Chapitre 3
La nuit était plus noire que d'habitude ce soir-là. L’air semblait plus lourd, comme si l’hôpital de Hwajung respirait au même rythme que les âmes perdues qui y résidaient. Seon-ji avait terminé ses rondes habituelles, vérifiant les traitements et les conditions des patients, mais elle n’arrivait pas à se débarrasser de l’impression étrange qu'il y avait quelque chose de plus dans cet endroit, quelque chose qui échappait à la logique, à la raison.
Les couloirs étaient silencieux, seulement brisés par le bruit de ses pas résonnant contre le carrelage froid. La lumière pâle des néons diffusait une lueur sinistre, accentuant l’atmosphère claustrophobe de l’hôpital. À chaque coin de corridor, à chaque porte, elle ressentait cette tension invisible, comme si elle était observée. Elle se concentra sur sa respiration, essayant de repousser cette impression dérangeante.
Elle passa devant la chambre de Yoo Na-ra. La lumière de sa pièce était éteinte, mais à travers la fenêtre du couloir, elle aperçut une forme mouvante dans l'ombre, un léger tremblement dans l’obscurité. Cela dura une fraction de seconde, mais assez longtemps pour que Seon-ji s’arrête, le cœur battant. Elle jeta un coup d’œil furtif, mais la silhouette disparut.
Elle s'apprêtait à poursuivre son chemin, mais un bruit la fit sursauter. Un léger gémissement provenait de la chambre voisine, celle de Han Joo-won. Le bruit était si faible qu’il aurait pu être le simple froissement d’un drap, mais il avait quelque chose d’étrange, de sourd. Seon-ji hésita. Elle savait que Joo-won était souvent en proie à des épisodes de délire, mais cette fois, l’atmosphère était différente. L’air était plus lourd autour de sa chambre, comme si la porte était une barrière entre deux mondes.
Curieuse et inquiète, elle s'approcha de la porte, puis s’arrêta brusquement. Elle croyait voir une forme noire, diffuse, se mouvant lentement derrière la porte. C’était à peine perceptible, un jeu d’ombres qui semblait prendre vie. Un frisson glacé la parcourut, mais elle secoua la tête, se disant qu’il s’agissait probablement d’un jeu de lumière ou d’un simple effet de la fatigue. Pourtant, une petite voix au fond de son esprit lui soufflait que quelque chose n’allait vraiment pas.
Elle ouvrit la porte d’un coup sec.
La pièce était plongée dans une obscurité presque totale, la seule source de lumière étant celle de la faible lueur d’un néon distant qui filtrait par une fenêtre. Les lits étaient tous vides, et la plupart des patients semblaient endormis. Seon-ji laissa échapper un soupir de soulagement, mais au moment où elle se tourna pour refermer la porte, elle aperçut Han Joo-won. Il était assis sur son lit, les yeux ouverts, fixant la porte avec une intensité glaçante.
Il n’avait pas bougé.
Seon-ji frissonna. Normalement, il ne se réveillait pas si tôt, et il n’était pas du genre à fixer quelqu’un avec un tel regard. Le froid de la pièce sembla envahir ses entrailles.
Elle s'approcha lentement, mais avant qu’elle ne puisse prononcer un mot, Joo-won parla, d’une voix basse et rauque, presque un murmure :
« Elle est là. »
Elle s’arrêta, la gorge serrée. Elle n’avait pas tout à fait compris. Elle s'agenouilla à côté de son lit, essayant de capter son regard, mais il ne la regardait pas vraiment. Ses yeux étaient vitreux, comme s’il regardait à travers elle, mais ses lèvres bougeaient lentement.
« Elle… m’a trouvé. » Il se remit à murmurer, les mains tremblantes. « L'ombre… elle vit en moi. Elle me parle tout le temps. Elle me dit des choses. »
Seon-ji se figea. Elle sentit un frisson glacer sa peau. L'ombre. Le terme qu’il avait utilisé, si simple, mais en même temps si lourd de signification. Elle s’efforça de garder son calme, mais l’inquiétude la rongeait.
