Je n’ai jamais vécu comme je le voulais. J’ai souffert d’injustice, j’ai reçu une quête trop grande pour mes compétences. Je n’arrivais pas à tenir le fils. Tout ce que je faisait de bien était éphémère, ça me glissait entre les doigts comme le sable blanc de la plage. La baie semblait claire, aucune vague à l’horizon, aucun nuage en vue. Mon bateau approchait du port de la Nouvelle-Alféa, ancien Indalia. Je déteste le royaume. Je déteste les gens qui y habitent. Ils font tous semblant de vivre une belle vie, de prospérer dans les entreprises. Ils sont pauvres, nous le volons. C’est pauvre gens souffrent, ils ne disent pourtant rien. Le roi les écoute, n’est-ce pas? Ou alors, est-il comme les autres?
-Princesse, vous êtes demandée dans la cabine du capitaine.
-Bien Suan, je m’y rendrai.
Je pensais à Suan, mon seul ami. Il est mon garde du corps, mon père le paie et le loge pour qu’il le soit. Nous nous connaissons depuis tout petits. Nous avons toujours été connectés, nos pouvoirs dépendent de la même source. J’ai continué de contempler la ville, le port, la plage, là, appuyé sur la rambarde du navire. Je pensais à mon retour au royaume, à la vie qui m’attendait. Une nouvelle fois, Suan me rappelait que je devais rencontrer le capitaine du bateau, un Nordic du nom de Xavier. C’était le seul à avoir accepté de me ramener chez moi et donc, il est devenu le nouveau capitaine de la marine royale de la Nouvelle-Alféa. Je me suis rendu à sa cabine et il ouvrit la porte au moment où je levai la main pour frapper. Il me fit entrer dans une pièce joliment décorée. Les murs de bois teint, les contrastes et les textures de la riche fourniture, il avait rénové sa nef entière, juste pour m’y accueillir. Mais pourquoi, pensai-je alors que je m'assis sur une chaise recouverte de velours rouge, un classique chaleureux de la haute.
-Votre altesse, je tiens à vous remercier d'avoir béni mon navire, d’avoir permis un voyage sans encombres, sans tempêtes. Votre seule présence est une bénédiction pour l’équipage.
Il continuait de me flatter, ou d’essayer du moins, tandis que je buvais à courte gorger mon thé, fraîchement infusé. Je repensais à ma chambre, aux luxueux jardins de cette demeure qui fut, autrefois, ma maison. J’essayais de faire remonter les souvenirs du temps où j'y vivais encore. Il y a dix ans maintenant que je suis élevée loin de ma famille, loin de mon peuple, loin de mon royaume. J’ai quitté ma deuxième mère, la femme qui m'a élevée, ma déesse. Cette femme ne faisant qu’un avec moi, qui prennait une forme physique, du nom d'Aïsha, d’une extrème beauté lorsque nous étions dans son temple. Elle me ressemblait, ou lui ressemblais-je? Nous étions identiques, mais ses cheveux étaient soyeux, aux couleurs du feu, ses ailes de phénix lui donnaient fière allure. Je ne sais pas pourquoi j’y pense. J’étais heureuse d'apprendre que je revenais vivre auprès des miens, à Indalia, ou à ce qu’on nomme maintenant la Nouvelle-Alféa. C’est décevant. Mon père a laissé Alféa dominer le pays. Maintenant, notre culture n’existe plus, comme notre économie. Plus rien n’est plus cohérent, tout se bouscule tandis que je me lève après avoir constaté que, comme à l’habitude, Xavier De La Rive ne voulait me voir que pour satisfaire son besoin de compagnie. Je ne dirai rien au roi, mais je me chargerai de lui plus tard. Pour l’instant, il se contentera de me voir vingt minutes par jour et il ira faire un tour dans les bordels à son arrivée à quai. Je retournai à la rambarde, Suan se coucha à mes pieds, sous sa forme de loup. Je regardais à nouveau l’horizon, d’autres pensées se bousculaient, toutes aussi douloureuses les unes que les autres. Je quitte l’Île au Temple, en réalisant que