Chapitre 2
La lumière de l’aube perçait timidement à travers le couvert dense des arbres, jetant une lueur dorée sur le sol de la forêt humide. Le murmure des feuilles s’élevant avec le vent était parfois interrompu par le cri lointain d’un corbeau. À l’orée du village, un groupe de chasseurs, silencieux et concentrés, aiguisait leurs lames, vérifiait leurs arcs et ajustait leurs flèches. Une tension palpable régnait entre eux, nourrie par les récits effrayants qui circulaient depuis des semaines.
Kuro, l’homme mystérieux dont les yeux brillaient dans l’obscurité comme des braises ardentes, était désormais au centre de toutes les conversations. Certains l’accusaient d’être un démon déguisé, d’autres de posséder des pouvoirs interdits qu’il avait acquis au prix d’un pacte avec les esprits sombres de la forêt. Personne n’avait jamais vu Kuro blesser quiconque, mais les histoires avaient leur propre pouvoir : celui d’attiser les craintes et d’effacer la frontière entre la réalité et la légende.
Dans l’auberge du village, Yaren, le plus âgé des chasseurs, raconta une fois de plus ce qu’il avait vu une nuit.
— Ses mains… elles ont brillé dans la nuit, comme si elles tenaient le feu sans le moindre bois. J’ai vu une bête sauvage, un loup gigantesque, lui sauter dessus, et il n’a eu qu’à lever la main. La bête est tombée, inerte, comme frappée par un éclair invisible.
Les autres écoutaient en silence, hochant la tête, certains fascinés, d’autres tremblant de peur.
Kuro vivait en marge du village, dans une cabane isolée à la lisière de la forêt. Il ne parlait à personne, excepté lorsqu’il passait au marché pour échanger des herbes médicinales ou des peaux d’animaux contre des provisions. Les enfants le suivaient parfois de loin, curieux, mais dès qu’il se retournait, ses yeux perçants les faisaient fuir.
La Peur Devient une Chasse
Un jour, un mouton disparut du troupeau de Yaren, et les soupçons tombèrent immédiatement sur Kuro.
— C’est lui ! Qui d’autre pourrait l’avoir fait ? Il attire les bêtes sauvages avec ses sortilèges, elles viennent à lui comme des esclaves !
Cette accusation fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Le village se divisa en deux camps : ceux qui voulaient confronter Kuro et lui demander de quitter les lieux, et ceux qui préféraient éviter de provoquer sa colère. Mais la peur finit par l’emporter, et un groupe de chasseurs décida d’agir.
Leur chef, un homme robuste nommé Galdric, rassembla ses hommes.
— Nous ne pouvons pas attendre qu’il nous maudisse tous, dit-il en serrant son arc. S’il est réellement un démon, alors il faut le traquer avant qu’il ne s’en prenne à nos familles.
Ils partirent au crépuscule, armés de torches et de lames affûtées. Leur expédition s’enfonça dans la forêt, guidée par la lueur de la lune et le chant lugubre des hiboux. Mais Kuro n’était pas un homme facile à trouver. Il connaissait la forêt mieux que quiconque, ses chemins secrets et ses ombres.
La Rencontre
Après des heures de recherche, les chasseurs tombèrent sur un cercle étrange, dessiné sur le sol avec des pierres blanches. Au centre, des feuilles brûlées dégageaient une odeur âcre.
— C’est un autel ! Un autel de sorcellerie ! souffla l’un des chasseurs, terrifié.
Soudain, un bruit les fit sursauter. Une silhouette se dessinait dans l’obscurité, avançant lentement vers eux. La lumière vacillante des torches révéla Kuro, debout et calme, ses yeux brillant d’une lueur surnaturelle.
— Pourquoi êtes-vous ici ? demanda-t-il d’une voix grave.
Les chasseurs hésitèrent, mais Galdric fit un pas en avant, la lame de son couteau scintillant.
— Nous savons ce que tu es, Kuro. Tu as effrayé le village assez longtemps. Si tu es un homme, alors pars. Si tu es autre chose… nous t’arrêterons ici.
Kuro les fixa, silencieux, puis leva lentement les mains. Une brise froide s’éleva, éteignant leurs torches une à une. Plongés dans l’obscurité, les chasseurs entendirent des murmures, des voix étranges venues de nulle part. Certains crièrent et s’enfuirent, laissant tomber leurs armes.
Seul Galdric resta. Il lança son couteau avec une précision mortelle, mais le couteau s’arrêta en plein vol, suspendu dans les airs. Kuro s’avança, et d’un geste, renvoya le couteau qui se planta dans un arbre à côté de Galdric.
— Je ne cherche pas la guerre, dit-il. Mais si vous revenez, vous regretterez d’avoir défié les ombres.
Retour au Village
Quand les chasseurs rentrèrent au village, ils étaient changés. Ceux qui avaient fui ne disaient rien, mais leurs visages livides parlaient pour eux. Galdric, lui, fit un récit à demi-mots de leur rencontre, insistant sur le fait que Kuro n’était pas un simple homme.
— Ce n’est pas un démon, dit-il enfin. Mais il est plus dangereux que tout ce que nous avons jamais affronté.
Le village s’endormit ce soir-là, plus divisé que jamais. Certains voulaient encore expulser Kuro, d’autres pensaient qu’il valait mieux le laisser tranquille. Mais une chose était claire : Kuro, l’homme des ombres, ne quitterait pas la forêt, et sa présence continuerait à hanter leurs jours et leurs nuits.
La tension dans le village monta d’un cran, et une question commença à émerger : qui serait le prochain à défier Kuro, et à quel prix ?
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