« Joo-won, qui est-ce ? De quoi parlez-vous ? »
Il tourna lentement la tête vers elle, et ses yeux semblaient maintenant pleins d’une intensité terrifiante, comme si une part de lui, une part très ancienne et très sombre, avait pris le contrôle de son être. Il la fixa un instant, puis, d’un coup, éclata de rire, un rire qui n’avait rien d’humain. Il se leva brusquement, l’atteignant d’un geste trop rapide, trop vif, presque inhumain.
« Elle te voit aussi, maintenant, » dit-il d’une voix basse, « Elle te voit et elle te veut. »
Avant que Seon-ji n’ait pu réagir, Joo-won se laissa retomber sur son lit, son corps soudainement affaissé, comme si tout le sang l’avait quitté. Ses yeux redevenaient vides, sans expression. Il semblait comme endormi.
Elle recula précipitamment, son cœur battant la chamade. Un sentiment de malaise s’empara d’elle, lourd et suffocant. Que venait-il de se passer ? Qui était cette ombre dont parlait Joo-won ? Et pourquoi l’avait-il mentionnée, comme si elle faisait partie intégrante de l’hôpital, de l’histoire de ces murs ?
Seon-ji se redressa et se dirigea rapidement vers la porte. Elle devait sortir. L’air dans la pièce était devenu étouffant, et l’ombre qui semblait la suivre depuis l’intérieur de l’hôpital, cette présence invisible mais palpable, était maintenant plus présente que jamais. Elle referma la porte derrière elle avec précaution, son esprit tourbillonnant de questions.
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Elle erra dans les couloirs pendant un moment, sans but précis. Il était presque trois heures du matin. Aucun bruit, à l’exception de ses pas pressés et du bourdonnement constant des néons. Chaque chambre qu’elle traversait semblait être un univers clos, un autre monde où des vies se déroulaient dans une sorte de silence lourd, de tranquillité illusoire.
Elle repassa près de la chambre de Yoo Na-ra. L’ombre qu’elle avait aperçue plus tôt était de nouveau présente, une forme obscure et mouvante dans le coin de la pièce, presque imperceptible. Elle s’approcha, hésitante, puis s’arrêta net. Elle sentit que quelque chose, ou quelqu’un, la regardait. Cette fois, elle n’avait pas besoin de voir pour savoir. C’était une intuition, un pressentiment. Elle sentit la présence d’une entité étrange, cachée dans l’obscurité. Une pression sur sa poitrine, une chaleur étouffante qui la fit reculer brusquement.
Elle décida de s’éloigner.
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Les jours suivants furent marqués par une étrange sensation de mal-être. Le personnel semblait se comporter comme d'habitude, mais Seon-ji se sentait de plus en plus déconnectée, comme si une partie de sa propre réalité se dérobait sous ses pieds. Les patients, quant à eux, devenaient de plus en plus agités, leurs symptômes s’intensifiant. Mais il y avait un point commun à toutes leurs histoires : ils parlaient tous, à un moment ou à un autre, de ces ombres. Des entités sans visage, invisibles mais omniprésentes, qui semblaient les envahir, les contrôler.
Elle chercha dans les archives de l’hôpital, mais il n’y avait rien sur ces « ombres ». Rien qui puisse expliquer ces phénomènes. Au contraire, elle commençait à se rendre compte que l’hôpital lui-même semblait être un endroit oublié du monde, un lieu où les règles de la réalité s’effritaient lentement.
Une nuit, alors qu’elle était seule dans son bureau, une sensation de froid glacial s’abattit sur elle. Elle tourna la tête et aperçut une silhouette sombre se détacher dans l’ombre de la porte. Son cœur s’arrêta un instant. Il n’y avait personne d’autre dans l’hôpital à cette heure-là.
Elle se leva brusquement, mais la silhouette s’évanouit aussi vite qu’elle était apparue. Un silence absolu, profond et lourd, l’enveloppa. Elle n’avait plus de doute maintenant : les ombres n’étaient pas juste une illusion. Elles étaient réelles. Et elles étaient là, tout autour d'elle.
Elle se précipita vers la sortie de l’hôpital, son esprit en tourmente. Les ombres la suivaient. Et elles ne la laisseraient pas partir si facilement.
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