« Le doute parait pathétique dans ce vide dans lequel tu m’as laissé, je t’attends encore, bien que le règne que tu aies dans ma mémoire est similaire au gouffre de l’oubli dans lequel tu m’as effacé... »
J’avais redouté ce voyage avant même de commencer à le préparer. J’avais passé toute ma vie à rêver que je quittais le palais où j’avais grandi. Un lieu magique et merveilleux dans mon enfance puis une prison sombre dès lors que les années passèrent.
J’avais imaginé une aventure pleine de surprises et de romance, comme dans les romans que je n’avais cessé de lire. Cependant, depuis mon départ de Tokyo, il ne m’arrivait que des tragédies et des mésaventures.
Pour commencer, ma famille paternelle m’en voulait de les quitter aussi soudainement, surtout mon père car j’étais passé au-dessus de lui pour obtenir l’autorisation de ma famille maternelle de voyager en Europe.
Il connaissait mes raisons mais cela ne changeait en rien le fait que je lui avais désobéi. Ma grand-mère était triste et déçue que je m’en aille ainsi. Elle m’avait tout de même accompagné à l’aéroport et obligé papa à faire de même.
- Sefora\, comporte-toi bien chez la famille de ta maman ! Tu devras être une fille forte et gentille avec eux comme l’était ta mère... je sais que tu y seras heureuse !
J’acquiesçai d’une voix tremblante alors que mes yeux se remplissaient de larmes. Papa nous fusilla du regard avant d’affirmer d’une voix glaciale :
- Les Barme ne feront qu’une bouchée de toi si tu pleurniches tout le temps !
Il tourna les talons, ce qui mit fin à nos adieux à grand-mère et moi. Avec lui, ce simple geste était un ordre silencieux, il était temps pour moi d’y aller.
- Pourquoi père ne m’aime pas ? murmurai-je en regardant grand-mère.
- Parce que tu es celle qui a tué celle que j’aimais\, répondit père en virevoltant vers nous\, je ne veux plus de toi ici ! De toute façon\, on ne m’a pas donné le choix\, ton tuteur\, un Barme fait pression sur tout le Japon juste pour toi ! Tu m’as déjà pris ta mère\, je ne te laisserais rien me prendre d’autre ! Au revoir ! Mère\, allons-y !
Grand-mère me lança un regard désolé, des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle me lâcha à contrecœur et suivi papa. Je ne fus même pas blessé par ses propos, j’étais désormais habituée à la haine de mon père.
Je pris ma valise, elle contenait toute ma vie. Je ne possédais pas beaucoup de choses, par choix, j’étais très minimaliste. Je fis la queue pour passer les contrôles de sécurité. Plusieurs agents de police passèrent à côté de moi et allèrent en rejoindre d’autres à l’avant. Il y avait un attroupement autour de deux jeunes hommes portant des tenues de football. Une alarme se déclencha. Des policiers les approchèrent, l’un des deux s’exclama :
- Vous êtes bouchés ou vous le faites exprès ? Je ne me sépare jamais de mon épée !
- Monsieur Di Casso\, les armes sont interdites...
- Excusez-le\, soupira son compagnon en riant\, il n’est pas du matin ! On a un permis !
Il fouilla dans ses poches jusqu’à sortir une feuille de papier totalement chiffonnée. Il le tendit aux policiers, le premier qui le lût devint pâle avant de le donner à son voisin. Peu à peu, ils affichèrent tous la même expression que je reconnus pour l’avoir toujours vu à ma maison : la peur du pouvoir. La suite me confirma que j’avais raison, ils se courbèrent tous devant les deux jeunes hommes.
- Jeunes maîtres... jeunes maîtres\, pardonnez-nous ! Nous ne savions pas ! Bien sûr que vous pouvez passer ! Encore une fois...
