sévère de mon père. Il avait de forts traits cachés derrière sa barbe grisonnante, ses vêtement ne semblait pas aller avec son apparence, trop formel et trop inspiré de la nouvelle mode. L’homme était assis au bout d’une longue table ovale, face à la porte. La pièce était bien éclairée par la lumière de l’après-midi qui s’infiltrait par les grandes fenêtres aux cadres dorés. Et encore, nous y retrouvions ces affreux rideau bleu roi en velours, et ces trop délicats voilages qui sont refermés. Les mêmes sols de marbre, les mêmes arches de pierre et les mêmes lustres d’or et de cristaux. Tous les sièges étaient semblables à celui du roi, la table ovale était plaquée d’or et une grande carte de notre monde y était peinte. Les douze sièges n’étaient pas tous remplis. Un était destiné à accueillir le général de Dragun Nithe, retraité et nouveau membre du conseille de mon père et l’autre devait accueillir la reine. Les gens me dévisageaient tandis que je me présentais face au roi, dix ans plus tard. Je crois avoir beaucoup changé depuis l’âge de six ans, car les hommes se mirent à me comparer à leurs derniers souvenirs de moi. Le roi m’invita à prendre le siège à côté du sien, celui de la reine. Suan m’y fit m’asseoir et se plaça derrière moi après s’être incliné devant le roi.
-Mes chers amis, je vous présente ma fille, la princesse Asuna.
-Tu ressembles tellement à notre mère, commenta un homme, mon grand frère. Je n’en ai qu'un vague souvenir, ne l'ayant vu que rarement lorsque nous étions enfants, ce qui l’attrista lorsqu’il le vit dans mon regard perdu.
-Je te pardonne, tu as vécu ta vie loin de nous tous, tu n’es pas obligée de te souvenir de moi tout de suite, s’excusait-il. Je cherchais encore ce que je devais lui dire quand l’homme à la gauche de mon père se leva.
-C’est ta fille, alors? Commenta-t-il. Elle n’est pas corsetée… Et il est hors de question que ma future belle-fille soit cette meurtrière. Je restais silencieuse, j’essayais de ne pas montrer que j’avais été blessée par son commentaire.
-Pardonnez-moi, répondis-je poliment, puis-je savoir qui vous êtes? Totalement conquise par son commentaire, je cherchais à savoir si nous étions apparentés.
-Je suis le roi d’Alféa, princesse, père du prince Laniel Arthur Paon, ton futur mari d’après l’alliance signée.
-Que signifie cela? Chuchotais-je à Suan.
-Cela signifie que vous avez été ramenée ici afin d’épouser son fils, votre altesse. Cette alliance, j’imagine, pourrait apporter la paix dans nos royaumes et éviter une guerre.
-Exactement, répondit Arlimh, toujours trop sévère. Et cette alliance aura bien lieu, que ma fille vous plaise ou non.
Là, j’ai cessé d’écouter. Je ne comprenais plus rien de rien. Je me suis levée et j’ai demandé à Suan de me ramener à ma chambre. Le roi m’ordonna de rester assise mais je ne suivais plus rien, le malaise devenait trop grand. Je voulais tomber dans les pommes, Suan s’en ai rendu compte. Il expliqua que je ne me sentais pas bien et me raccompagna à ma chambre. Je lui demanda d’entrer, puis je fermai la porte qui me semblait encore plus lourde qu’avant. Il se transforma en loup et vient se coller à moi, en tentant de me réconforter. Je n’ai jamais compris pourquoi il faisait ça. Je ne lui ai jamais demandé, mais ça marchait.
-Suan, Peux-tu m’expliquer ce qui ce passe? S’il te plait, j’ai vraiment besoin de comprendre.
