Le vent fouettait les immeubles crasseux du quartier, soulevant des sacs plastiques qui traînaient sur les trottoirs. Ici, même le vent avait l’air de galérer. Adossé au mur, capuche vissée sur la tête, je regardais les gars du block s’agiter. Rires, moqueries, ça parlait fort, comme d’habitude.
— Wesh, t’es dans la lune ou quoi ? me lâcha Samir en me filant une clope.
Je l’allumai sans broncher. J’avais rien de spécial en tête, juste cette sensation bizarre dans le ventre. Le genre de truc que tu ressens avant que tout parte en vrille, mais que t’oses pas écouter.
Plus loin, Layla refaisait sa tresse en matant du coin de l’œil le vieux terrain de basket où les plus jeunes s’amusaient. Même elle, avec son air dur, on voyait qu’elle pensait qu’à une chose : sortir d’ici.
On faisait tous semblant d’y croire, mais la vérité c’est qu’on était coincés. La rue c’est pas un choix, c’est une routine. Tous les jours pareils. Tous les soirs, tu pries pour qu’il t’arrive pas une dinguerie.
— Ce soir, y’a un plan, dit Kamel en s’approchant.
J’ai haussé un sourcil.
— Encore un de ces plans foireux ?
Il a rigolé. Mais son regard était sérieux. Trop sérieux.
— T’inquiète. C’est rien. Juste une course à livrer. Easy.
Easy ? Rien n’est jamais easy ici. Pourtant, on dit jamais non. Pas quand t’as rien d’autre. Pas quand le frigo est vide à la maison. Pas quand les flics ferment les yeux, et que les grands du quartier te regardent comme si t’étais leur prochain pion.
— On y va ou pas ? demanda Samir.
J’ai tiré une dernière latte, les yeux levés vers le ciel gris. J’ai pas répondu. J’ai juste marché. Parce qu’au fond, je savais que j’étais déjà dedans.
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— Le plan
La nuit était tombée d’un coup, comme souvent ici. Pas de coucher de soleil, pas de belles couleurs, juste du gris qui devient noir. Le genre de nuit où même les réverbères fatiguent.
On s’était tous retrouvés dans la vieille cave derrière l’immeuble H, celle où les murs sont tellement humides qu’on dirait qu’ils pleurent. Ça puait la clope froide, la bière renversée, et l’angoisse.
— Écoutez bien, lança Kamel en tapotant un sac de sport posé sur la table.
— C’est quoi ça ? demandai-je, en jetant un regard à Samir qui, lui aussi, commençait à flipper.
— Rien de ouf. Quelques téléphones à déposer, un petit paquet à livrer. C’est pas nous les stars du film, c’est les grands. Nous on fait le passage, tranquille.
Tranquille... Ce mot résonnait faux. Layla fronça les sourcils.
— Vous êtes sûrs de ce coup ? Ils nous ont déjà fait le coup du "tkt c’est safe", et y’en a un qui a fini au commissariat.
Kamel esquiva la remarque d’un sourire. Il savait que, malgré nos doutes, on allait dire oui. Parce que dans le quartier, parfois, survivre c’est accepter l’inacceptable.
— On fait ça ce soir, dit-il en nous tendant les sacs.
Le silence s’installa. Personne ne voulait être celui ou celle qui allait reculer. Samir me regarda. Layla aussi. J’étais censé décider ? Pourquoi moi ?
— Vas-y, c’est bon, soufflai-je. On y va.
À ce moment-là, j’ai senti quelque chose se casser en moi. Comme si je venais de signer sans lire le contrat.
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Quelques heures plus tard
Le rendez-vous était au bout du vieux parking, celui qui longe la voie ferrée. Il faisait sombre, humide, et la pluie commençait à tomber en fines gouttes.
Kamel et moi, on avançait en tête, les sacs bien accrochés. Samir et Layla derrière, silencieux. Pas un mot, juste le bruit de nos pas sur le bitume.
Soudain, un bruit. Pas net. Un froissement dans le noir. Mon cœur s’est serré.
— C’était pas prévu ça, chuchota Samir.
Deux silhouettes sont sorties de l’ombre. Pas des grands du quartier. Pas des habitués. Des inconnus. Des visages qu’on connaissait pas.
— Les gars, c’est quoi ça ? lança Kamel en reculant d’un pas.
Les deux types n’ont pas répondu. Juste un regard froid, avant que l’un d’eux sorte quelque chose de sa veste.
Et là, j’ai compris.
On était dans la merde.
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Fin du Chapitre 1
La pluie avait commencé à tambouriner sur le béton du parking, accentuant l’atmosphère oppressante. Nous étions regroupés, encore sous le choc de ces silhouettes surgies de l’ombre.
— J’ai jamais vu des têtes pareilles, murmura Samir, les yeux écarquillés.
--- Réaction d'auteur :
Kamel s’était figé, le regard tendu vers l’un des inconnus qui s’avançait lentement, arme à la main. La tension était palpable, chaque seconde paraissait une éternité.
Soudain, sans crier gare, le premier coup de feu éclata.
La balle fusa et frôla ma joue. Le temps sembla suspendu : Layla poussa un cri étouffé, et dans le chaos, le corps de Kamel vacilla avant de s’effondrer lourdement sur le bitume.
— Kamel ! hurla Layla, sa voix se perdant dans le vacarme des sirènes lointaines qui commençaient à se faire entendre.