Je soupirai en voyant les policiers continuer à s’excuser alors même que leurs interlocuteurs ne les écoutaient déjà plus. Celui qui avait donné le document protesta :
- Isis\, pourquoi il faut toujours que tu foutes le bordel ?
- Je ne quitte jamais mon épée à la maison Dave\, je ne vois pas pourquoi je devrais le faire ici ! Dépêches sinon on va être en retard !
- Je t’ai dit que je n’étais sûr...
- Je m’en fiche\, s’écria le propriétaire de l’épée\, je ne peux pas me calmer Dave ! Je la cherche depuis tellement longtemps... je veux la revoir\, je veux revoir Néfertiti...
Le voyage jusqu’en France fut plus calme, j’étais en Business Class, j’avais un siège qui pouvait aussi devenir un lit, un écran pour regarder des films parmi tant d’autres privilèges. Je ne pensais pas que les Barme feraient autant pour moi. J’avais juste imaginé voyager normalement, comme tout le monde.
J’étais assise près d’un jeune homme enveloppé de la tête aux pieds. On ne voyait même pas son visage. Il écoutait de la musique classique. Et parmi les chansons de son répertoire, beaucoup étaient mes préférées, j’avais longuement dansé dessus. Cela m’endormit.
Je me réveillai à Lyon. J’allai récupérer ma valise et me dirigeai vers la sortie. Je regardai autour de moi, à la recherche de Lee. Je soupirai en me rendant compte qu’il était en retard. Encore une fois. C’était très agaçant d’être ainsi abandonné dans un pays inconnu.
Lee savait que je n’étais jamais venue en France, je n’avais même jamais quitté le Japon. J’avais pris l’avion plusieurs fois avec père mais nous n’étions jamais sortis du pays. Lee m’avait donc promis qu’il serait à l’aéroport afin que je ne sois pas perdue. Mais ce n’était pas le cas. Une autre promesse qu’il ne tenait pas.
Heureusement, je parlais couramment français, ce qui me permit de trouver la sortie seule. Je tentai pour la énième fois de contacter Lee mais il ne répondit pas à mes appels, je tombais sans cesse sur son répondeur.
Je vis quelqu’un qui portait une pancarte avec mon patronyme écrit dessus : Sefora Enora Daheen Lin Choi. Un nom bien long pour une jeune fille de quatorze ans. Je me dirigeai vers l’inconnu dont le regard me fit rougir. C’était très étrange mais guère étonnant car je n’avais pas côtoyé des personnes du **** opposé jusqu’aujourd’hui. Le palais étant fermé au public, je ne voyais que ma famille. Tous les serviteurs n’étaient que des femmes ou des moines.
- Konnichiwa votre altesse. Je m’appelle Neith\, j’ai été chargé de venir vous chercher et de m’occuper de vous ! Votre voyage s’est-il bien passé ?
- Oui\, le vol était calme avec peu de voyageurs.
- Je dois vous accompagner à votre établissement\, souhaitez-vous prendre un petit-déjeuner avant ?
J’hochai la tête avant de le suivre. Il conduisait une voiture noire semblable à celle qu’utilisait toujours père. Je montai à l’arrière et attachai ma ceinture. Je profitai du trajet pour observer mon nouveau chauffeur. Il me semblait bien jeune pour faire ce travail ou même être un majordome. En général, ils avaient toujours la trentaine au moins. Or lui, il paraissait avoir deux ou trois ans de plus que moi.
- Vous ne m’emmenez pas voir les dirigeants Barme ?
- Il a été décidé que pour le moment\, vous resterez dans votre nouvelle école jusqu’à la fin de l’année civile. Votre rencontre avec la dirigeante Jordence Barme sera organisée par la suite...
- La dirigeante Jordence Barme ? voulus-je savoir.
Je ne savais pas grand-chose de ma famille maternelle car les informations liées aux Barme étaient confidentielles. Il y avait des suppositions et des spéculations mais grand-mère m’avait assuré que ce n’était que des rumeurs. Je ne devais surtout pas me fier à ce que les médias écrivaient ou disaient sur eux.
