La nuit était glaciale. La pluie s’écrasait contre le sol en un rideau froid et oppressant. Levi West courait, le souffle court, une main plaquée sur son flanc gauche. Chaude. Poisseuse. Son propre sang coulait entre ses doigts.
— Merde…
Il vacilla, trébucha sur une pierre et s’effondra lourdement dans la boue. Il ne pouvait pas s’arrêter. Derrière lui, les échos de voix lointaines résonnaient encore. Les voleurs. Ils l’avaient laissé pour mort, mais il ne leur ferait pas ce plaisir.
Ses yeux balayèrent la forêt sombre. Il n’avait aucune idée d’où il était. Son instinct le guida. Il se releva péniblement et reprit sa marche. Chaque pas était une torture, sa vision s’embuait. Puis, une lumière. Faible, vacillante, au loin. Une maison. Non, un chalet.
Levi rassembla ses dernières forces et atteignit le perron. Il frappa contre la porte en bois massif. Une fois. Deux fois. Pas de réponse. La pluie dégoulinait sur son visage, le vent hurlait dans la nuit.
Il appuya sur la poignée. Déverrouillée.
L’intérieur était sombre, à peine éclairé par la lueur des braises d’une cheminée. Levi fit un pas hésitant. Une odeur envoûtante l’enveloppa immédiatement, mélange enivrant de muguet et de raisin. Un alpha.
Un frisson parcourut son échine. Il n’était pas seul.
Un bruit derrière lui. Instinctivement, Levi se retourna, mais trop tard. Une force brutale le projeta contre le mur. Une main glaciale se referma autour de sa gorge.
— Qui es-tu ?
La voix était basse, tranchante comme une lame. Levi, malgré la douleur, esquissa un sourire en coin.
— Sympa l’accueil…
L’homme le relâcha brusquement. Levi s’écroula au sol, une main sur son cou endolori. Il releva la tête et détailla son agresseur. Grand, imposant, une aura écrasante. Des yeux d’un bleu glacial, des cheveux noirs ébouriffés. Il dégageait une intensité presque suffocante.
— Tu saignes.
Levi roula des yeux.
— Merci, j’avais pas remarqué…
L’homme ne répondit pas. Il sortit son téléphone et composa un numéro.
— Il y a des cambrioleurs armés dans la forêt. Envoyez une unité.
Levi grimaça. Cet alpha n’avait pas l’air du genre à offrir un canapé et une tasse de thé.
— Eh… J’ai besoin d’un médecin, lâcha-t-il en essayant de se relever.
L’homme le toisa d’un regard impassible.
— Va en ville.
— Sérieusement ? T’es quoi, un ermite sociopathe ?
Un muscle tressaillit sur la mâchoire de l’inconnu. Il s’accroupit face à Levi, le dominant de toute sa stature.
— Je t’ai laissé entrer parce que tu étais en danger. Maintenant que ce n’est plus le cas, tu sors.
Levi serra les dents. Cet alpha était un vrai mur de glace.
La sirène d’une voiture de police brisa le silence oppressant. En quelques secondes, deux agents entrèrent, armes au poing.
— Docteur Smith ? On a reçu votre appel.
Levi fronça les sourcils. Docteur Smith ?
L’alpha fit un simple geste en direction de Levi.
— Emmenez-le.
Levi ouvrit la bouche, outré.
— Attends, c’est comme ça que tu remercies quelqu’un qui t’a débarrassé de voleurs ?
Le regard d’Elio Smith se durcit.
— Je ne t’ai rien demandé.
Sans un mot de plus, il tourna les talons et disparut dans l’ombre du chalet.
La porte se referma, laissant Levi seul sous la pluie, avec une seule certitude : cet homme, il voulait le revoir.
La voiture de police roulait sur la route sinueuse, s’éloignant du chalet. Levi, assis à l’arrière, les bras croisés, jetait des coups d’œil agacés par la fenêtre. Il était fatigué, trempé et surtout frustré.
Cet Elio Smith… Quel genre de type vous sauvait la vie pour ensuite vous foutre dehors comme un chien errant ?