je n’avais pas d’autres choix. Aïsha-Nyx à fait son travail, elle m’a appris du mieu qu’elle a pu à manipuler mes pouvoirs, un don trop dangereux pour tous. En y repensant, je pensais à pourquoi j’ai dû vivre loin de tout pendant dix ans. Je me rappelais cette journée, les rosiers en fleurs, une femme se promenait avec moi et une autre jeune fille un peu plus âgée que moi, en nous tenant la main. Les gardes se battaient, défendant les troupes du roi d’Alféa d’envahir notre contré. La femme portait une robe blanche, volant élégament derrière nous tandis que nous marchions vers la fontaine à voeux. Nous nous y rendions souvent, je m’en souviens. Le saule pleureur ouvrit son feuillage tandis que nous approchions de la bassine de marbre. La femme et l’autre fille s’étaient agenouillées devant la statue représentant notre déesse. La dame aux cheveux d’un blond cendré et aux yeux d’azure me regardait et ouvrit la bouche. Le tissu de sa robe se gorgea de sang tandis que mes souffrances augmentaient. J'avais été touché à l'épaule; elle, au cœur. La jeune fille était déjà morte, je tirais leur énergie vitale afin d’assurer ma survie. La femme me serra dans ses bras et créa un champ de force autour de nous, une pluie de flèche nous tombait sur la tête. Tandis qu’elle tenait son parapluie magique au-dessus de nos têtes, les flèches continuaient de tomber, arrosant le beau jardin et tuant le saule pleureur, détruisant la beauté des lieux. Lorsque les assaillants furent arrêtés, la dame me regarda de son beau regard, ses yeux se vidèrent de sa vie, et devenant aussi vitreux que l’eau de la fontaine, elle s’effondra, sa robe se gorgeant du peu de sang qui lui restait. Quand j’y repense, ma cicatrice sur l’épaule me brûle, m'angoisse.
On nous retrouva et je fut jugée dangereuse. J’avais tué deux femmes, ce jour-là. Les gens me craignaient, mon propre père me regardait avec horreur, constatant mon crime. Il me chassa du royaume, de l’île entière. Ce jour-là, Indalia était tombée aux mains du roi d’Alféa, mais surtout, Indalia perdu sa reine et deux de la descendance royale de la dynastie des Lajha.
Une larme coulait sur ma joue. Suan la regarda tomber entre ses pattes et il se transforma. Le bel homme qui était mon garde me regardait, désemparé. Il n’a jamais su quoi faire lorsque je pleurais. Il ne savait jamais si c’était moi ou Aïsha-Nyx qui pleurait. Il ne comprenait pas. Jamais je ne lui en voulais pour ça. Le temps s’arrêtait quand je regardais ses yeux aussi dorés que le sable des plages de Dragun Nithe, au Sud de l’île du Phénix. Il était beau, que pouvais-je faire d’autre. C’était criminel de m’attacher à lui, mais qui pourrait résister à son visage aux traits sévères mais si doux à la fois, visage encadré par des mèches rebelles de ses cheveux aubrun retenu en queue de cheval par un ruban, ses oreilles de loup qui penchaient légèrement. Il me charmait, quoi d’autre? Sa personnalité si vive, si joyeuse, son doux caractère malgré son autorité. Je regrettais toujours les souffrances qu’il endurait par ma faute. Il doit avoir huit ans de différence avec moi. Il m’avait accompagné lors de mon séjour de dix ans, en exil, loin du monde. Il était un enfant prodigieux, d’après les hommes de la cour. Mon père planifiait de l’engager, il devait avoir dix ans et il mettait à terre son propre père, général de l’armée Dragun Nithienne. Il a grandi avec moi, m'a appris à tirer à l’arc. Il aurait pu rester à Dragun Nithe, finir sa formation et succéder à son père, il a pourtant préféré me suivre. Il a préféré l’exil à la splendeur du titre de général-stratège de sa contrée.
-Asuna, que vous arrive-t-il? Pourquoi pleurez vous?
Il me sortit à nouveau de mes pensées bousculées.
