Chapitre 3
La nuit s'était installée à Manhattan, recouvrant la ville d’un voile sombre parsemé des lumières vives des gratte-ciel. À l'intérieur de la salle de réception, l'atmosphère était animée par les conversations, les rires et la musique. Les invités dansaient, discutaient, se mêlaient à la foule dans une ambiance où luxe et élégance étaient les maîtres mots. Mais pour Steven, tout cela n’était qu’un fond sonore lointain.
Il observait Léna et Ryle danser au milieu de la piste, leurs mouvements fluides accompagnant le rythme de la musique. Chaque sourire échangé entre eux, chaque geste complice, déclenchait en lui une vague d’émotions qu’il peinait à contrôler. Pourtant, il se força à rester impassible, dissimulant ses véritables sentiments derrière un masque de froideur et de calme.
Alors qu’il restait en retrait, près du buffet, il sentait les regards des autres jeunes femmes présentes se poser sur lui. Steven avait l’habitude d’attirer l’attention, et ce soir ne faisait pas exception. Plusieurs filles lui lançaient des sourires suggestifs, espérant l’inciter à les inviter à danser. Mais Steven les ignorait, ses pensées entièrement focalisées sur Léna. Il se sentait prisonnier de ses propres émotions, comme un spectateur impuissant regardant un film dont il connaissait la fin.
À un moment, la danse prit fin, et Léna et Ryle quittèrent la piste. Steven détourna le regard, feignant de s'intéresser à un tableau accroché au mur pour ne pas croiser le regard de Ryle. Il ne voulait pas provoquer une confrontation inutile, surtout pas dans un endroit aussi public. Pourtant, il ne put s’empêcher de jeter un coup d'œil discret à Léna, espérant capter une expression, un signe de ses pensées.
Léna semblait troublée, son regard cherchant quelque chose ou quelqu’un dans la salle. Elle se mordilla légèrement la lèvre inférieure, un geste qu'elle faisait souvent lorsqu’elle était nerveuse. Steven la connaissait trop bien pour ne pas remarquer ces petits détails. Il pouvait deviner qu’elle n’était pas aussi à l’aise qu’elle essayait de le montrer.
Ryle proposa à Léna d’aller se rafraîchir au bar, et elle accepta avec un sourire crispé. Tandis qu'ils s'éloignaient, Steven les suivit des yeux, ses pensées tourbillonnant dans son esprit. Il n’aimait pas la façon dont Ryle se comportait avec Léna, comme si elle lui appartenait. Mais il n’était pas en position de dire quoi que ce soit. Léna n’était pas à lui. Pas encore.
Alors qu'il restait planté là, une silhouette familière s'approcha de lui. C'était Sarah, sa sœur, qui, après avoir terminé une conversation avec un partenaire d’affaires, venait à la rencontre de Steven. Elle portait une robe noire élégante qui soulignait son allure professionnelle et sophistiquée.
« Ça va, petit frère ? » demanda-t-elle en le regardant avec un mélange de curiosité et d'inquiétude. « Tu as l’air un peu ailleurs ce soir. »
Steven haussa les épaules, tentant de paraître nonchalant. « Rien de spécial. Juste pas très fan de ce genre de soirées. »
Sarah le scruta attentivement, son instinct de grande sœur percevant ce que Steven tentait de dissimuler. « Tu sais, Steven, je te connais. Quoi que ce soit qui te tracasse, tu devrais peut-être en parler. »
Il évita son regard, se sentant soudainement exposé. Il n’avait jamais été du genre à se confier, surtout pas sur des sujets aussi personnels. « Je t’ai dit que tout allait bien, Sarah. »
Mais Sarah n’était pas dupe. Elle savait que Steven cachait quelque chose, même si elle n’en connaissait pas les détails. Elle posa une main légère sur son épaule, lui adressant un sourire compréhensif. « D’accord. Mais souviens-toi que je suis là si tu as besoin de parler. »
Steven hocha la tête, reconnaissant de sa présence, mais aussi soulagé qu’elle n’insiste pas davantage. Il appréciait sa sœur, même si leur relation était parfois compliquée par les attentes familiales. Elle était l’image de la perfection que leur père voulait voir en lui, et cela avait souvent créé une distance entre eux. Pourtant, ce soir-là, il sentit une rare complicité, comme si elle comprenait, sans le dire, qu'il traversait quelque chose de difficile.
