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Les Murmures De GRANDISBOURG

Chapitre 1 un nouveau départ

Le train filait à toute vitesse, traversant de vastes étendues de verdure avant de s’enfoncer peu à peu dans un paysage plus urbanisé. Rosette Blooms regardait par la fenêtre, les mains serrées sur les poignées de son sac. Son reflet, légèrement flou à cause des secousses du wagon, lui renvoyait l’image d’une fille au visage doux, encadré de mèches brunes, des lunettes glissant légèrement sur son nez.

Elle avait grandi dans un petit village paisible, où tout le monde se connaissait et où les journées s’écoulaient lentement, rythmées par le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les arbres. Mais ce monde, elle l’avait laissé derrière elle. Désormais, elle était en route pour Grandisbourg, une immense ville dont elle n’avait vu que des photos sur Internet et des cartes postales envoyées par des connaissances.

Son cœur battait un peu trop vite.

Le Lycée Saint-Célestin. Un établissement prestigieux, réputé pour son excellence académique et fréquenté par l’élite de la société. C’était là qu’elle allait passer ses deux prochaines années. Elle se sentait chanceuse d’avoir été acceptée, mais l’excitation était tempérée par une angoisse sourde : serait-elle à la hauteur ?

Le train ralentit, puis s’arrêta dans un soupir métallique. « Terminus : Grandisbourg », annonça une voix féminine à travers les haut-parleurs. Rosette prit une profonde inspiration, ajusta ses lunettes et attrapa sa valise avant de descendre sur le quai.

Un flot de passagers se pressait autour d’elle, chacun allant dans une direction différente. Des familles se retrouvaient, des hommes d’affaires marchaient d’un pas rapide en consultant leurs téléphones, et des adolescents bavardaient en riant, visiblement habitués à l’agitation de la ville. Rosette, elle, se sentait minuscule au milieu de cette effervescence.

Sortant de la gare, elle leva les yeux. Grandisbourg était encore plus impressionnante que dans son imagination. Des immeubles aux façades vitrées reflétaient le ciel, des taxis klaxonnaient dans les rues bondées, et les écrans publicitaires illuminaient les trottoirs d’une lueur colorée. Elle eut le vertige un instant.

Un appel la ramena à la réalité. Elle sortit son téléphone et décrocha.

— Rosette ? Tu es bien arrivée ?

La voix rassurante de sa mère lui fit du bien.

— Oui, maman. Je viens de descendre du train.

— Tout va bien ? Pas trop perdue ?

Elle hésita. Elle était un peu perdue, oui, mais elle ne voulait pas inquiéter sa mère.

— Ça va. Je vais prendre un taxi et aller à l’appartement.

— D’accord, ma chérie. Appelle-moi ce soir.

Elle raccrocha et inspira profondément avant de s’engager sur le trottoir. Son aventure à Grandisbourg venait de commencer.

Le taxi roulait à travers les rues de Grandisbourg, et Rosette restait silencieuse, les yeux rivés sur le paysage urbain qui défilait. Tout était immense. Des enseignes lumineuses clignotaient sur les façades des immeubles, des terrasses de cafés débordaient de monde, et des tramways glissaient sur leurs rails avec une fluidité hypnotisante. L’air était rempli de sons : conversations animées, klaxons impatients, musiques provenant des boutiques. Rien à voir avec le calme de son village natal.

Après une vingtaine de minutes, le véhicule s’arrêta devant un immeuble moderne aux larges baies vitrées. Rosette sortit précipitamment, paya le chauffeur avec un billet légèrement froissé et se retrouva seule face à l’entrée. Elle fouilla dans son sac pour retrouver la clé envoyée par ses parents quelques jours plus tôt.

L’appartement était petit, mais confortable. Une grande fenêtre laissait entrer la lumière du jour, et le parquet en bois clair ajoutait une touche chaleureuse. Il y avait un coin cuisine fonctionnel, une salle de bain minuscule et une chambre où l’attendait déjà un lit fraîchement fait. Ses parents avaient tout préparé pour qu’elle s’installe sans encombre.