- La dirigeante Jordence Di Casso Barme est la femme du dirigeant Luciano Cornwall Barme\, elle le seconde dans la direction du Clan Barme\, m’expliqua le chauffeur.
- Bien\, merci.
Lorsque j’avais pris l’initiative d’écrire une lettre à la famille de ma mère, je m’étais promise que s’ils acceptaient ne serait-ce que de m’autoriser à étudier dans une école normale en Europe afin que j’y passe mon baccalauréat, je ne me plaindrais pas et accepterais mon sort.
- Ah oui\, j’allais oublier\, voici vos nouveaux effets personnels pour votre école.
Il me tendit un grand paquet emballé. Je l’ouvris avec précaution. C’était la première fois que je recevais quelque chose de la part de la famille de maman. La boîte contenait ma nouvelle carte étudiante portant mon nom actuel : Sefora Lin.
Daheen était le prénom que grand-mère m’avait donné, elle avait vécu la moitié de sa vie en Corée du Sud. Je préférai cependant Sefora Enora, pour leur signification et aussi car c’était le choix de ma mère. Une des dernières choses qu’elle avait faites pour moi avant de mourir.
Il y avait aussi des clés, sûrement celles de ma chambre, un téléphone portable, un ordinateur et un bracelet portant mon nom ainsi que les sigles de ma nouvelle école : Royalty.
- Pourquoi ma carte étudiante... ?
- Il a été décidé que pour le moment\, vous ne porterez pas le nom Barme\, les dirigeants doivent tout d’abord vous rencontrer !
J’hochai la tête avant de soupirer. Je savais qu’étant donné que les Barme étaient désormais le Clan qui contrôlait le monde, ils étaient considérés comme tout-puissants. Et même si maman en était une, pour eux, je supposai que ça ne justifiait pas le fait qu’ils allaient m’accueillir les bras ouverts. Je devais faire mes preuves.
- Y a-t-il des Barme au sein de l’école ?
- Oui\, plusieurs héritiers.
J’attendis qu’il m’en dise un peu plus mais il ne fit pas. J’étais très curieuse au sujet des Barme, j’avais lu tout ce que les serviteurs de père avaient pu trouver sur eux. Il n’y avait pas beaucoup d’informations mais cela m’avait donné envie d’en savoir plus. J’avais même convaincu Johanna, ma dame de compagnie de mes dix à douze ans, de me procurer des documents sur maman.
- Vous travaillez pour les Barme depuis longtemps ?
- Depuis ma naissance\, le service aux Clans est un héritage dans ma famille.
- Pourquoi est-ce vous qui avez été envoyés ? demandai-je en fronçant légèrement les sourcils. Je pensais avoir...
- Une fille ? Je comprends\, m’assura-t-il en s’arrêtant à un feu rouge\, j’étais le plus disponible et le plus... fiable\, on va dire !
- Fiable ? Tous les majordomes ne sont-ils pas fiables ?
- Ça dépend de beaucoup de facteurs ! Et puis\, je suis en vacances pour le moment\, mon patron est en déplacement donc ça tombait plutôt bien...
- Vous êtes déjà au service d’un autre Barme ? Il est de ma famille ?
- Tous les Barme sont votre famille\, affirma-t-il\, démarrant de nouveau.
Il demeura de nouveau silencieux. Je compris qu’il ne me donnerait pas plus de détails. Je remarquai aussi que ses réponses étaient aussi simples que vagues.
- Est-ce que c’est un proche parent ? insistai-je.
- Oui\, murmura-t-il en coupant le moteur. Nous sommes arrivés\, la table est déjà prête pour vous ! Prenez votre temps\, je patiente...
J’entrai dans le restaurant. Il était totalement vide. Une table avait été préparée et il n’y avait que mes plats préférés. Cela me perturba. Comment les employés des Barme avaient-ils pris connaissance d’autant d’informations privées sur moi ? Comment savaient-ils aussi précisément ce que j’aimais manger ?