Moi, je restai cloué sur place, le sang pulsant dans mes veines, tandis que les deux inconnus se découpaient dans l’obscurité pour disparaître aussi vite qu’ils étaient apparus. Le regard de Samir se brouilla de larmes et de peur, et j’entendis en moi ce vide qui annonçait le début d’un cauchemar sans retour.
La réalité s’effritait : le plan qu’on avait accepté n’était plus qu’un prétexte pour attirer ceux qui avaient soif de sang. La trahison se lisait dans chaque geste, et moi, je me retrouvais involontairement complice d’un drame qui dépassait notre petit monde.
— La rue, ce n'est jamais juste… pensais-je, tandis que les sirènes se rapprochaient et que l’angoisse nous enveloppait tous
............. — L’enfer de la survie
Les heures qui suivirent furent un véritable cauchemar. La pluie avait cessé, mais le froid de la nuit s’était emparé de nous, plus implacable encore que le drame.
Je me réveillai dans une ruelle sombre, adossé contre un mur tagué, la tête lourde et le goût amer de culpabilité sur les lèvres. Les images de Kamel, étendu dans une mare de sang, me hantaient.
Layla avait disparu dans la panique, tout comme Samir, qui avait juré de retrouver des réponses. Quant à moi, je n’avais plus qu’une seule idée en tête : fuir.
Chaque coin de rue devenait un piège, chaque ombre une menace. Je ne pouvais plus faire confiance à personne. Le quartier, autrefois mon refuge, s’était transformé en un labyrinthe impitoyable où la moindre erreur pouvait coûter la vie.
Je parcourais les rues en quête d’un abri, d’un lieu pour réfléchir à mes choix. Sur le chemin, je rencontrais quelques visages connus, mais leur regard était empli de méfiance. La rumeur de ce meurtre se répandait comme une traînée de poudre, et bientôt, je fus identifié comme l’un des acteurs de cette tragédie.
Chaque pas me rappelait que dans ce monde, survivre ne relevait plus du choix, mais de l’instinct. Je devais me fondre dans l’ombre, marcher sans faire de bruit, et surtout, trouver un moyen de laver mon nom avant que la rue ne me dévore tout entier.
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À suivre…
Les jours qui suivirent furent une succession d’angoisse, de confrontations et de décisions impossibles. La culpabilité me rongeait, mais la peur était encore plus présente. On me disait que pour regagner une once de dignité, il fallait soit fuir, soit affronter les responsables.
Samir finit par me rejoindre dans un petit café désert en bordure du quartier. Ses yeux, lourds de fatigue, cherchaient les miens pour y lire la même question muette : qu’allons-nous faire ?
— T’es pas fait pour ça, disait-il souvent, mais on a toujours le choix… même si c’est le pire de tous, je sais plus trop…
Layla, de son côté, avait décidé de se battre pour récupérer un semblant d’honneur perdu. Elle avait rassemblé quelques alliés du quartier, ceux qui refusaient de laisser la rue dicter leur destin. Quant à moi, j’étais tiraillé entre l’envie de fuir et l’obligation de rendre justice – ou au moins de comprendre qui avait orchestré ce sale coup.
Une nuit, alors que le silence pesait lourd sur la ville, je reçus un message anonyme. Une rencontre, dans un lieu abandonné, avec celui ou celle qui connaissait toute la vérité. C’était mon ultime chance de redresser les torts, de sortir de ce labyrinthe sanglant.
Le choix final se présenta clairement :
Fuir et effacer mon passé dans l’ombre, laissant derrière moi mes amis et mes regrets,
Affronter ceux qui manipulaient les ficelles de ce drame, et plonger encore plus profondément dans l’enfer de la rue, au risque de perdre tout ce qu’il me restait.
Le regard de Layla dans mes pensées me rappela que, malgré tout, il y avait encore une lueur d’espoir. La survie n’était pas synonyme de soumission, mais de lutte pour un futur meilleur, même si le chemin s’annonçait long et semé d’embûches.
— Ce soir, je fais le choix, me murmurai-je en sortant, le cœur battant. Quoi qu’il arrive, je refuse de devenir un simple pion de la rue.
Le destin se dessinait, incertain et cruel, et moi, j’étais prêt à l’affronter, quitte à sacrifier ce qu’il me restait de liberté.
Quelques semaines plus tard, la rumeur d’un renouveau commença à se répandre dans le quartier. Samir, Layla et moi, nous avions décidé de changer les règles du jeu. Ce n’était plus seulement une question de survie, mais de redéfinir ce que signifiait vivre dans ces rues. Même si le passé continuait de hanter nos nuits, nous avions désormais choisi de lutter pour un avenir où la loyauté et la dignité pouvaient encore exister.
Personnages clés détaillés
On a : 👇
Le protagoniste
Âge : 18 ans. Marqué par les épreuves du quartier, tiraillé entre le besoin de survivre et le désir de changer le cours des choses.
Traits : Sensible malgré une carapace dure, introspectif , doté d’un instinct de protection, souvent en proie à la culpabilité.
Samir
L’ami loyal, toujours prêt à défendre le protagoniste , mais qui porte aussi le fardeau de ses propres doutes.
Traits : Dévoué, parfois naïf, mais courageux.
Layla
La combattante du groupe, celle qui ne se laisse jamais abattre.
Traits : Forte, déterminée, dotée d’une vision claire de ce qu’elle veut pour un futur meilleur, mais avec une part de tristesse dans le regard.
Kamel
Le premier à succomber dans le drame. Sa mort symbolise la chute brutale des illusions et marque un tournant décisif dans la vie de notre protagoniste.
Traits : Ambitieux, parfois téméraire, son souvenir nourrit la révolte du groupe.
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