Déposant sa valise dans un coin, elle s’effondra sur le lit et soupira.

Demain, c’était le grand jour.

Le Lycée Saint-Célestin.

L’excitation et l’appréhension se mêlaient en elle. Elle était une élève studieuse, mais se retrouver entourée d’adolescents issus des familles les plus influentes de la ville lui faisait peur. Allait-elle réussir à se faire une place dans cet environnement ? Ou serait-elle juste une ombre discrète dans les couloirs dorés de cet établissement ?

Elle tourna la tête vers sa valise et se redressa. Elle ne pouvait pas laisser ses doutes la paralyser. Elle était là pour étudier, pour se construire un avenir.

Rosette s’agenouilla devant sa valise ouverte, observant le mélange de vêtements soigneusement pliés par sa mère et les quelques objets familiers qu’elle avait emportés avec elle. Chaque pièce de tissu, chaque accessoire avait une histoire, un souvenir attaché à son ancienne vie.

Elle commença par suspendre ses uniformes dans la petite armoire à portes coulissantes, s’efforçant de ne pas penser au fait que, dès demain, elle les porterait dans l’un des lycées les plus prestigieux du pays. Ensuite, elle disposa ses vêtements de tous les jours dans les tiroirs, prenant soin de plier chaque article avec précision, comme si cela pouvait lui apporter un semblant de contrôle sur ce nouveau départ.

Lorsqu’elle ouvrit une trousse de toilette en tissu fleuri, une odeur familière de lavande s’en échappa. Sa mère lui avait glissé un petit sachet parfumé, un détail anodin mais qui lui réchauffa le cœur. Elle le plaça dans un coin de sa table de chevet, à côté du carnet où elle notait ses pensées.

Après une heure de rangement minutieux, son espace commença à prendre une allure plus accueillante. Son bureau, où elle poserait bientôt ses manuels scolaires, était maintenant dégagé. Sur la commode, elle aligna quelques photos : une d’elle et ses parents devant leur maison de campagne, une autre de son chat endormi sous un pommier.

Enfin, elle s’attaqua au dernier carton, celui qui contenait ses livres préférés. Elle les aligna avec soin sur l’étagère au-dessus de son lit, caressant la couverture de certains comme pour se rassurer. Lire l’aiderait sans doute à se sentir moins seule, au moins les premiers jours.

Lorsqu’elle eut terminé, elle recula pour observer son travail. L’appartement n’était plus un simple lieu étranger, il commençait à ressembler à un véritable chez-soi.

Un gargouillement brisa le silence. Elle se rendit compte qu’elle n’avait rien mangé depuis son arrivée. Jetant un coup d’œil à l’horloge murale, elle soupira : il était déjà tard, et elle n’avait pas la force de sortir explorer la ville ce soir. Elle ouvrit son sac et en sortit un petit paquet de biscuits que sa mère lui avait glissé à la dernière minute.

Assise sur son lit, une tasse de thé instantané entre les mains, elle laissa son regard errer vers la fenêtre. La vue donnait sur une rue animée où des gens continuaient à vaquer à leurs occupations malgré l’heure tardive.

Demain serait un nouveau défi.

Mais ce soir, elle pouvait savourer un moment de calme, seule avec ses pensées.

À suivre…

Chapitre 2— une rencontre très mouvementée

À midi, la cloche annonça la pause déjeuner, et un murmure collectif envahit la salle de classe alors que les élèves se levaient, récupéraient leurs affaires et se dirigeaient vers la sortie. Rosette attendit un moment avant de se lever à son tour, ne sachant pas trop où aller. L’idée de se retrouver seule, au milieu de tous ces étudiants qui semblaient déjà si à l’aise dans cet environnement, la mettait encore plus mal à l’aise. Elle observa les autres s’éclipser en petits groupes, leurs rires résonnant dans le couloir.

