Chapitre 3 : Les Débuts d'une Amitié

Les jours qui suivirent, Aina se surprit à penser souvent au café des Premiers Mots et à cette conversation qui lui avait laissé un étrange sentiment de confort et de résonance. Elle n’avait jamais rencontré quelqu’un comme Anastasia : une jeune femme qui, à la fois mystérieuse et d’apparence si paisible, lui semblait partager les mêmes doutes et aspirations.

En milieu de semaine, alors qu’elle longeait les couloirs de la Sorbonne, elle aperçut une silhouette familière à la bibliothèque universitaire. Anastasia, plongée dans un livre, avait l’air encore plus absorbée que d’habitude. Sans même réfléchir, Aina se dirigea vers elle.

« On dirait que je te retrouve toujours entourée de livres, » dit-elle doucement en s’asseyant en face d’Anastasia.

Anastasia leva les yeux, un sourire léger flottant sur ses lèvres. « Ils me tiennent compagnie, » répondit-elle, son regard malicieux. « Mais je suis ravie de te voir, Aina. »

Il y eut un bref moment de silence, avant qu’Anastasia ne ferme délicatement son livre pour le poser devant elle. « Comment ça se passe, les cours ? La Sorbonne, ce n’est pas trop intimidant ? » demanda-t-elle, un intérêt sincère dans la voix.

Aina haussa les épaules, cherchant ses mots. « Ça l’est, parfois… En fait, je me sens souvent un peu submergée. Mais je suppose que c’est normal au début. » Elle hésita, mais ajouta, « Je n’ai pas encore beaucoup d’amis ici. Enfin, à part toi, peut-être ? »

Anastasia sembla touchée. Elle acquiesça en silence avant de répondre, « Eh bien, alors, faisons quelque chose. Je connais un endroit parfait où l’on peut respirer un peu et oublier tout ça. Ce n’est pas loin. Tu as un peu de temps ? »

Aina accepta avec enthousiasme, et elles quittèrent ensemble la bibliothèque. Anastasia l’emmena à travers les petites rues de Paris jusqu’à un jardin caché derrière un mur ancien. Les arbres, encore verts pour cette saison de début d’automne, formaient une sorte de refuge naturel. Ici, le bruit de la ville s’effaçait presque entièrement.

« Cet endroit… c’est magnifique, » murmura Aina en observant l’étendue de verdure, où quelques bancs en pierre semblaient attendre des visiteurs venus chercher la paix.

Anastasia sourit, prenant une grande inspiration comme pour se purifier elle-même. « C’est mon endroit préféré. Je viens ici dès que j’ai besoin de m’échapper un peu. »

Les deux jeunes femmes s’assirent sur un banc, chacune plongée dans ses pensées. Elles n’avaient pas besoin de remplir le silence de mots ; l’instant suffisait. Après quelques minutes, Anastasia rompit le silence, presque à mi-voix.

« Tu sais, parfois, je me demande si je suis faite pour ce monde-là. Le monde des livres, de l’analyse, des discussions théoriques… Parfois, j’ai l’impression que c’est une barrière plus qu’un pont vers les autres. »

Aina hocha la tête, reconnaissant dans ces mots une part de sa propre expérience. « Je ressens la même chose. On nous pousse à définir notre avenir, nos objectifs, mais je ne suis même pas certaine de comprendre qui je suis vraiment. » Elle baissa les yeux, un peu gênée d’avoir révélé ce doute.

Anastasia posa une main légère sur le bras d’Aina, un geste plein de douceur. « C’est normal, je crois. On se cherche tous. Moi aussi, je me pose encore ces questions. »

Aina releva les yeux, et dans le regard d’Anastasia, elle vit un réconfort inattendu. Ce moment d’honnêteté partagée lui donnait l’impression de se sentir moins seule.

Après un long moment de silence partagé, Anastasia reprit la parole d’une voix plus enjouée. « Et si on faisait un pacte ? On se retrouve ici, dans ce jardin, chaque fois qu’on a besoin de faire une pause, de réfléchir ou même de ne pas réfléchir du tout. Ce sera notre endroit. Un espace où on n’a pas besoin de se justifier, ni de prouver quoi que ce soit. »

Aina sourit, ravie de cette proposition. « D’accord. À chaque fois qu’on a besoin de se retrouver, on viendra ici. Ce sera notre petit sanctuaire. »

Elles restèrent là, assises sous le couvert des arbres, à regarder les passants silencieux, les jeux de lumière à travers les feuilles. Elles parlaient par moments, partageaient des silences, mais surtout, elles sentaient qu’un lien invisible se tissait entre elles.

Lorsque le soir commença à tomber, elles se levèrent pour regagner leurs chemins respectifs. Sur le chemin du retour, Aina se sentait plus légère, comme si cette journée avait changé quelque chose d’essentiel en elle. Paris lui paraissait un peu moins intimidante, un peu plus familière. Elle savait qu’elle avait désormais un point d’ancrage, et quelqu’un à qui se confier, même au milieu du tumulte de la ville.

Ce soir-là, allongée dans son petit appartement, Aina repensa à cette rencontre, à cet échange inattendu, et à ce jardin secret qui, elle le sentait, allait devenir un endroit important. Ce pacte, aussi simple soit-il, avait pour elle un sens profond : elle avait enfin trouvé, dans cette immense ville, une amitié sincère, une écoute attentive.

Les semaines qui suivirent furent ponctuées de nouvelles rencontres dans le jardin. Parfois, elles parlaient de leurs rêves, de leurs projets, de leurs frustrations. D’autres fois, elles s’asseyaient simplement en silence, savourant la paix de cet espace partagé. C’était une amitié naissante, douce et silencieuse, qui ne nécessitait pas de grandes déclarations ni de promesses. Elles étaient simplement là, l’une pour l’autre.

Ainsi, dans l’agitation parisienne, ce jardin devint leur refuge.

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