Je levai les yeux sur Neith, il était adossé contre la portière de la voiture et parlait au téléphone. Il dût sentir mon regard sur lui car il se tourna vers moi. Je me concentrai aussitôt sur mon repas, gênée. Je n’avais pas l’habitude des interactions sociales avec des inconnus, surtout du **** opposé. Mais ce majordome en particulier me mettait mal à l’aise sans que je sache pourquoi.
Je pris mon ancien téléphone, que je m’étais acheté en cachette car père refusait que j’en ai un, il était très vieux et tombait en ruine. Je n’avais pas d’argent, j’avais donc dansé et grand-mère m’avait donné un billet de 100 € pour mes quatorze ans.
Avec le reste de l’argent que j’avais gardé, eût par elle aussi à chaque anniversaire, j’avais réussi à trouver un téléphone sur internet à 250 € que grand-mère avait récupéré secrètement pour moi puisque je n’avais le droit de sortir.
Je composai le numéro de Lee. Un début de sourire se dessina sur mes lèvres dès que j’entendis que ça sonnait. Il disparut aussi rapidement qu’il était venu lorsque je tombai sur son répondeur. Encore. Lee était ma bouée de secours, mon plan de sauvetage. Celui sur qui je pouvais toujours compter. Il était d’ailleurs la seule personne que je connaissais ici en Europe. Enfin presque.
- Bonjour Lee\, c’est Sefora. Je suis bien arrivée. Rappelle-moi afin que l’on puisse se voir\, je t’enverrais mon nouveau numéro !
Je raccrochai et décidai de profiter de mon petit-déjeuner. Surtout qu’il était rare que je mange ces plats. Père décidait de tout me concernant, même de mon alimentation. C’était donc comme un festin pour moi ce repas. Et je n’étais pas venue en Europe pour m’apitoyer sur mon sort. Si j’avais décidé de tout quitter, c’était pour des raisons précises, j’avais des objectifs et j’étais prête à tout pour réussir. A tout.
Je m’apprêtai à ranger mon téléphone quand il se mit à vibrer. Je fus surprise car je n’avais beaucoup de personnes dans mon entourage pouvant m’appeler. Je fronçai les sourcils en voyant que c’était un numéro inconnu et me raidis en lisant le message qui me fit froid dans le dos ” Si tu intègres Royalty, tu vas mourir « .
Cela me coupa l’appétit, un frisson traversa tout mon corps. C’était un nouveau téléphone et je ne connaissais personne ici donc pourquoi est-ce que je recevais des menaces ? Qui m’en voulait ? Neith m’interpella, nous devions y aller. Je décidai de ne pas me laisser intimider et poursuivre ce pourquoi j’étais venu.
Neith reprit la route avec moi. Comme il roulait lentement, je pus profiter du trajet pour découvrir la ville de Lyon. Nous attendions à un feu rouge près d’une gare qui s’appelait Part-dieu. C’était un immeuble à l’architecture moderne, avec une horloge au centre. Elle se trouvait face à une bibliothèque, aux côtés d’un grand Centre Commercial.
Je me concentrai dessus pour ne pas penser à ce message étrange et assez terrifiant. Je ne connaissais personne en Europe, pourquoi quelqu’un me voudrait du mal ? Je ne comprenais vraiment pas ce qui se passait.
Un inconnu accostait une jeune demoiselle qui aurait pu être son enfant. L’adolescente profita d’un instant d’inattention pour courir vers les portes d’un tramway qui se fermèrent dès qu’elle y entra. Neith alluma la radio. Il changea plusieurs fois de stations jusqu’à s’arrêter sur un journaliste qui parlait d’une nouvelle invention scientifique.
