Une voix qu'on refuse d'entendre

ÉPISODE 4

Scène 1 - Confrontation avec ses parents

— HARTLEY !

La voix stridente de Rita Strafford résonna dans tout le manoir. Assis dans sa chambre, Hartley leva les yeux au ciel et lâcha un soupir, comme s’il s’attendait parfaitement à cet appel. Il prit tout son temps pour descendre l’escalier, les mains dans les poches, un air nonchalant collé au visage.

En bas, ses parents l’attendaient, les bras croisés, le regard noir.

— Tu comptes nous expliquer ce que signifie cette collection ? tonna Henry Strafford.

Hartley haussa un sourcil, amusé.

— Quelle collection ? demanda-t-il en feignant l’ignorance.

— Ne joue pas à ça avec nous ! s’emporta Rita. Une série de portraits inspirés d’une… d’une… NOIRE ?! Elle cracha presque le dernier mot, comme si c’était une insulte.

Hartley laissa échapper un petit rire moqueur.

— Oh, alors vous avez vu mon travail ? Je suis ravi que ça vous plaise.

— Ne fais pas l’imbécile, Hartley ! reprit Henry, la mâchoire serrée. Ces vieilles toiles ne te mèneront à rien, surtout pas en te compromettant avec une fille de cette espèce !

Rita renchérit aussitôt :

— Tu dois suivre les traces de ta famille ! Regarde ton frère ! Lui, il est un véritable modèle !

Hartley ricana, son regard trahissant une pointe de dégoût.

— Oh oui, Hervey, l’homme parfait ! Toujours à exécuter vos ordres sans poser de questions…

— Il est un homme respectable, lui ! coupa Henry.

— Respectable ? Ou soumis ? répliqua Hartley, son sourire s’élargissant.

Rita, rouge de rage, tenta de reprendre le contrôle de la discussion :

— Cette histoire s’arrête ici, Hartley. Tu vas cesser cette folie.

Hartley planta son regard clair dans celui de sa mère.

— Vous ne pouvez pas contrôler ce que je peins. Vous ne pouvez pas décider de qui je suis.

Il fit un pas en arrière, puis tourna les talons.

— Cette discussion est terminée.

Et il quitta la pièce, laissant ses parents fulminer dans leur rage impuissante.

 

Scène 2 - Dans un parc isolé

Hartley avait besoin de se vider la tête. Après l’échange houleux avec ses parents, il s’était éloigné du manoir et avait trouvé refuge dans un petit parc isolé. Adossé contre un banc en bois, il observait les feuilles trembler sous le vent.

Il sortit un carnet et, machinalement, commença à esquisser un visage qu’il connaissait trop bien : celui de Victoria.

— Cette femme va me rendre fou… murmura-t-il en traçant les courbes de son regard perçant.

 

Scène 3 - À la bibliothèque

Victoria entra dans la bibliothèque, avançant d’un pas léger jusqu’à son coin habituel, près de la fenêtre. Lorsqu’elle arriva à sa table, elle s’arrêta net.

Un tableau l’attendait là, posé délicatement sur le bois.

Elle fronça les sourcils. C’était un portrait d’elle, mais pas un simple dessin… Il la représentait dans un moment bien précis : lorsqu’elle était dans la boutique, face aux vendeurs racistes.

Ses pensées s’embrouillèrent. Son admirateur peintre était ici…

Elle balaya la salle du regard et tomba sur un homme assis non loin d’elle, le visage dissimulé derrière un journal.

Ce visage me dit quelque chose… mais d’où ?

Avant qu’elle ne puisse y réfléchir davantage, l’homme se leva et s’éloigna vers les rayons de livres.

Victoria hésita, puis se leva à son tour. Sur la table de l’inconnu, un cahier attira son regard. "Ma muse" était inscrit sur la couverture.

Elle feuilleta rapidement les pages… et fut saisie.

Tous ces dessins… c’est moi.

Elle tourna les pages, découvrant croquis après croquis, chaque trait capturant ses expressions, ses émotions, même des instants qu’elle pensait insignifiants.

Son cœur se mit à battre plus fort. Sans aucun doute, mon admirateur est ici.

Soudain, une main vint se poser sur le cahier.

