Chapitre 6: Souvenir pluvieux

Le bureau était plongé dans une atmosphère pesante, presque suffocante. Wei se tenait droit derrière son bureau, son regard perçant fixé sur Haoran. Ses yeux noirs semblaient lancer des éclairs, témoignant de la colère qu'il contenait difficilement. Si cela n'avait tenu qu'à lui, Haoran aurait déjà été renvoyé sans autre forme de procès. Mais le contrat avec la famille Jiang était d'une importance capitale, une opportunité qu'il ne pouvait se permettre de perdre. Il soupira longuement, sentant le bonbon arc-en-ciel dans sa bouche fondre lentement, laissant un goût sucré amer sur sa langue. Une seule pensée l'obsédait : retourner auprès de Yuzhen, dont l'absence se faisait déjà cruellement sentir.

"Est-ce que sa main va bien ?" demanda Haoran, brisant le silence qui s'était installé.

Wei haussa un sourcil, surpris par la question. La sincérité dans la voix de Haoran, son inquiétude manifeste pour la jeune fille, ne lui plaisait guère. Il n'avait pas prévu de s'attarder sur ce sujet. Tentant de reprendre le contrôle de la conversation, il entama une explication sur l'importance du contrat. Mais à peine avait-il commencé qu'une autre présence fit irruption dans la pièce.

"Je suis désolée, je ne voulais pas vous déranger…" murmura Xiaoyan en entrant, un sourire gêné aux lèvres.

Wei réprima un autre soupir. Xiaoyan faisait partie de ces personnes qui le regardaient avec une avidité déconcertante, comme si chaque instant passé en sa présence était une chance inespérée. Cette admiration sans bornes l’irritait profondément. Cependant, son attention se détourna brusquement lorsqu'il aperçut une silhouette familière près de la porte. Yuzhen.

Elle se tenait là, silencieuse, mais le chagrin dans ses yeux ne passa pas inaperçu pour Wei. Son cœur se serra en la voyant ainsi, mais avant qu’il ne puisse dire un mot, Yuzhen se détourna brusquement et quitta la pièce.

"Attends!" appela-t-il, mais sa voix resta sans réponse.

Elle descendit précipitamment les escaliers, le visage tourné vers le sol, ignorant les regards curieux des employés. Une fois dehors, elle s'arrêta sur le seuil de l'entreprise. Le ciel, jusqu'alors d'un gris menaçant, commençait à déverser ses premières gouttes de pluie. Yuzhen jura en levant les yeux vers les nuages lourds, marmonnant pour elle-même.

"Super, comme si la journée ne pouvait pas être pire..." murmura-t-elle, irritée.

Le grondement soudain du tonnerre la fit sursauter. Instinctivement, elle s’accroupit, les mains plaquées contre ses oreilles, ses pensées se noyant dans un océan de peur. Le bruit sourd résonnait encore dans sa tête, la ramenant à des souvenirs qu’elle préférait oublier.

La pluie s'intensifiait, chaque goutte martelant le sol avec une violence grandissante. Yuzhen, toujours accroupie, tentait de maîtriser la terreur qui l'envahissait, mais ses souvenirs s'imposaient à elle, la plongeant dans ce cauchemar d'enfance. Elle revoyait les arbres du parc se dresser comme des géants menaçants autour d'elle, les éclairs illuminant le ciel sombre, et surtout, ce sentiment d'abandon, perdu dans un monde devenu hostile.

Soudain, une paire de chaussures noires apparut devant elle, les éclaboussures de pluie dessinant des cercles autour. Avant même qu'elle ne puisse lever les yeux, un manteau chaud et sec fut délicatement déposé sur ses épaules tremblantes. La chaleur du tissu et la légère odeur de cèdre mêlée à celle de la pluie l'enveloppèrent, apaisant ses sens affolés.

"Tu vas bien... ?" La voix grave et familière de Wei perça le brouillard de sa panique.

Elle releva doucement la tête, ses yeux rencontrant ceux de Wei, qui la fixait avec une intensité différente de celle qu'il réservait à ses collègues ou associés. Son regard, habituellement si froid, semblait adouci par une inquiétude sincère, presque douloureuse.

"Viens," dit-il d'une voix plus douce qu'elle ne l'avait jamais entendue utiliser auparavant.

Il lui tendit la main, hésitant un instant, comme s'il craignait qu'elle refuse. Mais Yuzhen, encore sous le choc, attrapa sa main sans réfléchir, se laissant guider vers l'entrée de son bureau maintenant vide, loin de la pluie battante.

Une fois à l'intérieur, il la guida vers le sofa, où une lumière douce contrastait avec l'obscurité orageuse de l'extérieur. Ils restèrent silencieux un instant, le seul bruit étant celui de la pluie frappant les fenêtres.

Wei finit par rompre le silence, sa voix à peine audible : "Tu as toujours eu peur de la pluie, n'est-ce pas ?"

Yuzhen hocha la tête, son regard baissé vers leurs mains toujours jointes. C'était la première fois qu'elle se sentait aussi vulnérable en sa présence, mais étrangement, la chaleur de sa main dans la sienne lui apportait un réconfort inattendu.

"Quand j'étais petite…" commença-t-elle, la voix tremblante, "je me suis perdue dans un parc, sous une pluie torrentielle. J'étais seule, effrayée… et je suis tombée gravement malade. Je n'ai jamais retrouvé ma famille après ça." Ses mots étaient entrecoupés de sanglots contenus, mais elle continua, le besoin de partager ce souvenir douloureux étant plus fort que sa peur.

Wei resta silencieux, son visage impassible cachant mal l'émotion qui le submergeait. Il serra doucement sa main, l'encourageant à poursuivre.

"Depuis ce jour, chaque fois que j'entends le tonnerre ou que je suis surprise par la pluie, c'est comme si je retournais dans ce parc… Je me sens encore perdue, seule, comme si… comme si je n'avais jamais vraiment quitté cet endroit."

Wei ne dit rien, mais ses doigts se resserrèrent un peu plus autour des siens, un geste de soutien muet mais puissant. Il comprenait maintenant. Ce n'était pas juste une peur irrationnelle, c'était une blessure profonde, un traumatisme qu'elle portait en elle depuis tant d'années.

"Désormais," dit-il doucement, "tu n'auras plus à affronter cela seule."

 Yuzhen leva les yeux vers lui, surprise par cette promesse inattendue. Le regard de Wei, intense et sincère, la laissa sans voix.

Comment la fille qui l'avait sortie de sa voiture sans même prendre en compte sa propre vie pouvait-elle avoir si peur en cet instant même ?

Le PDG froid, celui que tout le monde redoutait, venait de lui dévoiler une part de lui-même qu’elle n'aurait jamais imaginée. Elle sentit ses larmes monter à nouveau, mais cette fois, ce n'était pas de la peur. C'était un soulagement, une reconnaissance muette pour cette attention qu’il lui portait.

Alors qu'il essuya ses larmes, elle ferma les yeux, savourant la tendresse de ce geste, si inattendu de sa part. Elle sentit sa main tiède sur sa peau froide, la ramenant peu à peu à la réalité, à un présent où, pour la première fois depuis longtemps, elle ne se sentait plus seule.

Plus le temps passé et plus elle était persuadé d'avoir fait le bon choix dans cette vie.

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