-Asuna, puis il se tut. Il faisait souvent ça. Il disait doucement mon nom, puis il ne disait plus rien. Je le pris dans mes bras, il rapetissa. Il avait ce don, en tant que Louvien, de pouvoir se transformer en loup à sa guise et il pouvait choisir la taille qu’il pouvait prendre. Sur l’île, il se transformait souvent en loup de la taille d’un cheval et il me faisait monter sur lui. Je me sentais toujours mal d’avoir pris plaisir à le monter comme on monte un cheval. Il était mon ami après tout, je ne devrais pas le traiter autrement, mais il m’y forçait, il disait que ça lui faisait plaisir de m’apporter en balade.
-Suan, tu n’as pas répondu à ma question…
-Asuna, commença-t-il, sa voix tremblait. Le roi t’as fait revenir seulement pour sauver le royaume d’une autre guerre. Indalia est déjà tombée et la Nouvelle-Alféa ne suffit plus au Monarque d’Alféa. Ils vont te marier au prince Laniel Arthur Paon d’Alféa afin d’unir les royaumes. Ce sera un mariage arrangé, comme celui de tes parents. Ils veulent établir la paix entre nos royaumes, une bonne fois pour toute.
-Et pourquoi est-ce que le roi des fées ne m’aime-t-il pas? Est-ce parce que je suis une elfe? À cause de mes pouvoirs?
-Je crois que c’est à cause de ton passé, de l’accident et de ton exil, Asuna. Il te regardait avec attention, tu ne correspond pas aux critères de la “femme parfaite” dans la haute société.
-Mais pourquoi ils ne marient pas mon frère? Et d’ailleur, j'avais oublié que j'avais un frère!
-Tu as deux frères, en fait, Frédérick qui, malheureusement, est mort lors de la prise du château du Lys d’Indalia. Il servait dans l’armée, en tant que général et a essayé de vous sauver, toi et ta mère. Ton deuxième frère, c’est Liam, que tu as vu tout à l’heure. Il ne peut pas épouser le prince d’Alféa, ce serait scandaleux pour tous, ne pouvant pas lui donner d’héritier. À ma connaissance, Alféa n’a qu’un seul prince, et c’est ton futur époux.
-Tu en connais beaucoup, plus que moi-même sur ma propre famille.
-Mon père savait que tu serais curieuse. Il m’a tout expliqué plus tôt dans la journée. Ce fut sa réponse, puis il appuya son museau sur mon épaule.
J’étais surprise. Ce n’était pas dans sa nature d’agir ainsi. Je n’ai pourtant rien dit. Je l’ai serré contre moi. Puis ma dame de compagnie frappa à la porte. Le roi l’envoyait s’occuper de moi, un grand bal se préparait encore afin de me présenter à tous et d’annoncer des fiançailles qui m’étaient totalement inconnues jusqu’à il y avait vingt minutes. Ann-Lise entra, elle allait me faire la morale. Ce n’était pas convenable pour moi d’établir un contact physique aussi grand qu’un câlin avec mon garde, mais elle ne dit rien. Elle ne fit que m’informer que le port du corset m’était impossible, faute d’avoir mes ailes, chose que je savais déjà. Je déposa Suan sur mon lit, la dame se tenant devant moi était accompagnée de deux femmes portant ma toilette et ma parure. Un coiffeur entra dans ma chambre également et m’assis devant la coiffeuse.
-Vous ne me couperez pas les cheveux, si? Demandais-je. C’était criminel de faire cela à la déesse, mon second visage, ma deuxième personnalité. Il m’expliquait qu’il allait seulement me montrer comment les coiffer adéquatement. Alors je faisais comme lui, je tressais mes mèches et je les enroulais ensembles pour former des roses de nattes dans mes cheveux. Le coiffeur croyait qu’il était nécessaire de laisser le reste de mes cheveux cascader entre mes ailes, joliment ondulées au naturelle.
