Tokyo se dévoilait sous un ciel nocturne encombré de nuages épais, rendant les lumières de la ville plus éblouissantes encore. Les rues, habituellement bruyantes, prenaient une ambiance plus feutrée à cette heure tardive. Ayumi et Takashi, vêtus de vêtements civils pour passer inaperçus, se dirigeaient vers une zone peu connue des touristes : un quartier discret de la ville, où les transactions illégales se faisaient loin des regards.
Leur enquête les avait menés ici, dans une ruelle étroite bordée de vieux immeubles qui semblaient abandonnés de jour. La boutique d'antiquités avait mentionné un marché noir où des artefacts comme les masques de Noh pouvaient être échangés. Ayumi avait pu obtenir l’adresse de cet endroit grâce à un informateur qu’elle connaissait depuis longtemps, un homme dont les activités étaient aussi douteuses que ses informations étaient précieuses.
"On y est," murmura Takashi en s’arrêtant devant une porte en métal, rouillée par le temps. Une simple lanterne au-dessus de la porte diffusait une lumière tremblotante. Ayumi frappa trois coups secs, selon les instructions qu’ils avaient reçues.
Après un instant de silence, la porte s’ouvrit lentement, révélant un homme grand et mince, avec des yeux méfiants. "Qu’est-ce que vous voulez ?"
"On vient pour la vente," répondit Ayumi calmement, ses yeux fixant ceux de l’homme avec assurance.
L’homme les examina un moment, puis hocha la tête avant de les laisser entrer. À l’intérieur, la pièce était faiblement éclairée, des lampes à huile dispersant une lumière chaude mais insuffisante pour chasser les ombres. Les murs étaient couverts d’étagères remplies d’objets divers : des statues anciennes, des peintures poussiéreuses, et bien sûr, plusieurs masques de Noh alignés comme des spectres silencieux.
Ayumi et Takashi avancèrent prudemment, observant les autres clients. Certains portaient des vêtements coûteux, d’autres étaient vêtus de manière plus discrète, tous unis par un seul but : l’acquisition de pièces rares, souvent à l’histoire douteuse.
Un homme d’une cinquantaine d’années, avec des cheveux gris soigneusement coiffés et une canne en bois finement sculptée, se tenait au centre de la pièce, discutant avec un autre homme plus jeune. Il dégageait une aura de pouvoir et d’autorité, et Ayumi devina immédiatement qu’il devait être l’organisateur de cet événement.
"Il y a quelque chose qui cloche ici," murmura Takashi, feignant de s’intéresser à une vieille horloge en bois. "Ces gens ne ressemblent pas à des criminels ordinaires."
"Ce sont des collectionneurs, des amateurs d'art," répondit Ayumi tout bas. "Ils ne se salissent pas les mains, mais ils n'ont aucun scrupule à acheter des objets volés ou à faire des affaires dans l’ombre."
Ils continuèrent à se déplacer parmi les objets, se rapprochant du centre de la pièce. Ayumi repéra enfin ce qu’elle cherchait : un lot de masques de Noh, disposés sur une table basse en bois. Elle s’approcha, feignant l’intérêt.
"Ces masques sont magnifiques," dit-elle à l’homme à la canne, qui venait de les remarquer.
"En effet," répondit-il avec un sourire froid. "Des pièces rares, chacune avec son propre passé… et son propre prix."
"Je suis particulièrement intéressée par ceux-ci," dit-elle en montrant un masque avec des traits similaires à ceux utilisés par le tueur. "Je suis collectionneuse, et j’ai entendu dire que ces masques peuvent valoir une petite fortune."
L’homme la regarda, intrigué par sa connaissance apparente. "Vous avez un œil avisé, madame…"
"Sato. Ayumi Sato," répondit-elle, donnant un faux nom. "Et vous ?"
"L’homme au masque," répondit-il avec un sourire énigmatique. "Les noms ne sont pas nécessaires ici, mademoiselle Sato. Ce qui compte, c’est la discrétion et la confiance."
