Le silence entre elles, tout d’abord timide, se fit rapidement plus naturel, comme une vieille complicité qui ne demandait qu’à se redécouvrir. Les bruits du café — la machine à espresso qui vrombit, le cliquetis des tasses, les conversations en arrière-plan — s'effaçaient presque devant cette petite bulle de tranquillité qui venait de se créer autour des deux jeunes femmes. Aina, malgré sa gêne initiale, se sentait curieusement à l’aise. Elle prit une gorgée de son latte, le regard perdu dans la vapeur qui s’échappait de la tasse, cherchant à formuler une réponse, mais ne sachant trop quoi dire.
Anastasia, elle, avait repris son livre, mais elle n'était plus vraiment dedans. Ses yeux suivaient les lignes du texte sans y prêter attention, perdues dans les réflexions qui tourbillonnaient dans sa tête. Elle se surprenait à vouloir en savoir plus sur Aina, sur cette jeune fille qui semblait avoir débarqué dans sa vie sans prévenir, comme un petit courant d’air frais dans sa routine bien ordonnée. Mais elle ne voulait pas sembler trop pressante. Alors, elle choisit la discrétion.
« Tu es nouvelle à Paris ? » demanda-t-elle enfin, comme si la question était la plus naturelle du monde.
Aina baissa un peu les yeux, un sourire éphémère jouant sur ses lèvres. « Oui, je viens de commencer mes études à la Sorbonne. C’est un peu… intimidant, en fait. » Elle haussait les épaules, comme si elle cherchait à alléger la lourdeur de ses mots.
Anastasia hocha doucement la tête, son regard plongé dans celui de la jeune fille. « Je comprends. Moi aussi, j’ai mis un peu de temps à me sentir vraiment à ma place ici. Paris, c’est… vaste. » Elle marqua une pause, cherchant à ne pas en dire trop. Elle n’avait jamais été du genre à se dévoiler facilement, mais quelque chose dans la douceur du moment lui donnait envie de partager.
Aina esquissa un sourire, presque soulagée de trouver une oreille attentive. Elle ne s’était pas vraiment attendue à une conversation aussi fluide, et encore moins à cette sensation étrange de se comprendre sans avoir à expliquer quoi que ce soit. « Et toi ? Tu fais quoi ici, alors ? » demanda-t-elle, sa curiosité piquée.
Anastasia se redressa légèrement, laissant tomber son livre sur la table. « Je suis en Master de littérature comparée. C’est une passion… mais parfois, ça peut devenir un peu trop intellectuel. » Elle rit doucement, une lueur malicieuse dans les yeux. « C’est pour ça que j’aime m’échapper ici, dans des endroits comme celui-ci. » Elle fit un geste vague autour d’elle, indiquant le café. « Ça me permet de me vider la tête. »
Aina se sentit un peu plus proche d'elle, cette jeune femme qui semblait, comme elle, chercher un équilibre entre ses rêves et les exigences de la réalité. Elle se rendit compte qu’Anastasia n’était pas seulement la personne à l’apparence distante et concentrée qu’elle avait vue tout à l’heure, mais quelqu’un qui semblait comprendre l’envie de s’évader, de fuir parfois l’intensité de la vie.
Un silence agréable s’installa de nouveau entre elles, mais cette fois-ci, il ne portait plus de gêne. Il y avait une sorte d’harmonie dans l’air, une sensation que ce moment partagé n’était pas un hasard. Que ce café, avec ses murs ornés de livres et son atmosphère douce, avait agi comme un catalyseur, rapprochant deux âmes perdues dans une grande ville, deux inconnues qui, sans le savoir, avaient sans doute bien plus en commun qu’elles ne l’imaginaient.
Aina se redressa, brisant doucement le silence : « Je me demande si tu as toujours l’air aussi calme. »
Anastasia leva un sourcil, surprise par la question. « Calme ? » répéta-t-elle, amusée. « C’est un compliment, ça ? »
Aina sourit, un peu gênée. « Je veux dire… on dirait que tu es… dans un autre monde, parfois. Comme si rien ne pouvait te perturber. C’est impressionnant. »
Anastasia rit doucement, un son léger et agréable. « Eh bien, je pense que c’est juste une façade. À l’intérieur, ça bouillonne souvent. » Elle haussait les épaules, comme pour relativiser. « Mais je suppose que c’est une bonne manière de faire face au chaos autour de soi. »
Aina la regarda, une étincelle d’intérêt dans les yeux. « Tu te sens souvent submergée, non ? »
Anastasia baissa légèrement les yeux, comme si la question l’avait surprise. Elle prit un moment avant de répondre. « Parfois. Oui, c’est difficile de trouver un équilibre entre tout ce qu’on veut et ce qu’on doit faire. » Elle posa ses mains sur la table, les doigts se croisant lentement. « Mais je suppose que c’est ça, Paris. C’est un endroit où on doit se définir, s’imposer, sinon on se perd dans la foule. »
Aina sentit une étrange résonance en elle, un écho à ses propres pensées. Elle savait ce que c'était que de se sentir perdue dans une ville, loin de tout ce qu'on connaissait, avec la sensation d’être à la fois invisible et exposée.
« Je n’avais jamais imaginé que Paris serait aussi… complexe », avoua-t-elle, presque à voix basse. « Comme si chaque coin de rue cachait un secret, comme si tout le monde avait une histoire et que je devais courir après la mienne. »
Anastasia sourit doucement, touchée par la sincérité de ses mots. « C’est exactement ça. Paris n’est pas une ville qu’on conquiert, c’est une ville qui vous adopte, à son rythme. Il faut apprendre à l’écouter. »
Aina acquiesça lentement, les yeux perdus dans la lumière tamisée du café, son esprit flottant parmi les mots d’Anastasia, mais aussi parmi ses propres pensées. Peut-être qu’elle avait trouvé un début de réponse ici, dans ce petit café, entre les pages d’un livre et les premières paroles échangées.
Les deux jeunes femmes restèrent là, dans cet espace suspendu, en silence, chacune s’imprégnant de l’autre, conscientes que le simple fait d’avoir partagé ce moment allait marquer le début de quelque chose de plus grand. Quelque chose qu’elles n’avaient pas encore compris, mais qu’elles étaient prêtes à explorer.
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