NEITHANIEL

« Je suis un pantin de la vie, une marionnette qui excelle dans l’art de sourire, le cœur en sang. Personne ne sait qui je suis, je ne même plus pourquoi je vis, quel est le but de ma vie ? »

Je ne rentrai pas dormir. Pas alors qu’Eros venait de tenter de tuer Eller. Oncle John m’envoya un message avec un seul ordre : protéger Elleryn. Je m’occupai donc de la faire soigner, puis mes gardes l’emmenèrent dans mes appartements où dormait aussi la princesse Sefora, en attendant qu’elle se remette.

Je souris en voyant que son bracelet avait été changé, elle portait ceux destinés aux héritières des Clans. Amusant ça. Donc quelqu’un la protégeait. J’avais bien une idée sur la personne mais c’était tellement surprenant que je devais comprendre pourquoi.

- Prenez votre temps princesse\, vous êtes encore en convalescence\, murmurai-je en la voyant gigoter\, comment vous sentez-vous ?

- Je vais bien...où sommes-nous ?

- En sécurité.

Elle hocha la tête puis la reposa doucement. Je l’observai, elle n’avait pas changé. Elle avait juste grandi mais son visage était toujours le même que jadis, semblable à celui de sa mère. Elle se tourna vers Elleryn, endormie. Tout son bras était bandé.

- Elle va bien\, l’informai-je\, elle a juste besoin de repos...

- Est-ce que...

- Sefora ?

La princesse sursauta en se tournant vers Elleryn qui la regardait soudainement avec ses grands yeux. Elle grimaça en se levant, je m’approchai et l’aidai à se redresser, elle me fit un sourire qui me réchauffa le cœur.

- Comment sais-tu que je m’appelle Sefora ? voulut savoir la princesse.

Elleryn se tourna aussitôt vers moi de nouveau. Je me raidis sans vraiment savoir pourquoi. C’était très étrange, le temps d’une seconde, j’eus comme l’impression d’être nu devant elle, comme si elle venait de lire quelque chose en moi. Pas comme Eden dont je sentais toujours l’énergie mais avec elle, ce fut rapide. Beaucoup trop afin que je ne puisse réagir, comme avec Narcis.

Et soudain, elle s’évanouit. Je l’allongeai de nouveau et la laissai se reposer. J’avais encore beaucoup de problèmes à régler dont le premier était de retrouver Eros. Je mis trois jours à reprendre le contrôle de tout le chaos qui avait été créé, je pus enfin rentrer chez moi. Et dormit. Je m’allongeai et fermai les yeux.

La chaleur des rayons du soleil commença à s’infiltrer au travers de ma baie vitrée, réchauffant ma peau, assez pour créer un malaise en moi. Je n’aimais pas la chaleur. J’ouvris les yeux, bâillant et allai appuyer sur le bouton de la commande des stores quand je remarquai que je n’étais plus seul dans la chambre.

- Les défenses d’Enzo sont pitoyables\, m’informa Nars.

- Mon cœur ! Ça fait longtemps que tu es là ?

- Un quart d’heure et Narcis aurait pu tuer Enzo de vingt manières différentes.

Je souris. Il n’avait pas changé, toujours aussi adorable. Je me levai en ignorant sa dernière remarque, bien qu’il était plus que sûr qu’il était sérieux. Et si je lui posais la question, il m’expliquerait en détails comment il m’aurait froidement supprimé vingt fois. Comme je le disais, adorable.

- Pourquoi Nars est ici ?

- Allons discuter en bas\, décidai-je en me dirigeant vers les escaliers.

Il était sur mes pas. Je savais déjà que j’allais subir un interrogatoire et que j’avais intérêt à être convaincante sinon il mettrait en pratique son projet d’assassinat sur ma personne. La table était déjà prête et nos plats préférés y était présenté. Je vidai ma tasse de café pour être le plus éveillé possible.

- Le cerveau de Nars est étrange\, murmura-t-il en s’asseyant.

Narcis avait cessé de parler normalement à ses dix ans. Depuis, il parlait de tout le monde ainsi que de lui-même à la troisième personne. Toujours. Enfin, jusqu’à ce que je le voie parler normalement à Elleryn.

- Tu as eu un accident\, tu es resté dans le coma pendant plusieurs jours.

- Nars veut lire le compte rendu des médecins\, me prévint-il avant de boire sa tasse.

Je me retins de sourire. Narcis était la personne la plus égoïste que je connaissais, il n’accordait aucune importance à la vie humaine, que ce soient celles des inconnues, de ses proches, de sa famille ou même sa propre vie à lui.