Soudain, une main se posa sur son épaule, la faisant sursauter. Elle se retourna brusquement pour tomber face à une jeune fille énergique, au sourire éclatant, qui la regardait avec une vivacité presque déconcertante. Elle avait des cheveux longs, d’un violet profond, attachés en deux queues de cheval hautes et rebondissantes. Elle portait une tenue décontractée mais stylée, avec un petit sac à dos qu’elle balançait d’un côté à l’autre, et ses yeux pétillaient d’une énergie débordante.

-Tu es nouvelle, non ?” demanda la fille, avec un ton à la fois curieux et enthousiaste. “Tu m’as l’air un peu perdue, tu veux que je t’accompagne à la cantine ?”

Rosette cligna des yeux, un peu surprise par l’approche directe de la jeune fille. “Euh… oui, je suis nouvelle, et je… je suppose que je n’ai pas vraiment d’endroit où aller,” répondit-elle d’une voix timide, se sentant un peu gênée par l’attitude si ouverte de cette inconnue.

La fille éclata de rire, comme si ce détail n’était rien. “Pas de souci ! Moi, c’est Orchidée. Bienvenue dans le chaos !” Elle fit un geste large, comme pour englober toute l’école. “Les gens sont un peu… euh… bruyants ici, mais on s’y fait.”

Rosette sourit faiblement, touchée par la gentillesse et l’enthousiasme d’Orchidée. C’était un contraste frappant avec sa propre personnalité calme et réservée. Orchidée, en revanche, semblait être une boule d’énergie, le genre de personne capable de faire sourire n’importe qui en un instant.

-Merci,” répondit Rosette, légèrement timide mais reconnaissante. “Je ne sais pas trop par où commencer. Je veux dire, je n’ai jamais été dans un lycée aussi grand et… bien, animé.”

Orchidée haussait les épaules avec un sourire malicieux. “Ah, je comprends. Saint-Célestin, c’est tout un univers. Mais t’inquiète, tu vas t’habituer.” Elle s’écarta légèrement pour laisser passer Rosette. “Allez, viens. La cantine n’est pas loin. On va prendre un plateau et tu verras, il y a toujours quelqu’un de sympa pour discuter.”

Rosette hocha la tête et suivit Orchidée à travers le couloir, observant le flux des élèves qui se dirigeaient tous vers la même direction. Orchidée avançait à une allure effervescente, tout en parlant sans s’arrêter une seconde. Rosette n’avait pas l’habitude d’être entourée par une personne aussi énergique, mais étrangement, cela lui était agréable. Elle ne savait pas si c’était le contraste avec son propre tempérament, ou si c’était simplement le charme naturel d’Orchidée, mais quelque chose dans sa façon de voir le monde semblait rassurante.

-Et sinon, tu viens d’où ? T’as des hobbies ? Ou des passions un peu particulières ?” demanda Orchidée en la regardant par-dessus son épaule, toujours en train de marcher d’un pas rapide.

Rosette se sentit un peu déconcertée par cette question rapide. D’habitude, elle n’avait pas à répondre à ce genre de question avec autant de spontanéité. Mais Orchidée ne lui laissait pas le temps de réfléchir trop longtemps.

-Je viens de… de loin,” répondit Rosette, après un instant de réflexion. “Je… j’aime lire, beaucoup. Et puis… je pense que j’aime aussi les sciences, mais je ne suis pas très douée pour en parler.” Elle rougit légèrement, gênée.

Orchidée écoutait attentivement, tout en continuant de marcher, ses yeux brillants d’intérêt. -Lire, hein ? Trop cool ! T’es plutôt genre livres classiques ou plutôt mangas et trucs de fiction ? Moi, je suis plus du genre à adorer les romans d’aventure et les trucs un peu fantastiques. Je te parie qu’on pourrait passer des heures à en discuter !”

Rosette ne put s’empêcher de sourire. “Je… j’aime un peu de tout. Ça dépend de mon humeur.”

