Chapitre 2 : le collier et la cage dorée

Le lendemain matin, le silence dans la chambre me pesait comme une accusation.

Le voile gris de l’aube filtrait à peine à travers les rideaux épais, laissant une lumière froide et crue étendre ses doigts sur mes paupières lourdes.

Je n’avais pas fermé l’œil de la nuit, mon esprit prisonnier des murmures glacés d’Ivan, de ses mots qui résonnaient encore : « T’es à moi maintenant, Liliana Valceri. Et je brise tout ce que j’aime. »

Un coup discret à la porte me fit sursauter.

Je restai figée un instant, le cœur battant, la gorge nouée.

Pas besoin d’attendre une seconde frappe. Le garde s’effaça déjà dans l’ombre du couloir, laissant un petit paquet sur le seuil.

Sans un mot, sans un regard. Il n’y avait rien d’humain dans sa démarche, juste la mécanique implacable d’un homme dressé à obéir.

Je refermai la porte derrière lui, glissant mes doigts tremblants sur l’emballage.

À l’intérieur, une boîte noire, sobre.

J’ouvris lentement, découvrant un collier fin, argenté, orné d’un saphir d’un bleu aussi profond que l’océan en pleine nuit.

Pas un bijou d’ornement, mais une promesse froide, un piège délicat.

Mon esprit refusa d’y penser.

Il n’était pas question d’évasion, de rêve, ni même d’espoir.

Ce collier était une cage invisible, et je le savais.

Le silence fut brisé par le retour d’Ivan.

Il entra sans frapper, l’air assuré, presque royal.

Chaque pas qu’il faisait semblait marquer le sol, imprimant sa domination dans la pièce.

Son regard accrocha le mien, un éclair glacial traversant ses iris.

Il n’y avait pas une once de compassion, juste un contrôle absolu.

« Mets-le », ordonna-t-il, sa voix basse, sans appel.

Je reculai d’un pas, mon souffle se coupant dans ma poitrine.

Mais dans ses yeux, je lisais l’impasse.

Il n’était pas question de négociation.

Il s’avança, son visage près du mien.

Je sentis sa respiration sur ma peau, ses doigts effleurer délicatement ma nuque avant de saisir le collier.

Le contact brûlant de sa main fit courir un frisson involontaire le long de ma colonne vertébrale.

Il referma le fermoir autour de mon cou avec une précision presque tendre.

« Ce n’est pas un bijou », murmura-t-il, ses lèvres effleurant mon oreille. « C’est une laisse. Invisible, mais solide. »

Je n’eus pas la force de répondre.

Je savais que le collier n’était pas là pour décorer.

Il était un symbole, un rappel, un verrou.

Il recula, me jaugeant du regard, notant chaque frisson, chaque hésitation.

« Tu veux survivre ici ? » Sa voix se fit plus dure. « Alors retiens bien ceci : je contrôle tout. Ce que tu portes, ce que tu dis, ce que tu penses. »

Il se dirigea vers la porte, puis se retourna une dernière fois.

« Et si tu cherches à m’échapper, touche ce collier. Tu te rappelleras pourquoi tu ne peux pas. »

La porte claqua derrière lui, et le silence me submergea à nouveau.

Je me regardai dans le miroir, le bijou brillant faiblement sous la lumière.

Un collier, une promesse, une menace.

Je n’étais pas une amante, pas une épouse.

Juste un objet. Une pièce dans sa collection.

Mais même une pièce peut mordre si on la pousse trop loin.

Les jours suivants se transformèrent en un rituel de contrôle et d’obéissance.

Chaque mouvement était observé, chaque parole pesée.

Je marchais sur un fil invisible, où la moindre erreur pouvait coûter cher.

Ivan ne me laissait jamais seule longtemps.

Sa présence était comme une ombre menaçante, constante.

Il n’avait pas besoin de paroles pour imposer sa domination.

Un regard, un silence, un geste suffisaient à rappeler qui commandait.

Pourtant, sous cette armure glacée, parfois, un éclair traversait ses yeux.

Un mélange étrange de colère, de désir, et d’une douleur qu’il refusait de montrer.

Je ne savais pas si c’était pour moi ou pour lui-même, mais ça m’effrayait autant que ça m’attirait.

Une nuit, alors que le manoir était plongé dans le noir, j’ai surpris une conversation entre lui et un homme à son service.

Des mots comme « dette », « vengeance », et « héritage » flottaient dans l’air.

Ivan parlait d’un passé que je ne connaissais pas, d’un empire qu’il devait protéger à tout prix.

Et au milieu de tout ça, il y avait moi, une pièce échouée dans un jeu qui dépassait ma compréhension.

Mais je n’étais pas prête à me laisser écraser.

Chaque jour, je construisais une armure invisible.

Chaque nuit, je planifiais silencieusement ma survie.

Je n’étais pas qu’une proie. J’étais une combattante.

Et si le collier au cou était une cage, mon esprit, lui, restait libre.

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