- Ne boude pas mon amour\, tu étais blessé. Il est donc normal que j’accepte que tu sois hospitalisé... hôpital que tu as d’ailleurs détruit à mes frais avant même que l’on puisse te soigner... tu sais que tu as besoin d’un cœur\, n’est-ce pas ?

- Le cerveau de Nars est étrange... des parties lui sont... comme inaccessibles...

- Les médecins ont dit que la crise pourrait te laisser amnésique amor...

- Nars se souvient d’Enzo\, de cette maison\, de tout en fait.

- Ah bon ? demandai-je d’un air faussement surpris. Qui suis-je pour toi ?

- Les humains qualifient Enzo d’amoureux de Nars mais ce terme est complètement stupide et inutile.

J’éclatai de rire. C’était typique d’Eros de présenter tout ce qui était normal comme juste « humain ». La situation m’amusait au plus haut point mais Narcis réfléchissait trop, je décidai donc de changer de sujet. Le but étant d’éviter qu’il ne s’analyse et ne découvre ce que je lui avais fait.

- Je ne sais pas où se trouve Nem mais tout le monde le cherche\, il y a un mandat d’arrêt canadien contre lui...

- Nars veut voir le dossier médical\, décida-t-il en se levant\, et si quelqu’un touche à Isis\, le Canada n’existera plus !

Adorable. Toujours très adorable. Il était toujours très mignon lorsqu’on le contrariait, même si je savais aussi qu’il ne défendait pas notre cousin de bonté d’âme. Ce n’était pas le genre de la maison. Je pris mon téléphone professionnel afin de régler le problème. Si Nars décidait de commettre un génocide, personne ne pourrait l’en empêcher et j’aimais beaucoup trop le poutine pour ça.

Il me fallut la moitié de mon après-midi pour régler le problème. Je me laissai tomber dans mon canapé avant de fermer les yeux. Enfin. Mais mon portable privée commença aussitôt à vibrer. Je le collai à mon oreille en marmonnant :

- Dave\, que veux-tu ?

- Tu es où ? T’es pas censé venir à la maison ?

Je souris puis ris avant de me redresser. David avait des bonnes raisons de m’en vouloir mais je ne tenais vraiment pas à ce qu’il sache le pourquoi du comment.

- Mon frère chéri\, j’aurais aimé venir mais c’est très compliqué... par ailleurs disons qu’il est préférable que je reste là où je suis pour le moment...

- Tu rentres quand ? Tu sais\, j’ai croisé la nouvelle princesse\, nous avons pris le même vol...

Il se tut, attendant ma réaction mais je préférai ne rien dire. Il avait eu l’intelligence de ne pas la nommer, il savait que même nos téléphones sécurisés pouvaient être mis sur écoute. Il remarqua mon silence et poursuivit :

- Tu m’écoutes ? Je parles de la princesse chinoise...

- Coréenne\, corrigeai-je. Sa mère\, notre tante\, est d’origine coréenne.

- Ah je ne savais pas mais en tout cas\, elle est magnifique\, une vraie poupée asiatique\, elle ne fait pas du tout ses quatorze ans.

- C’est la fille de sa mère\, elle lui ressemble\, commentai-je sur un ton las.

Je ne tenais pas à prolonger cette conversation, surtout si le principal sujet était la princesse. David soupira avant de me demander :

- Tu n’as pas envie de parler ?

Je me forçai à me concentrer pour être le plus aimable possible. Depuis bientôt deux ans, David et moi nous nous entendions mieux et je tenais énormément à notre nouvelle relation fraternelle.

- Je suis en manque de sommeil.

- D’accord\, je te laisse tranquille ! Nous nous verrons à Paris alors ?

- Je t’appellerai dès que j’y serai.

Je sursautai en sentant quelqu’un s’installer près de moi. Je raccrochai en allumant la lumière et vis Narcis me regarder. Je souris en disant :

- Tu m’as manqué mon amour... ce mois loin de toi était insupportable...

- Enzo recommence à prendre Nars pour sa conquête !

- Tu ne penses pas ce que tu dis\, murmurai-je en faisant semblant d’être outrée mais je savais qu’il n’était pas dupe. Tu sais que toi et moi... tu es la personne la plus importante pour moi. Au fait\, tu as remarqué que l’énergie d’Eden avait baissé...

- Enzo devrait cesser de la nommer ainsi !

- Je la nomme ainsi car cela me rappelle des bons souvenirs\, et puis je ne connais pas son prénom... son vrai prénom\, je veux dire\, comme toi !

- Nars ne voit pas de quoi Enzo parle.

- Si tu le dis. Bref\, joyeux anniversaire...

