PDV Zéphyr Aldolores :
Les sabots de mon cheval frappent la terre gelée à un rythme affolé. Mon corps me fait toujours mal, chaque pas me ramène plus près du palais...plus près de mon père. Le froid me gifle, mais il ne parvient pas à masquer la chaleur brûlante de ma honte. La nuit dernière ne cesse de tourner dans mon crâne. L'alcool. Le rire des hommes au pub. La chambre. Ses yeux.
Je serre les points, une boule se forme dans ma gorge, j'avale difficilement. Si mon père venait à apprendre que j'ai perdu le contrôle, que je me suis montré aussi faible et que j'ai failli à ma mission me laissant me faire souiller ainsi... Ce serait la fin. Passe seulement la mienne, mais celle de son respect, de toute fierté qu'il aurait pu éprouver à mon égard.
Lorsque j'atteins enfin les portes massives du palais, deux gardes s'écartent avec raideur, l'un d'eux accourt presque, dans ma direction :
" Prince Zéphyr ! Vous êtes blessés ? ".
Je ne réponds rien, je descends du cheval et leur demande de le ramener aux écuries. Je franchis le seuil et avance dans le couloir, mes bottes claquent contre le marbre froid. Chaque bruit résonne comme un coup de tonnerre. Je prie pour atteindre mes appartements sans croiser personne... mais le destin n'est jamais aussi clément.
- Prince Zéphyr.
La voix me parvient de derrière l'épaule, basse, traînante, presque amusée. Je me retourne.
C'est Adrian, l'un des hommes de main de mon père. Haut, mince, avec ce sourire qui ne quitte jamais ses lèvres mais qui n'a rien de chaleureux. Un homme qui observe trop, parle peu, mais dont chaque mot est une lame soigneusement aiguisée.
Il me salue d'un mouvement de tête. Ses yeux glissent sur moi comme s'il déshabillait mon âme.
- Vous voilà enfin, rentrer. Votre absence a été... remarqué.
Je ravale durement ma salive, et réfléchis à une réponse.
-J'avais besoin... de prendre l'air.
Un éclat lui dans ses prunelles.
- L'air des tavernes est réputé, n'est ce pas ?
Mon cœur rate un battement. Comment...?
Je détourne le regard, mais il poursuit, d'un ton léger, presque joueur :
- On dit que certains voyages mènent à de bien étranges rencontres. Certains reviennent changer...d'autres marqués.
Ces mots s'insinuent en moi, comme du poison.
S'est-il ce qu'il s'est passé ? A-t-il appris que je suis monté jusqu'à la chambre du duc ?
Je me raidis, incapable de répondre. Chaque muscle de mon corps hurle de garder le silence, de ne rien laisser paraître.
Il esquisse un sourire fin, presque poli, avant de s'incliner légèrement.
- Quoi qu'il en soit, je suis heureux de vous revoir sain et sauf. Votre père le sera aussi.
Je reste figé, immobile, longtemps après son départ. Mes mains tremblent. Derrière ces phrases apparemment innocentes, je sens une vérité menaçante : quelqu'un sait.
Je traverse le couloir, le cœur battant si fort que je crois qu'il va éclater. Je voudrais courir jusqu'à ma chambre, m'y enfermée, disparaître. Mais une voix, grave, autoritaire, m'arrête net.
- Zéphyr
Mon sang se glace.
Je me retourne lentement. Là. Au bout du hall. Mon père m'attend. Droit, imposant dans son manteau orné du sceau royal, les bras croisés dans le dos. Ses yeux me scrutent, acéré, comme si rien ne pouvait leur échapper. Je m'incline aussitôt, essayant de masquer mon trouble.
- Père.
Il s'avance vers moi, c'est pas lourd résonne dans l'espace vide. Chaque seconde me paraît interminable. Quand il s'arrête enfin devant moi, il se penche légèrement, de façon presque intime, mais son regard me clou sur place.
- Tu étais absent cette nuit.
Ce n'est pas une question. C'est une accusation
Je cherche mes mots, ma gorge se sert.
- J'avais besoin...de réfléchir. De prendre l'air.
Son sourcil se hausse.
- Dans une taverne ?
Mon cœur rate un battement. Est-ce Adrian qui... ? Je ravale la panique.
- Oui...j'avais besoin de me mêler un peu au peuple, de sentir l'ambiance.
Un silence tombe point mon père me fixe, comme s'il tentait de percer mon crâne pour lire mes pensées.
- Zéphyr... Tu sais ce que j'attends de toi point tu es mon héritier, tu représentes cette maison. Tu n'as pas le droit à l'erreur.
Ces mots tombent comme un poignard. Je baisse les yeux, honteux, incapable de répondre. Il m'effleure l'épaule d'une main lourde.
- Je n'ai pas le temps pour tes caprices. Le duc Kane Charles-Coff est dans notre royaume. Chaque geste compte. Chaque regard. Crois-tu que lui, se laisserait aller à l'ivresse des Tavernes ?
J'ai envie de crier, de lui dire qu'il ne sait rien, qu'il ne connaît pas la vérité. Mais je reste muet. Si je parlais, si je laissais échapper la moindre bride... tout serait perdu.
Alors je hoche la tête.
- Oui, Père.
Il s'écarte, me jauge une dernière fois, puis tourne les talons.
- Va te reposer. Et que je ne te vois plus jamais, pareil faiblesse.
Je reste seul, le souffle court point mes jambes tremble point je n'ai échappé à la catastrophe que de justesse. Mais les taux se resserrent.
Adrian sait.
Mon père soupçonne.
Et moi...je suis prisonnier de mes propres mensonges.
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