- « La NASA continue ses tentatives de négociation avec le Clan Barme dans le but de pouvoir collaborer avec un de leurs successeurs\, celui dont l’image est la plus controversée\, Narcis Liensterberg Di Casso Barme ! Considéré comme un génie troublant... »
Mon chauffeur eût un petit rire amusé, il éteignit la radio. Mon attention se reporta de nouveau sur le paysage à l’extérieur. Le temps ne s’était pas amélioré, je sentais même qu’il allait pleuvoir.
Alors que nous avancions, je vis des drapeaux de différents pays flotter au-dessus du mur que l’on longeait. Un grand portail couleur argent avec des jolis motifs donnait sur un parking où se trouvaient garées plusieurs voitures de sport très luxueuses. Je n’en avais vu que dans les magazines sportifs que les serviteurs de papa lisaient.
Les limousines faisaient demi-tour pour sortir de la propriété après avoir déposé des jeunes gens sous les flashs des journalistes qui se battaient à l’extérieur pour prendre des photos. Ils étaient par des hommes vêtus en noir et des policiers qui essayaient de maintenir l’ordre.
Un ensemble de trois immeubles me faisaient face. Les deux premiers édifices rose et bleu étaient face à face. En retrait, se tenait un troisième bâtiment avec au rez-de-chaussée la cafétéria surplombée de ce qui semblait être des salles de classe. Autour de cet ensemble, je pus apercevoir un terrain de tennis et un jardin à la pelouse verdoyante.
Peu après, le véhicule s’étant arrêté, je descendis. Devant moi, je vis une gigantesque serre remplie de fleurs de toutes sortes : roses, coquelicots, gardénias. Elle était vitrée, je pouvais donc voir tout ce qui s’y trouvait.
Un lac était situé au centre, près d’une table blanche entourée de fauteuil de différentes couleurs. On pouvait même apercevoir quelques papillons survoler autour des fleurs, ainsi que des lucioles qui dansaient dans le vide. Un spectacle fascinant. Ce lieu aspirait la pureté et le luxe. C’était la plus belle serre que j’avais eût l’occasion de voir.
Mon arrivée à Royalty fut telle que je l’avais imaginé. J’avais tellement feuilleté la brochure d’information de l’établissement, que c’était comme si je la connaissais par cœur. Je fus surprise de tomber de fatigue en arrivant dans ma chambre. Je découvrais l’envers du décor du décalage horaire.
Je regardai le programme de la journée et vis que j’avais raté la cérémonie de bienvenue. Je décidai donc d’aller visiter l’établissement et je me retrouvai dans une sorte de cafétéria. Mon regard fut attiré par une fille qui passa près de moi. Elle était la seule qui ne portait pas l’uniforme de l’école, elle avait l’air d’un véritable garçon manqué avec la tenue de sport sur elle.
Je pris la brochure que me donna une élève en souriant, elle me regarda d’un air surpris puis elle se présenta. Elle s’appelait Annabelle, apparemment, elle me connaissait.
- Je suis ta colocataire\, nous serons trois dans la chambre\, m’expliqua-t-elle\, j’ai vu ta photo à l’administration\, tu es Sefora Lin\, n’est-ce pas ?
- Oui. Vous êtes en 1ʳᵉ année aussi ?
- Oui\, nous sommes dans la même classe\, la 1ère B. On peut se tutoyer...
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un garçon dont les bras étaient chargés de pâtisseries dont il se goinfrait. Annabelle s’écarta en me tirant aussi pour le laissez-passer. Je fronçai les sourcils en me tournant vers elle.
- Il s’appelle David Barme\, l’héritier de la famille et du Clan Barme ! Ne te mets jamais sur son chemin sinon tu peux te faire virer !
Un Barme. Enfin. Je venais enfin de trouver un membre de la famille de ma mère. Un autre garçon sortit de l’ascenseur aussi. La première chose qui me frappa chez lui, fut son air perdu. Ses yeux gris métallique balayèrent la pièce d’un regard lointain et sombre. Une capuche cachait la moitié de son visage.