Il me lança un regard étrange, je sentais un combat en lui et j’en connaissais la cause, il ne fêtait jamais son anniversaire. C’était même interdit d’en parler. Cependant, ce soir, il venait d’avoir dix-huit ans, je ne pouvais décemment pas ne pas lui offrir au moins un cadeau. Il prit mon paquet et l’ouvrit en silence. Il contenait un bracelet en or blanc serti de minuscules diamants fait sur mesure pour lui. Il le regarda puis marmonna :

- Pourquoi cette cage ?

- Je ne t’ai pas offert une alliance\, tu exagères...

- Un bijou signifie lien !

- Tu n’en veux plus ? demandai-je en le regardant droit dans les yeux.

- Disons que... ça finit toujours mal... et aussi...

Il se tut, laissant sa phrase en suspens, ce qui me frustra un peu. Je me demandai ce qu’il allait dire et qui l’avait stoppé. Il semblait pensif et j’aurais aimé qu’il me parle.

- D’accord\, décida-t-il en me tendant son poignet.

Je souris en lui mettant le bracelet. C’était la première fois qu’il acceptait un cadeau et je savais que c’était énorme pour lui ce qui venait de se passer. Car Nars ne portait que trois autres bijoux qu’il avait depuis tout petit.

- Tu es ce que j’ai de plus cher et je donnerai ma vie pour toi\, déclarai-je en prenant son visage entre mes mains\, je t’aime plus que la vie elle-même...

Je décidai d’organiser un petit-tête-à-tête entre Eller et Eros pour notre cours commun de chimie. Je fis un tour à l’administration et fit en sorte que nos classes deviennent complémentaires, j’avais très envie de voir comment Eros allait réagir.

Eros et moi, nous nous étions rencontrés quand j’avais huit ans. Il connaissait déjà mon frère David, ainsi qu’Isis, son frère. Ce dernier jouait dans la même équipe de football que mon frère cadet, mon véritable jumeau, Ethan. C’était comme ça que je m’étais retrouvé au huitième anniversaire de Narcis.

J’avais déjà entendu parler de lui, évidement, par mon père ainsi que d’autres Barme. Narcis avait toujours été considéré comme un génie dès sa naissance. Il avait appris à lire à l’âge où nous autres, on jouait encore aux petites voitures.

À l’âge de deux ans, il était déjà capable de faire des calculs de mathématiques pour collégien et il a commencé à jouer naturellement du violoncelle sans l’aide d’aucun professeur. Ce fut en l’écoutant que je tombai amoureux de cet instrument.

À trois ans, il jouait déjà des œuvres de Mozart ainsi que beaucoup d’autres artistes et passait son brevet des collèges. À cinq ans, il avait joué avec plusieurs orchestres et avait composé plusieurs œuvres dont « Precious », une chanson écrite pour sa maman.

Il arrêta le violoncelle à ses six ans ainsi que ses études, jusqu’à l’âge de huit ans pour une raison inconnue. J’avais cherché à savoir par tous les moyens mais personne ne savait puis un jour, alors qu’il était complètement saoul, Ethan m’avait juste donné un prénom « Elleryn ».

Cela signifiait précieuse dans une langue qu’avait inventé Eros quand il était petit, pour se faire comprendre de notre défunt oncle Lionel, le père adoptif de mon frère Ethan. C’était un peu grâce à lui que j’étais devenu aussi proche de Narcis, peut-être à cause de nos visages similaires, je ne savais pas vraiment mais un jour, le froid et inaccessible Narcis m’avait laissé entrer dans sa vie.

Nous avions fait toutes nos bêtises ensemble. Deux duos de frères, inséparables. À nos neuf ans, nous avions fugués afin qu’Isis puisse aller assister à un spectacle de strip-teaseuses avec moi, Ethan quant à lui, il avait accompagné Narcis à un tournoi d’échec qu’ils avaient évidement gagné.

Nous avions ensuite créé une société dont Nars s’était servi pour faire perdre 100 millions d’euros aux Barme. Dès qu’il pouvait s’en prendre à notre famille, Nars n’hésitait jamais. Comme punition, nous avions été envoyés à l’armée où nous nous étions amusés comme des fous. À tel point que mamie était finalement venu nous chercher, agacé de nous aussi heureux à torturer les soldats.

Isis emporta tellement d’informations confidentielles avec lui qu’il devint l’ennemi public numéro 1, Ethan s’en servit pour le gracier et faire chanter quelques dirigeants de la famille, au passage, évidemment. Moi, j’étais occupé à battre mon record de briser 10 mariages d’hommes politiques pour fêter mes 10 ans. Et Eros, il fit accuser son père biologique de terrorisme.