Après cet échange, Sarah le laissa seul, repartant vers le groupe d’invités avec qui elle discutait. Steven, lui, se retrouva à nouveau face à ses pensées tumultueuses. Il savait qu’il ne pourrait pas rester ici indéfiniment, à observer Léna de loin. S’il voulait ne serait-ce qu’un peu de paix intérieure, il devait au moins lui parler, même brièvement.
Rassemblant son courage, Steven se dirigea vers le bar où Léna et Ryle discutaient. Ryle était en train de raconter une histoire amusante, ce qui fit rire Léna. Cette vision fit sourire Steven malgré lui, car il aimait entendre ce rire, même si ce n’était pas lui qui en était à l’origine.
À son approche, Léna le remarqua et son sourire s’effaça légèrement, remplacé par une expression de surprise mêlée de nervosité. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il vienne la voir, et son cœur recommença à battre la chamade. Quand il fut assez près, elle s’adressa à lui, tentant de maîtriser sa voix. « Steven, tu nous rejoins ? »
Steven hocha la tête, feignant la légèreté. « Bien sûr, pourquoi pas. » Il fit un signe au barman pour commander un verre, tout en jetant un regard à Léna. « Tu t’amuses bien ? »
Léna acquiesça, mais ses yeux semblaient dire autre chose. « Oui, c’est sympa. Mais c’est un peu… » Elle s’interrompit, ne trouvant pas les mots. En réalité, la présence de Steven la troublait tellement qu’elle avait du mal à se concentrer sur autre chose.
Ryle, qui ne percevait pas la tension sous-jacente, continua à plaisanter, ignorant les regards échangés entre Léna et Steven. Mais Léna, incapable de contenir son malaise, préféra faire diversion. « Je vais aller aux toilettes. Je reviens tout de suite. »
Elle se leva précipitamment, échappant temporairement à la situation. Steven la regarda s’éloigner, sentant une pointe d’inquiétude. Il savait qu’il avait un effet sur elle, mais il ne voulait pas la mettre mal à l’aise. Il était piégé dans ses propres sentiments, luttant contre l’envie de tout lui avouer.
« Tu veux un autre verre ? » demanda Ryle, coupant court à ses pensées.
Steven secoua la tête. « Non, merci. » Il observait toujours la direction dans laquelle Léna était partie, espérant qu’elle ne se sentait pas trop oppressée. Il se surprit à souhaiter qu’elle revienne rapidement, ne supportant plus la distance qui semblait les séparer à chaque instant.
Quelques minutes plus tard, Léna revint, visiblement plus calme. Elle sourit à Steven, mais il pouvait voir que quelque chose clochait toujours. Pourtant, il n’osa pas aborder le sujet, ne voulant pas gâcher la soirée. À la place, il décida de jouer le jeu, de prétendre que tout allait bien, tout comme elle le faisait.
La soirée continua ainsi, avec des échanges cordiaux et des regards volés. Steven s’efforça de rester distant, de ne pas laisser ses sentiments prendre le dessus. Il se rappela ses propres résolutions : ce n’était pas le moment d’avouer ce qu’il ressentait, pas tant que Léna n’avait pas elle-même clarifié ses sentiments.
Mais il savait aussi que cette attente le rongeait, chaque seconde passée à dissimuler son amour pour Léna le rapprochait un peu plus du point de rupture. La soirée touchait à sa fin, et les invités commençaient à partir, fatigués mais satisfaits. Steven se préparait à rentrer, la fatigue émotionnelle pesant lourdement sur ses épaules.