-Suan, ne vous en faites pas. Je suis juste nerveuse. Je ne me souviens pas de beaucoup de choses de ma vie d’avant. Pourtant, des souvenirs me reviennent, des paroles et des visages que je ne reconnais plus.
Il me prit dans ses bras. C’est un des seuls contacts physique que nous avions en public. Je ne devrais pas être vu dans ses bras, mais c’est ce que nous faisons depuis toujours, pour nous réconforter, pour nous rassurer, pour nous supporter.
-C’est une épreuve, un grand changement qui t’attend, mais tu es forte et courageuse. Tu as bien appris et tu es plus que prête à retourner chez toi, me dit-il. Il me vouvoyait en présence des autres, mais je lui interdisais de le faire lorsque nous parlions entre nous. Je me défie de son emprise.
-Suan? Qu’est-ce qui va t’arriver lorsque je ne serai plus sous ta garde?
-J’imagine que je resterai ton garde du corps, ce que je souhaite, ou sinon, on me confiera l’armée du Lys. Mon père a cédé sa place à mon frère aîné Zachary, ai-je cru comprendre de sa dernière lettre reçue.
-L’armée du Lys, c’est l’armée d’Indalia si je me souviens bien? J’ai cru comprendre que mon père et Paon d’Alféa règnent ensemble le temps qu’une alliance soit scellée entre les deux royaumes.
Suan me regardait sûrement, mais je continuais à fixer la rive, le port se rapprochait. Du coin de l'œil, je voyais dans ses yeux que quelque chose clochait, mais j’ai préféré le silence à une autre question. Nous approchions du quai, les matelots parlaient du meilleur bordel en ville tout en préparant les amarres. L’encre se jeta au fond de la baie au moment où je me fis dire qu’il fallait descendre. Suan me précédait, les marins du ports et les voyageurs me regardaient descendre la rampe. Ma chevelure noir comme le plumage d’un corbeau était très inusuelle et mes habit fait de riches étoffes faisaient tourner les têtes. Ma robe d’un turquoise profond se resserrait à la taille, par une ceinture de cuire que Suan m'avait prêté. Mes ailes blanches étaient repliées dans mon dos et je me tenais aussi droite que possible, faute de ne pas pouvoir porter de corset comme les règles de la bienséance l'indiquent. Mes valises furent déchargées et apportées à une calèche blanche aux roues d'argent. Les chevaux blancs de mon père nous attendaient, tous les quatres bien soignés et attelés dans l’argent. Je montai, suivi de Suan et le carrosse sans toiture se fraya un chemin parmi les boulevards et les rues bondées de la Nouvelle-Alféa. Les maisons et les boutiques étaient toutes décorées par des couronnes de fleurs qui se fanaient, tout comme celle qui ornait notre voiture. J’utilisai mon pouvoir pour préserver leur fraîcheur et leur bonne odeur camouflant celle de la ville aux rues sales et aux commerces douteux. Les habitants savaient donc que je revenais, ou alors, on leur a dit que je venais habiter au palais, car Suan ne cessait d’entendre parler de la “mystérieuse jeune femme tant attendue par le roi Arlhim”. Il me regardait l’air sérieux, il savait que quelque chose allait arriver. Il le sentait.
-Asuna, il y a un problème. Personne ne sait qui tu es… Ils parlent tous de quelqu’un d’attendu par la royauté, et la lettre que tu as reçue te disant que les royaumes étaient en paix le temps qu’une alliance soit scellée, je n’ai pas de bon pressentiment.
-Moi non plus… Toutefois, nous devons avoir confiance. Puis, si quelque chose arrive, nous pourrons toujours nous enfuir et retourner à l’Île du Temple.
-Et s' il nous retrouve?
-Mes pouvoirs sont assez puissants pour créer un champ de force et grâce à la puissance spirituelle du Temple, le sortilège durera aussi longtemps que je le souhaite.
-Pas bête Asuna. Tu devrais être stratège pour l’Armée. Tu ne manques aucun détail.
-Cesse donc de dire des bêtises, taquinais-je tandis que les imposantes grilles d’or s’ouvraient pour nous laisser pénétrer dans la cour du roi.
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