— Vous allez bien ? demanda l’un des policiers, jetant un regard dans le rétroviseur.
Levi soupira.
— J’ai connu mieux.
— Vous avez eu de la chance que le docteur Smith soit là, reprit l’autre agent.
Levi haussa un sourcil.
— Ce type est médecin ?
— Le meilleur chirurgien de la région, confirma le premier flic. Il bossait dans un grand hôpital il y a quelques années, mais… il a tout plaqué.
Levi fronça les sourcils. Ça expliquait l’aura étrange de cet homme. Un mélange de maîtrise et de froideur.
— Pourquoi il vit en ermite, là-haut ?
Les deux policiers échangèrent un regard avant que l’un d’eux ne réponde :
— Ce n’est pas à nous de raconter son histoire.
Traduction : il y avait un truc louche, mais personne n’allait cracher le morceau.
Levi se renfonça dans son siège, l’esprit bouillonnant. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l’impression que cette rencontre n’était pas terminée.
⸻
L’hôpital était bruyant et surchauffé. Levi était allongé sur un lit d’examen pendant qu’une infirmière nettoyait la plaie sur son flanc.
— Vous avez eu de la chance, monsieur West, déclara-t-elle en appliquant un pansement. La balle n’a fait que traverser. Pas de dégâts internes.
— J’ai toujours de la chance, plaisanta Levi, grimaçant quand elle serra le bandage.
L’infirmière sourit.
— Vous devriez éviter les mauvaises fréquentations.
— C’est noté.
Elle s’éloigna et Levi se redressa. Il était crevé, mais il ne comptait pas dormir ici. Il se leva, enfila sa veste et sortit du service.
Dehors, l’air nocturne était encore chargé d’humidité. Il enfourcha sa moto garée un peu plus loin. Son premier réflexe aurait dû être de rentrer chez lui et de dormir.
Mais il ne fit rien de tout ça.
Sans trop savoir pourquoi, il prit la direction de la montagne.
⸻
Elio Smith fixait la cheminée, un verre d’alcool à la main. La maison était plongée dans un silence oppressant, seulement troublé par le crépitement du feu.
Tout en buvant une gorgée, il repensa à l’alpha qu’il avait expulsé quelques heures plus tôt. Un gamin insolent, au sourire agaçant. Il n’aurait jamais dû lui ouvrir.
Il posa son verre et massa ses tempes. Pourquoi s’en préoccupait-il ?
Il se leva, traversa la pièce principale et s’arrêta devant une porte. Sa main effleura la poignée. Il n’entra pas. Il n’entrait jamais.
Derrière cette porte, des photos jaunies par le temps, des objets figés dans un passé révolu. Un sanctuaire qu’il ne pouvait pas abandonner.
Il fit demi-tour.
Et c’est à ce moment-là qu’il entendit un bruit dehors.
Un moteur.
Il s’approcha d’une fenêtre et plissa les yeux. Une moto.
Lentement, il ouvrit la porte d’entrée.
Sous la lumière blafarde du porche, Levi West se tenait là, les mains dans les poches, son casque sous le bras.
— Sérieusement ? grogna Elio.
Levi haussa les épaules, un sourire en coin.
— J’avais envie d’un bol d’air frais.
— Chez moi ?
— Qu’est-ce que je te disais, j’ai toujours de la chance.
Elio le fixa un long moment, l’ombre d’un agacement dans le regard. Puis, sans un mot, il referma la porte.
Levi, de son côté, ne bougea pas. Il avait dit qu’il avait de la chance.
Et il comptait bien en profiter.
Levi resta quelques secondes immobile, fixant la porte qui venait de se refermer sous son nez. Un rire léger lui échappa. Cet homme était vraiment une forteresse.
Il leva la tête vers les fenêtres du chalet. Aucune lumière ne filtrait, comme si Elio venait de l’effacer de son esprit.
— T’as du caractère, murmura-t-il en rangeant son casque sous son bras.
Mais Levi n’était pas du genre à abandonner facilement.