"Et les affaires," ajouta Takashi, jouant le rôle du partenaire discret mais observateur.
"Bien sûr," acquiesça l’homme. "Ces masques sont anciens, venant d’un temple oublié des montagnes. Ils sont parfaits pour ceux qui… apprécient l’histoire et l’art de l’ombre."
Ayumi fixa l’homme dans les yeux, essayant de percer son masque d’impassibilité. "Est-ce que vous vendez souvent ce genre de pièces ?"
"Seulement aux connaisseurs," répondit-il, ses yeux se plissant légèrement. "Et vous avez l’air d’en être une."
Elle hocha la tête, laissant une pause avant de poser la question qui brûlait ses lèvres. "Et quelqu’un d’autre a-t-il récemment acheté des masques comme ceux-ci ?"
L’homme sourit, cette fois plus ouvertement. "Je ne divulgue pas les affaires de mes autres clients. Mais je peux vous dire que ces masques ont une histoire fascinante, pleine de mystère et de tragédie."
Ayumi comprit qu’elle n’obtiendrait pas plus d’informations de cette manière. Ils avaient besoin de plus de preuves pour lier cet homme au tueur, ou même pour savoir s'il était impliqué. Mais elle savait aussi que ce lieu était une mine d’or d’informations.
"Très bien," dit-elle finalement, feignant l’indifférence. "Peut-être que je reviendrai quand je serai prête à faire un achat."
L’homme inclina la tête. "Nous serons toujours là, mademoiselle Sato. Les trésors de l’ombre n’attendent que d’être découverts."
Ayumi et Takashi quittèrent la salle, se dirigeant vers la sortie avec un mélange de frustration et de détermination. Ils n’avaient pas encore toutes les réponses, mais ils savaient qu’ils étaient sur la bonne piste. Le marché noir cachait encore ses secrets, mais Ayumi était prête à plonger plus profondément dans ce monde sombre pour démasquer le tueur.
Kaito, de son côté, errait à travers les rues désertes de Tokyo, ses pensées un tourbillon d'émotions contradictoires. Sa rencontre avec Saeko plus tôt dans la journée l'avait ébranlé. Elle avait éveillé en lui des sentiments qu’il croyait morts, ou tout au moins, profondément enfouis.
Mais en même temps, les ténèbres en lui réclamaient une nouvelle proie, une nouvelle scène à créer. Il savait que le temps pressait. Les policiers s’approchaient, il le sentait. Pourtant, il ne pouvait s’arrêter. Chaque meurtre était une catharsis, un moyen d’apaiser le chaos qui régnait en lui.
Ses pas le conduisirent jusqu’à un ancien temple, à l’écart de la ville, où il aimait parfois se rendre pour réfléchir. Le lieu était désert, à l’abandon, mais c’était justement ce qui l’attirait ici. Les statues en pierre de divinités oubliées semblaient le surveiller, mais Kaito ne s’en souciait pas.
Il s’assit sur les marches du temple, la pluie s’intensifiant, martelant les pavés autour de lui. Le masque de Noh, soigneusement rangé dans son sac à dos, semblait peser plus lourd à chaque instant. Il sortit l’objet, le tenant devant lui, observant son reflet déformé dans l’eau qui s’accumulait.
"Qui suis-je vraiment ?" murmura-t-il, la voix emportée par le vent.
La question resta sans réponse, comme toujours. Le masque, figé dans son expression de colère éternelle, ne lui apportait aucune paix. Mais il savait que ce masque était désormais une partie de lui, inséparable de son identité.
Alors que les premières lueurs de l'aube commençaient à percer l'obscurité, Kaito se leva. Il savait qu'il devait agir, encore une fois. Une nouvelle œuvre d'art macabre devait voir le jour. Car, dans ce jeu de lumière et de ténèbres, il était à la fois l'artiste et l'œuvre.
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