Chapitre 2
Les anciens du village chuchotaient cette histoire autour des feux de camp, leurs visages éclairés par des flammes vacillantes, dessinant des ombres inquiétantes sur leurs traits usés. Selon eux, tout avait commencé par une nuit glaciale d’hiver, des décennies auparavant. La jeune fille, dont personne ne semblait se rappeler le nom, avait été retrouvée étendue au milieu du cimetière abandonné, ses cheveux trempés de rosée et ses yeux grands ouverts fixant le ciel. La neige autour de son corps était teintée de rouge, un rouge vif qui semblait briller sous la lumière blafarde de la lune. Aucun cri n’avait été entendu cette nuit-là, aucune trace ne menait à son meurtrier. Elle avait simplement été trouvée là, un matin, comme si la mort l’avait prise silencieusement.
Les autorités de l’époque avaient mené une enquête, mais les pistes étaient rares, et le mystère, profond. La seule chose étrange que l’on avait remarquée était une série de marques gravées sur une vieille stèle funéraire à proximité. Des symboles étranges, semblant anciens, qu’aucun érudit local n’avait pu déchiffrer. La rumeur disait que ces marques étaient une malédiction, gravée dans la pierre par des mains invisibles. Une fois l’enquête close sans résultat, le village avait décidé d’enterrer la jeune fille à cet endroit même où elle avait été trouvée, pensant qu’il s’agissait du seul moyen de calmer son esprit.
Mais ils avaient tort.
Quelques mois après son enterrement, des événements étranges avaient commencé à se produire. Des lumières mouvantes avaient été aperçues dans le cimetière durant la nuit, dansant entre les tombes comme des âmes perdues. Les animaux refusaient d’approcher les lieux, leurs cris s’élevant dès qu’ils s’en approchaient. Et puis, il y avait les disparitions. Chaque année, sans faute, une personne du village disparaissait dans des circonstances inexpliquées. Tout ce que l’on savait, c’est qu’ils avaient été vus pour la dernière fois près du cimetière. Certains disaient qu’ils avaient entendu des murmures venant de l’intérieur, des voix qui les appelaient par leur nom, douces et envoûtantes. D’autres rapportaient avoir vu une silhouette floue, une femme aux cheveux longs et aux mouvements saccadés, se fondant dans les ombres.
Une histoire avait particulièrement marqué les esprits : celle d’un jeune garçon nommé Élias. Intrépide et sceptique, Élias avait décidé, une nuit, de prouver que toutes ces histoires n’étaient que des contes pour effrayer les crédules. Il s’était armé d’une simple lampe et s’était aventuré dans le cimetière sous les regards inquiets de ses amis. La lune était pleine, éclairant le chemin de pierres brisées et les tombes recouvertes de mousse. Pendant des heures, il avait parcouru les lieux, riant de ses propres peurs et lançant des défis à une entité qu’il pensait imaginaire.
Puis, il y avait eu ce cri. Un cri si perçant qu’il avait réveillé tout le village. Ceux qui étaient assez courageux pour se rendre sur place n’avaient trouvé qu’un silence oppressant, un froid glacial et... la lampe d’Élias, brisée en mille morceaux sur le sol. Le garçon, lui, n’avait jamais été revu. Depuis ce jour, plus personne ne s’était aventuré dans le cimetière, même en plein jour.
La légende avait continué de croître, alimentée par la peur et l’imagination collective. Certains disaient que l’esprit de la fille cherchait à punir ceux qui s’approchaient de son lieu de repos. D’autres pensaient qu’elle essayait simplement de communiquer, de raconter son histoire, mais que son désespoir la poussait à entraîner les vivants dans son monde. Les plus superstitieux croyaient même que le cimetière lui-même était maudit, que chaque pierre, chaque arbre portait la marque d’un rituel ancien et malveillant.
Un soir, une nouvelle rumeur avait émergé. Un voyageur de passage avait parlé d’un journal retrouvé près de l’entrée du cimetière, écrit par l’une des premières victimes. Selon ce journal, la jeune fille apparaissait toujours de la même manière : d’abord une brume légère, presque imperceptible, puis une voix douce, presque familière, qui murmurait des mots incompréhensibles. Enfin, elle apparaissait, belle et terrifiante, avec ses yeux vides et son sourire glacé. Le journal se terminait brusquement par des mots tremblants : « Elle m’appelle. Je n’ai pas le choix. »
Depuis, le cimetière restait vide, abandonné à ses ombres et à ses secrets. Mais chaque année, à la même date, les habitants restaient enfermés chez eux, verrouillant portes et fenêtres, priant pour que personne ne soit attiré par les murmures. Car ils savaient, au fond d’eux-mêmes, que la légende était bien réelle. La jeune fille n’avait jamais trouvé la paix. Et peut-être qu’elle ne la trouverait jamais.
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