Deux heures plus tard, j’étais prête à aller au bal. Je portais une des robes de ma mère, crème aux manches bouffantes tombant sur mes épaules. La jupe de soie hautement décorée de délicates broderies dorées était lourde à porter, étagée sur une crinoline de fer et plusieurs jupons de soie crème. Les bijoux dorés que je portais et le diadème de ma mère me faisaient ressembler grandement à elle, ou bien, les domestiques me mentaient. Suan a été chassé de la chambre aussitôt que j'ai dû changer de tenue. Compréhensible, je trouve. Il n’avait pas le droit d’être avec moi non-plus, sur l’île, lorsque je m'habillais. Lorsque je fus prête, je sortis de ma chambre et Suan, toujours sous sa forme de loup, m’accompagna. Il devait être sept heures du soir, le soleil se couchait et les lourds rideaux de velours semblaient tourner au noir. Les lustres étaient tous allumés, les chandeliers que je n’avais pas encore remarquée aussi. La salle de bal était immense, je m’en souviens. Je jouais souvent dans la pièce avec cette fille qui m’est toujours inconnue. J’en parlerai plus tard avec le père de Suan. Le roi me faisait peur, il ne m’appréciait pas non plus. Suan trottinait à côté de moi lorsque je croisai un homme du conseil. Le prince Laniel, on me l’a présenté. Je m’inclinai devant lui, Suan critiquant ma révérence avant de faire de même.
-Ça n’est pas la peine de vous incliner, je vous l'assure, me lançait-il poliment. Comment allez-vous? Vous sembliez troublée tout à l’heure, au conseil.
-Je vais mieux merci, lui répondis-je. Il était jeune et doux. Ses cheveux marron et rattaché en queue de cheval étaient d’une beauté s’harmonisant parfaitement avec le vert forêt de ses yeux. Il portait un uniforme noir, à l’Alféenne. Il m’informa qu’il devait être mon cavalier pour la soirée. Aussi bête que je suis, on me l'avait dit tout à l’heure, pendant que l’on m’habillait. il me tendit son bras que je pris de mes mains tremblantes, mes gants de satins devenaient insupportables, je n’en avais jamais portée. Je demandai à Suan de rester près de moi, ce que le prince accepta avec plaisir. Il disait que ce serait bien pour moi d’être accompagnée par quelqu’un que je connaissais, puis il me conduisit à la grande pièce, majestueusement décorée des mêmes rideaux et des mêmes lustres. Le sol marbré avait un complexe motif de fleur de lys peint dessus, les tapis des escaliers étaient identiques à celui de ma chambre. Une grande table couverte d’une large nappe portait une multitude de mets et d’amuse-bouches de partout dans le monde. Les domestiques se promenaient en portant des verres pleins, des verres vides, des plateaux et de la nourriture pour tous les invités.
-Le prince Laniel Arthur Paon d’Alféa accompagnant la princesse Asuna Évangéline Lajha, hurla l’homme qui devait annoncer les invités.
Le prince me fait descendre les escaliers, s'assurant que je ne trébuche pas. Puis, nos pères nous attendant en bas des marches, nous nous inclinons tous les quatres dans une profonde révérence. L’orchestre qui ne devait pas jouer pendant le discours des rois, repris peu de temps après. Je n’y ai personnellement pas prêté attention. Je savais déjà qu’ils annonçaient mon retour et mon mariage signant une alliance des deux royaumes. Indalia était devenue la Nouvelle-Alféa et bientôt, ce sera Alféa tout court. Les comtes, les ducs, les si et les ça se présentaient à nous, essayaient de me parler. Suan, qui traînait mon éventail que j’avais oublié sur mon lit, me le tendit. Je l’ouvris et cacha mon visage. Mes yeux violets faisaient parler les dames invitées et les encourageaient à me demander pourquoi ils étaient comme ça, d'autre me complexaient en parlant de mes ailes. D'autres encore se précipitaient pour voir comment j’étais devenu le portrait craché de ma mère. Laniel me