- C’est Narcis Barme\, le dernier de la famille\, murmura Annabelle\, la rumeur dit que c’est le chouchou des dirigeants même si tout le monde dit qu’il est débile !
- Débile ? demandai-je en ne comprenant pas le mot.
- Stupide. Attardé. Il parait qu’il a pleins de troubles genre autisme et il parle bizarrement...
Annabelle s’arrêta en entendant une assiette se casser. On se tourna vers Narcis qui observait le garçon manqué. Un violent éclair gronda tandis qu’un vent austère pénétrait dans la pièce, sortit de nulle part. La cafétéria trembla tout à coup et les lumières s’éteignirent.
Narcis sortit de sa poche une arme qu’il pointa sur l’autre fille. J’écarquillai les yeux, choquée, et encore plus lorsqu’un bruit sourd se fit entendre. Il venait de lui tirer dessus. Je crus que Narcis l’avait tué mais heureusement pour elle, David s’interposa, la balle frôla le bras droit de l’adolescente, ce qui lui arracha un cri de douleur. Elle saignait.
- Narcis !
- Si elle revenait\, elle devait mourir\, elle savait\, marmonna Narcis sur un ton glacial.
- Si tu tires encore sur elle\, je te tue\, menaça David en brandissant une arme sur lui.
Sans lâcher sa proie du regard, Narcis sortit aussitôt une seconde arme et la braqua sur David. Tout le monde s’écarta de la fille que David tentait de cacher derrière lui.
- Narcis\, je t’en supplie\, au nom de notre amitié\, pose cette arme\, supplia David.
- Narcis n’est pas l’ami de David !
Je fronçai les sourcils. Narcis parlait de lui à la troisième personne ? C’était vraiment étrange. Un portable se mit à sonner, David en sortit un de sa poche et décrocha. Il écouta son interlocuteur en silence avant de mettre le haut-parleur.
- Nars\, tu ne peux pas tuer Eller...
- John ne devrait pas se mêler de ça\, ordonna Narcis\, déterminé.
- Nars\, tu as décidé de la tuer après avoir fait une promesse à Lio !
- Oncle John a raison\, tu ne peux pas faire ça ! Tu as promis ! Tu l’as juré à Lio ! Narcis\, tu te souviens de Lio\, n’est-ce pas ? bredouilla David complètement paniqué.
Je ne savais pas de quelle promesse ils parlaient, ni qui était ce Lio dont l’évocation du prénom ne fit que rendre Narcis encore plus furieux qu’il ne l’était déjà. Je me demandai si c’était réellement une bonne idée de parler de lui dans pareille situation. Le téléphone de David finit contre le mur et je ne saurais expliquer comment.
- Je t’en supplie...\, murmura sa victime. S’il te plaît...
- Tu me supplies ? répliqua Narcis. Toi ? Je te l’avais promis ce jour-là\, que si tu réapparaissais devant moi\, je te tuerais !
Je regardai autour de moi d’un air inquiet, je remarquai que plus Narcis s’énervait, plus le sol tremblait avec fureur et le ciel s’assombrissait. Comme si son humeur pouvait influencer l’environnement autour de lui.
- Ne me prend pas pour un con ! Tu crois que je suis débile ? Tu crois que j’ai oublié ? Tu as oublié que je n’oublie jamais rien ? Tu as oublié qui je suis ?
Je fronçai les sourcils en comprenant de quoi parlait Annabelle. Il semblait perdu, bizarre. Et il répétait ce qu’il disait comme... ces enfants que j’avais vus une fois dans une documentaire, je ne me souvenais plus de quoi ça parlait mais Narcis me rappela cela.
- Je... je ne sais pas... qui vous êtes...
Soudainement, le sol se mit à trembler fortement. Comme accentué par cet aveu. Le temps de l’extérieur empire de nouveau, je vis ce qui ressemblait à une tornade ******** la porte. Les murs commencèrent à s’écrouler tandis que je me retins de hurler en même temps que les alarmes. J’étais totalement dépassée par ce qui se passait.
