Chapitre 5 : l’art de briser

Depuis l’enlèvement, le manoir avait changé.

Pas dans sa structure. Mais dans l’air.

Quelque chose s’était figé, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

Et Ivan… Ivan était devenu un orage sous contrôle.

Plus calme. Plus froid. Plus précis.

Il ne criait pas.

Il punissait.

Il ne cherchait pas mon regard. Il l’imposait.

Il me traitait comme un objet fissuré qu’il avait l’intention de reconstruire… mais à sa manière.

Et moi, je refusais de céder.

Je ne pleurais pas. Je ne fléchissais pas.

Pas devant lui.

Un soir, il entra dans ma chambre sans prévenir.

Il ferma la porte à clé derrière lui. Le cliquetis résonna dans ma colonne vertébrale.

Il ne parla pas. Il me fixa.

Puis il tendit la main.

« Viens. »

Je ne bougeai pas.

Il avança d’un pas.

« Ne me force pas à répéter. »

Je le fixai, muette, droite comme une statue.

Il me saisit par le poignet. Fort. Assez pour que je grimaçe.

Mais je ne gémis pas. Je le regardai droit dans les yeux, la douleur dans les os, mais la dignité accrochée au cœur.

Il me poussa jusqu’au miroir.

Je crus d’abord qu’il voulait m’intimider. Mais ce n’était pas ça.

Il voulait que je me voie.

« Regarde-toi », dit-il.

Je ne détournai pas les yeux.

« Tu crois que t’es forte ? T’es juste vide. »

Sa voix était basse, presque douce. Mais elle coupait plus que des cris.

« Tu crois que le silence, c’est du pouvoir ? C’est de la faiblesse. Tu refuses d’aimer. Tu refuses de haïr. T’existes à peine. »

Il se plaça derrière moi.

Ses mains glissèrent sur mes épaules, comme s’il cherchait une faille sous la peau.

Je me raidis.

« Même ton corps me ment », murmura-t-il.

« Il tremble, mais il ne supplie pas. Il souffre, mais il ne cède pas. »

Puis, soudain, il m’attrapa par les bras et me plaqua contre le mur.

Pas pour me blesser.

Pour me forcer à sentir sa force.

Il me tenait comme une chose fragile, qu’il pouvait casser ou garder selon son humeur.

Je ne dis rien. Je ne lui donnai pas ce plaisir.

Mais mes doigts étaient glacés, et ma gorge, serrée.

Il approcha son visage du mien.

« Je peux te briser en mille morceaux, Liliana. Et tu sais ce que je ferais ensuite ? Je ramasserais les morceaux… et je recommencerais. »

Ses mots étaient du poison lent.

Il voulait que je m’écroule. Que je m’effondre à l’intérieur.

Mais je refusais de lui donner cette victoire.

Alors il m’a relâchée.

Brusquement.

Je suis tombée à genoux, mais je ne l’ai pas regardé.

Il se détourna, lentement.

Avant de sortir, il laissa tomber une phrase :

« Tu ne m’aimes pas ? Parfait. Je n’ai pas besoin d’amour. Juste de ton obéissance. Et je l’aurai. Même si je dois t’arracher le cœur. »

La porte claqua derrière lui.

J’étais seule.

Encore.

Mais cette fois, ce n’était pas la peur qui me tremblait sous la peau.

C’était une haine froide. Une clarté.

Il ne me tuerait pas.

Il me voulait vivante. Brisée. Silencieuse.

Alors j’allais faire le contraire.

J’allais vivre. Fort. Entière.

Et je le forcerais à me voir — non pas comme son jouet, mais comme son erreur.

Et peut-être qu’un jour, cette erreur lui exploserait en pleine figure.

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