conduit à la piste de danse et me fit valser, espérant que les curieux nous lâchent. Il était doux et attentionné, je ne m’y attendais pas. Il devait voir que j’étais mal aisée ou quelque chose devait clocher, car je ne montrais rien de mes émotions. Le mal aise, la détresse et le vide disparaissaient derrière une fausse joie qui se lisait dans mes yeux. Nous dansions beaucoup, Suan attendait dans un coin de la pièce. Puis il alla voir son père. Le prince me serrait la main pour me ramener à l’ordre, la musique s’enchaînait et les pas de la valse aussi. Nous devions danser deux danses seulement, mais nous sommes restés là, sur la piste, à se faire regarder par le public. Laniel me disait qu’il essayait de m'aider à évacuer mon stress. Il disait qu’il se fichait de savoir ce que les invités pensaient, car tant que j’allais bien et que je ne comptais pas perdre connaissance, il continuerait. Vers minuit, il me sorti et m'accompagna dans mes appartements. Je l’invita à prendre le thé, malgré l’heure tardive, je me disais qu’il valait mieux apprendre à le connaître. Nous n’avions pas beaucoup discuter ce soir, seulement dansés. Il accepta, alors la femme de chambre nous fit préparer du thé et nous montra le salon. Sans surprise, les canapés étaient recouverts du même velours que les rideaux, tous de la même couleur, la table de bois plaquée d’or avait un dessus de verre. Les oreillers décoratifs étaient de soies et de satins brodés, comme partout ailleurs dans le palais. La bibliothèque de bois était décorée d’or et de cristaux, le piano trop bien accordé était d’un noir brillant, recullé au fond de la pièce. J'en ai déjà joué, du piano. Au temple, c’était le seul instrument qu’il y avait.
Nous nous sommes assis quand l’horloge grand-père sonna les douzes coups de minuit. Et pourquoi douze coups? Pourquoi pas un, deux ou six? Le thé nous fut servi, puis je réalisa que le prince devait rentrer chez lui, à Alféa.
-Attendez, dis-je, cette idée toujours en tête.
-Ne vous en faites pas, mon père et moi resterons vivre ici quelque temps encore.
-Comment… Il me coupa la parole.
-Les douzes coups de minuit annoncent la fin du bal, les invités doivent quitter, ce qui rendait votre question évidente.
-Pardonnez-moi. Je n’ai pas l’habitude de cela encore. J’avoue bien que c’était évident.
-Ce n’est rien, comment vous sentez-vous? Vous n’êtes pas trop étourdis? Votre voyage s’est-il bien passé? Comment viviez-vous sur votre île?
Il me bombardait de questions. Il devait cacher sa vive curiosité tout à l’heure, constatant mon malaise face à tous. Sa voix était douce et pourtant pleine de vie.
-Je vais bien merci, commençais-je. Il se pencha vers moi, m’écoutait attentivement. Mon voyage était bien épuisant, tous ces hommes ne pensaient qu’à une chose… Heureusement que Suan était là, autrement, je ne suis même pas certaine d’avoir débarquée à bon port. Il rigolait doucement, savait de quoi je parlais. J'ai poursuivi. Et pour l’île, tout me manque. Ça fait seulement un mois que je l’ai quittée et je m’ennuie du calme, de ses jours ou je pouvais porter ce que je voulais, aller à la plage au sable si blanc, on aurait dit de la neige. Je lui décrivais le temple, ma vie là-bas. Ça ne faisait pas longtemps que j’avais tout laissé derrière, mais on croirait qu’une éternité vient de passer. Quel âge avez-vous?
-J’ai dix-huit ans, votre altesse. Et vous?
-Je viens d’avoir seize ans. Et je vous en prie, si nous devons nous côtoyer souvent, appelez-moi Asuna.
-Asuna, dit-il à voix basse. C’est si joli. Alors appelez-moi Laniel.
-Je sais que nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais que pensez-vous de l’alliance?
-L’alliance?
-Soyez honnête, s’il vous plaît. Je ne comprends pas, pourquoi tout ça m’est nouveau, je ne sais même pas si c’est quelque chose de normal.
