Seo Changbin (39ans, mère de Jisung)
À notre époque, l'amour n’avait rien à voir avec le mariage. Les alliances se formaient pour la puissance, pour l’influence, pour tout sauf les sentiments. J’avais grandi avec cette idée, entouré par une famille qui voyait les relations comme des contrats et les unions comme des opportunités.
Alors, quand on m’a annoncé que j’allais épouser Christopher Han, l’héritier d’une des familles les plus puissantes, je n’ai pas été surpris. C’était un choix stratégique, une union qui renforcerait les liens entre nos deux familles. Je l’ai accepté avec calme, comme j’acceptais tout ce que l’on attendait de moi.
Je ne connaissais presque rien de lui avant notre mariage. Je savais qu’il était intelligent, charismatique, respecté. Un Alpha parfait sous tous les angles. Et moi, j’étais l’Oméga idéal pour ce rôle : issu d’une bonne famille, bien éduqué, prêt à jouer ma partition à la perfection.
Nous nous sommes mariés dans une cérémonie somptueuse. Tout le monde nous enviait, murmurant que nous formions un couple parfait. Mais derrière les sourires et les photos, il n’y avait rien d’autre qu’un accord tacite entre nos familles.
Les premiers mois furent distants. Nous vivions sous le même toit, dormions dans le même lit, mais nous étions des étrangers l’un pour l’autre. Ton père était courtois, toujours prévenant, mais je savais qu’il ne s’était pas marié par choix non plus. Nous étions simplement deux pièces placées sur un échiquier.
Mais avec le temps, quelque chose a changé.
Ton père ne s’est jamais imposé. Il ne m’a jamais traité comme un trophée ou un simple partenaire d’affaires. Il me parlait, pas seulement pour échanger des banalités, mais pour me connaître réellement. Il me demandait ce que j’aimais, ce qui me faisait rire, ce qui me mettait en colère. Et surtout, il écoutait.
Je me suis surpris à attendre nos conversations du soir, ces instants où, dans l’intimité de notre maison, nous n’étions plus deux héritiers liés par un contrat, mais juste deux âmes apprenant à se découvrir.
Un jour, sans même m’en rendre compte, j’ai ri à l’une de ses blagues maladroites. C’était la première fois que je riais sincèrement en sa présence. Il a marqué une pause, m’a observé un instant, puis a souri lui aussi.
Et à ce moment-là, j’ai compris que l’amour était en train de pointer le bout de son nez.
J’ai commencé à voir ton père autrement. Non pas comme l’Alpha que ma famille désirait que j’épouse, mais comme l’homme qu’il était vraiment. Quelqu’un de bon, de patient, et surtout… quelqu’un qui voulait que je sois heureux.
L’amour ne nous a pas frappés comme une évidence. Il s’est glissé entre nous doucement, lentement, jusqu’à ce que je réalise que je ne jouais plus un rôle. Que ce mariage, qui n’était qu’une stratégie, était devenu la plus belle chose qui me soit arrivée. *affiche un sourire nostalgique*