RAËLLE

**RAËLLE**

CALIFORNIE,los Angeles

3 heure du matin

Aucun bruit dehors. Pas un cri, pas un klaxon, pas un moteur. Comme si j’étais la seule chose encore vivante sur cette foutue planète. J’aime bien cette idée. Être seule. Sans eux. Sans personne.

C’est toujours à cette heure que les pensées me rattrapent, ces foutues pensées que je passe ma journée à ignorer. Après tout, ma vie aurait peut-être été différente si j’avais été pauvre...

Euh. Non.

Faut pas déconner.

Qui serais-je sans ma fortune ? Sans mon luxe ? Sans tout ce fric qui coule à flots dans mes veines à défaut d’amour parental ? Une pauvre fille lambda, une vie sans intérêt. Nan, franchement, mes parents ont peut-être foiré tout le reste, mais ça… ça, au moins, ils me l’ont donné.

Et ce n’est pas si mal.

Ça m’évite de penser à eux.

Je soupire et me lève, mes pieds nus effleurent le sol glacé tandis que je me dirige vers la fenêtre. La nuit est sombre, paisible. De là où je suis, je ne vois que l’immensité du vide.

On habite au milieu de nulle part.

Un domaine immense, isolé, sans voisins, sans âmes humaines à des kilomètres. Tout ça parce que mon géniteur est persuadé que des gens veulent nous tuer.

La paranoïa d’un homme qui sait qu’il mérite une balle dans la tête.

Je souris.

Parfois, j’aimerais que ce soit vrai.

Parfois, j’aimerais que quelqu’un essaie vraiment.

Juste pour voir.

Je laisse ma main glisser sur la vitre froide, observant mon propre reflet. Un fantôme dans une cage dorée.

Je me demande si je suis vraiment la fille biologique de mon géniteur. Vu sa gueule… franchement, c’est peu probable. Son sperme doit être trop faible pour avoir créé un être comme moi.

Et en même temps… vu que ma mère est une pute dans le sens littéral du terme  ça se tiendrait.

Tant qu’elle se tient à carreaux, je m’en fous. Je n’ai pas envie que ses conneries viennent foutre en l’air ma vie.

« Tu veux quelque chose ma chérie ?!... utilise ton corps. »

Ses mots tournent en boucle dans ma tête, encore et encore. Comme un disque rayé. Est-ce que toutes les mères sont comme ça, ou c’est juste la mienne qui est totalement niquée ?

Ouais, ça doit être ça.

De toute façon, qu’elle soit là ou pas, ça ne change rien. Je n’ai pas besoin d’une mère. Pas besoin d’un père non plus. Juste besoin de leur argent.

« Les femmes sont des chiennes en chaleur que seule l’argent peut acheter… un peu comme ta mère. »

Voilà les sages paroles de mon géniteur.

Je souffle entre mes dents, presque pour moi-même :

— Quel connard.

Je fixe la nuit noire devant moi, complètement absorbée par mes pensées.

Jusqu’à ce que la porte s’ouvre violemment.

Le bruit me fait à peine sursauter. J’ai l’habitude.

Angela.

La gouvernante.

Ou plutôt, la seule personne ici qui daigne encore se soucier de mon existence.

Elle est plantée dans l’encadrement, les bras croisés, son regard noir me scannant de haut en bas.

— Vous devriez dormir, Mademoiselle Raëlle.

Sa voix est ferme, lasse, pleine d’un agacement qu’elle ne prend même plus la peine de cacher.

Je lève un sourcil, un sourire moqueur au coin des lèvres.

— Et vous devriez frapper avant d’entrer.

Elle soupire, visiblement fatiguée, et secoue la tête.

— Je vous ai vue à travers la vitre. Vous êtes restée plantée là sans bouger pendant au moins dix minutes.

Et alors ? Qu’est-ce qu’elle croit ? Que je vais sauter ?

Dommage pour elle, j’aime trop voir la fin des animes que je commence.

Elle s’approche un peu, bras toujours croisés.

— Vous avez cours à 6h, vous devriez être en train de dormir.

Je ris doucement.

— Dormir, moi ? Quelle idée. Je ne suis pas fatiguée.

— Ça viendra. Et ce jour-là, ce sera votre corps qui décidera à votre place.

Je roule des yeux et me détourne, reportant mon regard sur la nuit vide devant moi.

Angela soupire encore, avant de tourner les talons.

— Trois heures. Trois heures et vous  êtes encore debout. Vous faites ce que vous voulez, mais ne venez pas vous plaindre demain.

Elle referme la porte derrière elle.

Je souris en coin.

Me plaindre ?

Elle a encore du mal à comprendre.

Moi, je ne me plains jamais

Quelques minutes passent, et j’entends à nouveau la porte s’ouvrir, cette fois plus doucement.

Je ne me retourne même pas.

Angela entre, silencieuse, et pose quelque chose sur ma table de chevet.

Un verre de lait.

Elle ne dit rien.

Elle sait que je ne le toucherai pas.

Elle sait que je déteste ça.

Mais elle le fait quand même.

Juste pour la forme.

Juste pour faire semblant qu’il y a encore quelque chose à sauver.

Je soupire, puis je me retourne lentement vers elle, un sourire narquois étirant mes lèvres.

— Angela… t’es pas obligée de faire semblant, hein.

Elle ne bronche pas. Son visage reste figé, impassible, comme toujours.

— C’est votre mère qui m’a envoyé.

Un éclat de rire m’échappe. Un vrai rire, franc, incontrôlable.

Elle ose me dire ça ? Sérieusement ?

Je me tiens les côtes, secouée par un fou rire presque douloureux.

— Ma mère ?! Je reprends mon souffle, essuyant une larme qui n’a rien d’émotionnel. Angela, arrête… C’est sûrement la meilleure blague que t’aies jamais sortie.

Elle ne dit rien. Elle se contente d’attendre, droite comme un piquet, son expression toujours aussi neutre.

Mais je la connais trop bien.

Elle sait que c’est faux.

Elle sait que je sais que c’est faux.

Et pourtant, elle joue son rôle.

Comme toujours.

Elle s’approche doucement, son regard planté dans le mien. Elle hésite une seconde, puis sa voix se fait plus douce, presque maternelle :

— Mademoiselle, vous pouvez tout me dire, vous savez.

Je la fixe, un sourire sans joie aux lèvres.

— Oui, je sais… Je marque une pause, laissant planer un silence pesant avant d’ajouter, plus bas : T’as toujours été la seule personne à te soucier de moi.

La seule et l'unique mon Angela, la seule personne que j'affectionne vraiment, celle qui mérite mon respect...ma mère de substitution

                          

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NDA: Premier chapitre ! Nous voilà ainsi plongé dans l'univers de Raëlle

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Nouvelle mise à jour samedi d'ici là prennez soin de vous 😘

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