Un an plus tard, on se retrouva dans un hôpital psychiatrique pour soutenir Eros qui y était enfermé. Il devait s’y faire soigner mais en réalité, il ne faisait que pousser au suicides la majorité des psychiatres.

Comme aucun médecin n’osait plus tenter de soigner Eros, il rendit une analyse de son propre cas dans laquelle il expliqua qu’il n’était ni un malade ni un génie. Je me souviens encore de ses mots au juge qui lui avait rendu sa liberté malgré les réticences de plusieurs Barme. Il avait soupiré et simplement dit :

« Narcis n’est ni un génie ni malade. Il est juste parfait mais la perfection a un prix. Tout joyau qui brille a été poli et brisé auparavant. La perfection est la rose, les troubles sont les épines, ce n’est pas dissociable ! »

Finalement, on fut accepté à Royalty bien que nous fussions très en avance, mais chacun de nous trouva une excuse pour fuir. Jusqu’à nos 13 ans, une des pires années pour nous, celle de la mort de mon frère Ethan.

Je souris en me levant, le soleil était déjà levé. Je rejoignis Eros dans le salon, après m’être préparé pour cette nouvelle journée. Ma tenue du jour était un pantalon pourpre, une chemise au col classique blanche avec une cravate et un gilet à la coupe et au col croisé dont les boutons en émeraude mettaient en valeur mes yeux.

Il était certes inconvenable de porter une tenue d’été en hiver mais j’étais fatigué de me couvrir alors que le froid n’avait aucun effet sur moi à cause de mon aura. Je mourrais littéralement de chaud chaque fois que je devais autant me vêtir.

Je le trouvai allongée sur le rebord de la fenêtre. Eros souffrait d’insomnie sévère, il ne dormait jamais plus de trois heures, dans ses meilleurs jours où il ne sommeillait pas du tout. Nous avions tout essayé pour l’assoupir mais sa maladie était comme qui dirait incurable, à mon grand regret.

Je m’installai près de lui et observai nos reflets sur le miroir géant au-dessus de son lit. Habituellement, Eros détestait se regarder, son reflet le « dégouttait » selon lui. Pourtant, il était la perfection à l’état pur, son corps, son visage, tout était comme il le fallait.

Je ne pus évidement que me complimenter, ce qui agaça Eros qui n’aimait guère son physique. Il était vrai que je ne manquais jamais une occasion de le faire, tout le monde le savait que je me trouvais très beau. En même temps, j’étais un descendant des grands pharaons de l’Égypte antique, ces derniers avaient la réputation d’être très séduisants.

Mon physique irrésistible se composait des cheveux étaient toujours parfaitement coiffés malgré le fait que je n’y touchai pas la plupart du temps et mes yeux d’un bleu unique attiraient tout le monde sans que je comprenne pourquoi. Ainsi que mon visage aux traits fins semblables à ceux de l’élite de Kama, ma peau dorée, mes fossettes et mon sourire étaient des véritables œuvres d’arts.

- Il faut penser à soigner tout ce narcissisme Enzo\, c’est à la limite du tolérable !

- Je ne peux que m’admirer Eros\, ma beauté a atteint une perfection que tu es le seul à dépasser. Viens\, allons prendre le thé...

Étant née d’un père à la nationalité anglaise, j’avais reçu une éducation britannique. Aussi l’heure du thé était aussi sacrée que ma liberté. Je souris en voyant N préparer la table. Après ce moment, nous allâmes en cours.

Je fus surpris de voir Eller faire alors quelque chose qui nous étonna tous, elle découpa délicatement en huit morceaux un donut et le posa devant Eros en lui tendant une fourchette. Elle venait d’offrir à manger à la personne qui avait tenté de la tuer. La situation très surprenante m’arracha un sourire.

Eros arrêta tout ce qu’il faisait. Il leva lentement les yeux vers la jeune fille et la regarda d’un air surpris. Elle lui avait donné sa pâtisserie préférée. Ça ne pouvait pas être un simple hasard qu’elle ait fait tout ça. Mon cousin avait des goûts si capricieux que si on ne le connaissait pas parfaitement, on ne pouvait pas le satisfaire.

Pour la première fois depuis huit ans que je le connaissais, je vis Eros manger en public. Eros ne mangeait jamais un plat qui n’a pas été préparé par son frère, N ou moi et il le faisait toujours goûter. Or, là, il mangeait sans même se soucier de ça. Je ne me rappelais même pas la dernière fois qu’il avait grignoté quelque chose. Je ne savais pas ce qui s’était passé entre Eller et lui mais j’avais vraiment hâte de le savoir...

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