Alors qu’il récupérait sa veste, Léna s’approcha de lui, un peu hésitante. « Steven, tu veux bien me raccompagner chez moi ? Je crois que Ryle a déjà prévu de partir avec d’autres amis. »
Son cœur fit un bond dans sa poitrine, mais il se força à garder son calme. « Bien sûr, je te raccompagne. »
Ils quittèrent ensemble la salle de réception, marchant côte à côte dans la nuit fraîche de New York. Aucun des deux ne parlait, laissant le silence et les lumières de la ville combler le vide. Pourtant, ce silence n’était pas inconfortable. Il y avait une certaine intimité, une connexion silencieuse entre eux qui semblait parler plus fort que les mots.
En atteignant l’appartement de Léna, ils s’arrêtèrent devant la porte, hésitant sur la suite à donner à ce moment. Léna se tourna vers Steven, ses yeux brillants sous les réverbères. Le silence qui régnait entre eux était lourd de sous-entendus, de mots non prononcés. Les battements de cœur de Léna résonnaient dans ses oreilles, tandis qu’elle cherchait quelque chose à dire, quelque chose qui ne trahirait pas l’intensité de ce qu’elle ressentait.
« Merci de m’avoir raccompagnée, » finit-elle par murmurer, sa voix à peine plus forte qu’un souffle. Elle essaya de sourire, mais son visage trahissait un mélange de nervosité et de confusion.
Steven hocha la tête, son regard ancré dans le sien. Il aurait voulu dire tant de choses, mais il savait que ce n’était ni le moment ni le lieu. Les mots restèrent coincés dans sa gorge, remplacés par une simple phrase : « C’est normal, Léna. Je veux que tu sois en sécurité. »
Léna baissa les yeux un instant, jouant avec la clé de son appartement entre ses doigts. Elle se sentait tiraillée entre l’envie de prolonger cet instant et la crainte de ce que cela pourrait signifier. Depuis qu’elle avait vu Steven sous un nouveau jour, cette nuit-là, elle ne parvenait plus à penser clairement. Le trouble qu’il suscitait en elle, la chaleur de ses regards, tout cela la déstabilisait.
Prenant une inspiration, Léna releva les yeux vers Steven, décidée à ne pas laisser le moment s’échapper si facilement. « Tu veux monter un moment ? Je... je pourrais te faire un café, si tu veux. »
Steven sentit son cœur s’accélérer. Il était partagé entre l’envie de rester près d’elle, de profiter de ces instants de calme et de proximité, et la nécessité de garder ses sentiments sous contrôle. Il savait qu’accepter risquait de compliquer encore plus les choses. Mais le regard que Léna posait sur lui était irrésistible, et avant même qu’il ait pleinement réfléchi à sa réponse, il acquiesça.
« Pourquoi pas, » dit-il avec un léger sourire. « Un café ne me fera pas de mal. »
Léna hocha la tête, soulagée de ne pas avoir à dire au revoir tout de suite. Elle ouvrit la porte de son appartement et l’invita à entrer. L’intérieur était cosy, décoré avec des couleurs chaudes et des meubles confortables. Steven s’y sentait bien, entouré par l’atmosphère douce et apaisante qui caractérisait l’endroit. Il la suivit jusqu’à la petite cuisine où elle commença à préparer du café, le bruit du percolateur emplissant l’espace.
Ils échangèrent quelques banalités pendant que le café infusait, mais l’électricité entre eux était palpable. Chaque mouvement, chaque regard, semblait chargé de sens. Steven s’adossa contre le comptoir, les bras croisés, essayant de se donner une contenance. Léna lui tournait le dos, concentrée sur la préparation, mais il pouvait voir la tension dans ses épaules.