Il s’approcha de la porte et frappa doucement. Pas de réponse. Il réessaya, cette fois plus fort. Toujours rien.
— Allez, Elio, je sais que t’es là.
Silence.
Il soupira et recula de quelques pas. Le vent frais de la montagne caressa sa peau, mais il n’avait pas l’intention de partir. Il s’accroupit sur le perron, sortit un paquet de cigarettes et en coinça une entre ses lèvres.
Il alluma la flamme de son briquet, mais une voix glaciale l’interrompit.
— Pas sur mon perron.
Levi tourna légèrement la tête et esquissa un sourire.
— Je me disais bien que t’étais toujours derrière cette porte.
Un soupir agacé lui répondit, suivi du déclic de la serrure. La porte s’ouvrit lentement, révélant Elio, les bras croisés, son regard bleu perçant ancré dans celui de Levi.
— T’es sourd ou juste stupide ?
— Un peu des deux, plaisanta Levi en rangeant sa cigarette.
Elio le détailla un instant avant de lever les yeux au ciel.
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Juste discuter.
— Je n’ai rien à te dire.
— Alors écoute-moi.
Elio pinça les lèvres mais ne ferma pas la porte. C’était déjà une victoire.
Levi rangea définitivement sa cigarette et posa son casque à côté de lui.
— Tu m’as foutu dehors comme un chien tout à l’heure, lança-t-il sans détour. Je comprends pas trop pourquoi.
— Parce que je n’ai pas besoin de compagnie, répondit Elio sèchement.
— Dommage, parce que moi j’ai décidé que j’allais venir te voir.
Elio arqua un sourcil.
— Ah oui ?
— Ouais.
Un silence s’étira entre eux, pesant, chargé d’une tension que Levi ne comprenait pas encore.
Finalement, Elio soupira et posa une main sur l’encadrement de la porte.
— Fais ce que tu veux, mais ne viens pas pleurer si je t’ignore.
Puis, sans attendre de réponse, il referma la porte.
Levi, loin d’être découragé, laissa un sourire étirer ses lèvres.
— À bientôt, Doc.
Il récupéra son casque, enfourcha sa moto et démarra en trombe, laissant derrière lui un Elio troublé par l’étrange persistance de cet inconnu.
Cela faisait trois jours que Levi revenait au chalet d’Elio. Trois jours où il se pointait sur le perron, s’asseyait sur les marches et parlait à une porte close.
— T’es vraiment du genre têtu, hein ? murmura-t-il en coinçant une cigarette entre ses lèvres.
Il ne l’allumait jamais. Il savait qu’Elio détestait ça.
Le vent frais de la montagne faisait frissonner sa peau. Pourtant, il restait là, patient, observant la forêt plongée dans l’obscurité.
À l’intérieur, Elio l’écoutait. Il ne voulait pas l’admettre, mais il attendait presque ces visites. Le silence du chalet lui pesait parfois plus qu’il ne voulait le reconnaître.
Ce soir-là, cependant, Levi ne se contenta pas de parler. Il se leva et marcha lentement jusqu’à une fenêtre latérale, essayant d’apercevoir l’intérieur.
— T’as vraiment un mode de vie de vampire, Doc.
Elio soupira en l’entendant. Il se leva du canapé et marcha jusqu’à la porte, l’ouvrant légèrement.
Levi sourit en le voyant.
— T’as craqué ?
— Non, mais j’aimerais éviter que tu fouines autour de ma maison comme un rôdeur.
— Tu pourrais juste m’inviter à entrer.
— Ce n’est pas un bar.
Levi haussa les épaules.
— Alors je reste dehors.
Elio le fixa longuement avant de soupirer.
— Fais ce que tu veux.
Il referma la porte, mais cette fois, il ne s’éloigna pas. Il resta debout derrière, la main posée sur la poignée, écoutant le bruit du vent et la présence discrète de Levi.
Quelque part, sans s’en rendre compte, ils avaient établi un rituel.
Et aucun des deux ne semblait prêt à y renoncer.
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