— Je vois que vous vous intéressez aux objets des autres.

Victoria releva la tête brusquement. L’homme se tenait devant elle, un sourire en coin.

Elle fronça les sourcils, légèrement gênée.

— Je ne suis pas une voleuse, répondit-elle en refermant doucement le cahier.

Victoria releva la tête brusquement.

Son regard croisa celui d’Hartley.

Un frisson imperceptible lui traversa l’échine.

— Vous…

D’un coup, des fragments de souvenirs refirent surface dans son esprit.

— "Vous avez vu la nouvelle collection de portraits ?"

— "Le prince Hartley aurait-il trouvé l'amour ?"

_" Hé, vous ne voyez pas que cette noire ressemble aux portraits ?!"

Elle se revit en ville, Valentine lui montrant le journal où trônaient les portraits.

Elle se souvint du moment où Hartley lui avait dit, dans cette même bibliothèque :

— "À croire que je vais devoir vous écrire un autre poème pour obtenir une réponse."

Et aussi… les regards.

À chaque fois qu’elle était venue ici, Hartley était là. Et il la regardait.

Les pièces du puzzle s’assemblèrent brutalement dans son esprit.

Elle riva ses yeux dans ceux d’Hartley, le cœur battant légèrement plus vite, mais elle ne laissa rien paraître.

— C’est vous… souffla-t-elle.

Une pause.

— Le fameux peintre.

Son ton n’était ni surpris ni flatté. Juste une constatation.

Hartley laissa un léger sourire en coin apparaître, mais ne répondit pas immédiatement.

Victoria referma le cahier avec calme et se redressa.

— Et qu’est-ce qui vous fascine tant chez moi ? demanda-t-elle, croisant les bras.

Hartley haussa un sourcil.

— Peut-être ce que vous refusez de voir vous-même.

Victoria le fixa un moment, puis détourna les yeux.

— Eh bien, je ne sais pas si je dois être flattée ou agacée, lâcha-t-elle.

Elle fit un pas en arrière.

— Je vais devoir me méfier de vous, maintenant.

Elle s’apprêta à s’éloigner, mais Hartley la suivit.

— Pourquoi êtes-vous aussi distante ? demanda-t-il.

— Pourquoi êtes-vous aussi insistant ? répliqua-t-elle.

— Parce que vous m’intriguez.

— Et moi, je veux juste qu’on me laisse tranquille.

— Mais pourquoi ?

Elle s’arrêta cette fois pour de bon et le regarda enfin droit dans les yeux.

— Pourquoi ? répéta-t-elle doucement, avant de sourire tristement.

Une pause.

Puis sa voix se fit plus forte, tranchante, presque comme un plaidoyer.

— Parce que vous, les blancs, vous pensez tout contrôler. Vous dictez qui a le droit de parler, de rêver, de réussir. Vous brisez des vies sous prétexte de lois et de traditions. Vous condamnez avant même d’écouter. Vous traitez mon peuple comme des criminels alors que c’est vous qui nous mettez en cage.

Hartley resta silencieux.

Victoria s’approcha légèrement, son regard flamboyant d’une douleur contenue :

— Moi, je rêve d'un métier... Mais savez-vous quoi ? Elle laissa un rire amer s’échapper. Je n’en ai pas le droit. Parce que je suis noire. Parce que votre société a décidé que ma voix ne méritait pas d’être entendue.

Hartley ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.

Victoria continua, implacable :

— Je ne veux pas être votre muse. Je ne suis pas une simple image à capturer, un objet d’inspiration pour vos jolies toiles. Je suis une femme, avec un combat, avec une colère qui ne se réduit pas à quelques coups de pinceau sur un tableau.

Elle marqua un silence, puis, d’une voix plus basse, plus dure :

— Alors arrêtez de m’utiliser.

Puis elle se détourna et quitta la bibliothèque, le dos droit, le regard fixe.

Hartley, figé, la regarda disparaître.

Elle a raison.

Une pensée le frappa plus fort encore :

Il y a quelque chose de plus profond… quelque chose qu’elle ne veut pas encore dire.

Et cette fois, il comprit que Victoria Divine n’était pas seulement une muse. Elle était un combat.

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