Quand elle se retourna enfin, deux tasses à la main, elle lui en tendit une. Leurs doigts se frôlèrent, un contact bref mais suffisant pour envoyer une décharge à travers leurs corps. Léna rougit légèrement, baissant les yeux sur sa tasse pour cacher son trouble. Steven, lui, se sentait pris au piège entre ce qu’il voulait dire et ce qu’il devait retenir.
Ils s’assirent dans le salon, Léna sur le canapé et Steven dans un fauteuil adjacent. Pendant un instant, ils se contentèrent de siroter leur café en silence, laissant le bruit de la ville au loin les envelopper. Mais l’intensité de leur lien les rattrapait à chaque seconde.
Léna finit par poser sa tasse sur la table basse, levant les yeux pour affronter le regard de Steven. « Tu es différent ce soir, » dit-elle doucement. « Je ne sais pas, c’est comme si je te voyais pour la première fois… » Sa voix se brisa légèrement à la fin de sa phrase, trahissant la confusion qui l’habitait.
Steven sentit son cœur se serrer. Il aurait voulu lui dire que lui aussi se sentait différent, qu’être avec elle changeait tout, mais il se retint. Ce n’était pas le moment d’exposer ses sentiments. Alors, il se contenta de sourire légèrement, cherchant les mots les plus neutres possibles. « Peut-être que ce soir est simplement spécial. Tout le monde se montre sous un autre jour. »
Léna hocha lentement la tête, mais elle n’était pas satisfaite de cette réponse. Elle sentait qu’il y avait plus, qu’il y avait des choses non dites, des émotions non exprimées. Et pourtant, elle n’osait pas creuser davantage, par peur de ce qu’elle pourrait découvrir.
« C’est vrai, » murmura-t-elle. « Mais je pense que ce n’est pas seulement ce soir… »
Un silence lourd s’installa à nouveau entre eux, rempli de sous-entendus. Léna sentait son cœur battre trop fort, ses pensées s’emmêler. Elle ne savait plus quoi faire, ni quoi dire. Elle avait l’impression que quelque chose se jouait à cet instant, quelque chose de crucial, mais elle n’arrivait pas à saisir ce que c’était.
Steven, de son côté, luttait contre l’envie de la prendre dans ses bras, de lui dire tout ce qu’il ressentait, de mettre fin à cette torture. Mais il savait qu’il ne pouvait pas. Pas maintenant. Pas tant qu’il n’était pas sûr que Léna partageait ses sentiments, et qu’elle ne considérait pas Ryle comme plus qu’un ami. Alors, il fit ce qu’il faisait de mieux : il se protégea derrière un mur de calme apparent.
Finalement, Léna se leva, brisant l’atmosphère lourde. « Il est tard, » dit-elle doucement. « Tu devrais peut-être rentrer, Steven. »
Steven se leva à son tour, déposant sa tasse à côté de la sienne. « Tu as raison, » répondit-il avec un sourire qui ne parvenait pas à atteindre ses yeux. « Merci pour le café, Léna. »
Elle le raccompagna jusqu’à la porte, le cœur lourd de cette étrange soirée. Quand ils furent face à face, elle hésita un instant, puis se pencha pour lui donner un baiser sur la joue. Un geste simple, mais qui fit brûler la peau de Steven là où ses lèvres l’avaient touché.
« Bonne nuit, » murmura-t-elle, ses yeux brillants de mille émotions qu’elle ne parvenait pas à comprendre.
Steven la regarda une dernière fois, gravant son image dans sa mémoire. « Bonne nuit, Léna. »
Puis il se retourna et partit, laissant derrière lui un vide dans le cœur de Léna. Alors qu’elle refermait la porte, elle se sentait étrangement vide, comme si quelque chose d’essentiel venait de lui échapper. Elle ne savait pas quoi, mais elle savait que cette nuit-là, quelque chose avait changé entre eux. Quelque chose qu’elle n’arrivait pas encore à nommer, mais qui la hanterait longtemps après que Steven ait disparu dans la nuit new-yorkaise.
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