Nous fûmes plongés dans les ténèbres, ce qui ne fit qu’accentuer ma peur. Je basculai contre le sol et ma tête tapa violemment contre le pied d’une chaise. Un silence de mort m’entoura, mes yeux se fermèrent. Puis brusquement, je sursautai. Ailleurs.
Des lumières défilaient au-dessus de ma tête. Des bips chantonnaient autour de moi telle une valse endiablée. Une odeur chimique régnait dans l’air et me brulait les narines. J’ouvris les yeux lentement et vis que j’étais allongée dans un lit d’hôpital, près de la fille qui avait failli être tué. Elle était inconsciente.
- Prenez votre temps princesse\, vous êtes encore en convalescence\, murmura la voix de Neith tandis que je refermais les yeux\, la lumière m’aveuglant beaucoup trop.
Je le sentis se déplacer dans la pièce voisine où on entendait des pas. J’ouvris de nouveau les yeux car il avait éteint la lumière. La porte étant resté ouverte, je vis une jeune fille qui s’approcha de Neith.
Elle se colla à lui comme dans les films de ma sœur que je regardais parfois en cachette dans ma chambre, dans les lycées occidents, où des jeunes « flirtaient » ensemble. Je ne connaissais pas ce mot avant de commencer à m’intéresser à ce type de séries.
- Je viens de voir ta chérie mise dehors\, tu n’en veux plus ?
- Mel\, je n’aime pas quand tu débarques chez moi sans me prévenir...
- Arrête de te fâcher pour rien\, soupira la dénommée Mel avant de rire\, est-ce que tu boudes à cause de ta rupture ?
- Ma relation avec Sarah est finie\, je ne veux plus en parler\, marmonna Neith.
- Alicia ! Elle s’appelle Alicia\, tu devrais au moins retenir le prénom de tes conquêtes\, répondit-elle en jouant avec ses longs cheveux bouclés\, bref\, peux-tu m’obtenir une autorisation de sortie pour ce soir ? J’en ai marre de cette prison...
- Mel\, je ne suis pas ton garçon de course\, répliqua-t-il en se dirigeant vers la porte comme pour mettre un terme à la conversation.
Papa faisait ça aussi, dès qu’il en avait fini avec quelqu’un, il faisait en sorte que l’on comprenne qu’il était temps de s’en aller. Je clignai des yeux en les ouvrant de nouveau, Neith était de nouveau dans la pièce. Mais il n’était pas seul. David, le Barme dont Annabelle m’avait parlé, l’accompagnait. Il s’approcha de ma voisine dont il prit la main. Des larmes se mirent à couler sur ses joues, il les essuya avec rage sous nos regards surpris à Neith et moi.
- Je suis désolé Eller\, je te demande pardon\, j’aurais dû mieux te protéger de lui...
Il avait l’air de la connaître et de beaucoup tenir à elle. Je ne savais qui était cet Eller mais pour que l’héritier des Barme lui-même pleure pour elle, ça ne voulait dire qu’une chose, qu’elle était vraiment très importante.
Mon téléphone se mit à vibrer, je grimaçai de douleur mais fit l’effort de le sortir de ma poche car je voulais absolument parler à Lee. Je fus déçue de voir que ce n’était pas lui mais grand-mère qui m’envoyait un message pour savoir si j’étais bien arrivée et si tout se passait bien pour moi en Europe. Je me retins de sourire, elle était bien la seule personne qui semblait s’intéresser à ma personne, la seule qui s’inquiétait toujours pour moi.
Je sentis une migraine me prendre et décidai que je lui répondrai demain. Je laissai mes yeux se fermer, je tombai de fatigue à cause de ma chute. Jusqu’à ce que je finisse par m’endormir, ils étaient encore là...
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