-Je dirais que c’est courant. Des familles s’unissent et font la paix par le mariage. Je ne sais pas si ils ont fait le bon choix de nous marier, les tâches de roi et de reine sont très complexes. Parfois, je vous avouerai, je ne me sens pas à la hauteur des attentes de mon entourage.
-Moi non plus, j'avoue. Et ce depuis que je suis si jeune, je doute de moi, de mon rôle… Et puis, votre père m’a traitée de meurtrière, ce que je suis.
-Non, pas du tout. Nous savons ce qui s’est passé et c’est réglé. Bon, j’imagine que vous êtes fatiguée. Il se leva et déposa sa tasse. Bonne nuit Asuna.
Il prit ma main et l’embrassa, puis il me quitta. J’ai passé une nuit blanche. Je pensais à tout, à rien. Ma vie sur l’île, le voyage avec les hommes du navire La Sirène, l’amour que j’éprouverai toujours en secret pour Suan, Laniel et sa bonté, la jeune fille qui était avec ma mère et moi lors de l’accident. Cette jeune fille, semblable au roi, mais qui ne me revient pas. Je pense aux reproches de mon père, il y a dix ans, à celle du monarque d’Alféa de cette après-midi, je repense encore à Laniel. On dirait qu’il se fiche de devoir m’épouser, il n’en a rien à faire. Il ne veut même pas devenir roi, il s’en fiche. Je l’aime bien, mais je ne comprends pas sa façon de penser. Est-ce parce qu’il a été élevé dans la bienséance, ou le mariage n’est pas d’amour, ou le devoir passe avant tout? Ou me cachait-il ses pensées? Il semblait si calme, si doux, si gentil. Je ne le crois pas capable de mentir sur quelque chose d’aussi important. Je repensais à lui, puis quelqu’un frappa la porte de ma chambre, il est deux heures du matin. Suan. Il entra, je m’assis à la coiffeuse et je commençai à défaire mes cheveux, pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt? Il prit ma brosse et la passa doucement dans ma chevelure, sans rien dire. Il fixait mon reflet, puis il se pencha vers moi.
-Tu as passé une bonne soirée?
-Je ne dirais pas ça.
-Tu as beaucoup danser.
-J’aime danser, tu le sais. Et toi, tu es parti avec ton père. De quoi parliez-vous?
-Nous parlions de ma famille, de ma mère, de mes frères. De leurs réussites. Je crois décevoir mon père.
-Pas du tout. Tu as été le plus courageux en décidant de m'accompagner, il y a dix ans. Tu savais que c’était un grand sacrifice, tu as tout laissé tomber pour moi. Tu ne me connaissais même pas. Tu l’as déjà regretté?
-Jamais. Tu es sans doute la plus merveilleuse des femmes que j'ai pu rencontrer.
-Je suis surtout la seule, le taquinais-je.
-Je suis sérieux. Il lâcha ma brosse à cheveux et me prit doucement dans ses bras. Mon coeur battait à tout rompre, je voulais arrêter le temps. Tout coeur bat si vite…
-Tu peux rester encore un peu?
-J’aimerais beaucoup, mais si on nous avait vu? Ils feraient quoi? Je ferais mieux de partir. Sa voix semblait triste. Reposes-toi.
Je l’ai reconduit à la porte, il s’était transformé en loup. Je me suis accroupi devant lui et je lui ai embrassé le museau. Puis il est parti. La lourde porte s’est refermée et je suis retournée me coucher, en pensant qu’à mon bel ami, à notre amour partagé, à notre histoire qui jamais ne pourra exister. J’ai fermé les yeux, de lourdes larmes coulaient sur mes joues, leur chaleur me rappelait la douceur de mon ami, encore. Je ne souhaite que son bonheur, me suis-je dit avant de tomber dans le royaume des songes.
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Merci d'avoir lu ce chapitre! S'il te plait ''like'' et duis moi pour plus de chapitre sur cette histoire enchantée...
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