Arrivées à la cantine, Orchidée guida Rosette vers le comptoir où les plateaux étaient prêts, chacun avec une sélection variée de plats. En marchant, Rosette remarqua que Orchidée ne s’était pas laissée déconcerter par le groupe de filles qui les observaient en ricanant. Il y avait quelque chose de rassurant chez elle, une confiance en soi qui semblait affirmer que tout allait bien se passer.

-Alors, pour le déjeuner,” commença Orchidée, avec un clin d’œil espiègle, “il y a deux options : soit tu manges avec moi et je te présente à tout le monde, soit tu choisis la table tranquille et tu te fais oublier pendant une heure.” Elle lui adressa un sourire large. “Et je te préviens, je vais probablement choisir l’option numéro un. Tu es avec moi ou pas ?”

Rosette hésita un instant, sentant un peu la pression de la situation. Mais il y avait quelque chose dans le regard d’Orchidée qui l’incitait à tenter l’aventure. Elle avait l’impression que c’était une occasion à ne pas laisser filer.

-Je… je vais essayer,” répondit-elle finalement, avec un sourire timide mais sincère.

Orchidée éclata de rire. “C’est ça l’esprit ! Allons-y alors !” Elle la guida vers une grande table au centre de la cantine, où plusieurs élèves étaient déjà installés. Rosette se sentait un peu nerveuse, mais elle savait que, grâce à Orchidée, cette nouvelle étape de sa journée allait probablement prendre un tournant beaucoup plus léger.

Au fond d’elle, elle se rendait compte qu’elle n’aurait jamais imaginé que son premier jour dans ce lycée serait marqué par une rencontre aussi inattendue. Et pourtant, elle se surprenait à apprécier chaque instant passé en compagnie de cette jeune fille, si différente d’elle.

Après un déjeuner animé, où Orchidée n’avait cessé de faire sourire Rosette avec ses anecdotes pleines de vie et ses blagues légères, les deux filles se levèrent de la table, prêtes à retourner en cours. Rosette se sentait un peu plus détendue, malgré les regards furtifs des autres élèves, qui avaient semblé la dévisager plus intensément lors de son arrivée. Mais à présent, en compagnie d’Orchidée, elle se sentait comme un peu plus normale, moins étrangère dans cet environnement qui lui semblait si grand et impersonnel au début.

-Alors, tu vois, ce n’était pas si terrible, non ?” lança Orchidée, en jetant un coup d’œil complice à Rosette alors qu’elles empruntaient le couloir pour retourner en classe. “Les gens sont cool ici, une fois qu’ils te connaissent un peu.”

Rosette acquiesça, un sourire timide sur les lèvres. “Oui, c’était bien. Tu m’as un peu aidée à… m’intégrer, je crois.”

Orchidée lui adressa un grand sourire. “C’est ça l’amitié, ma chère. T’inquiète pas, d’ici la fin de la semaine, tu vas avoir l’impression de faire partie du décor ici. Tu veux que je t’accompagne pour ta prochaine classe ?”

Rosette hésita un instant. “Euh, non, je pense que ça ira. Je… je veux un peu essayer de trouver ma place toute seule, tu sais.”

Orchidée la regarda un moment, puis hocha la tête, semblant comprendre. “Bien sûr, je respecte ça. Mais si tu as besoin de discuter ou si tu te sens seule, tu sais où me trouver !” Elle lui tapota l’épaule avec un geste amical. “Allez, bonne chance pour le reste de la journée !”

Rosette lui sourit, un peu plus confiante. “Merci encore, Orchidée. C’était vraiment sympa de déjeuner avec toi.”

Orchidée lui adressa un dernier clin d’œil avant de s’éclipser, disparaissant dans un groupe d’élèves qui se rendaient eux aussi en cours. Rosette se retrouva seule, face à la porte de la salle où le cours allait reprendre.

Elle prit une profonde inspiration, se répétant mentalement qu’elle devait se concentrer. Ce n’était que le début, et elle n’allait pas se laisser submerger par ses peurs. Après tout, elle avait fait une première amie. Peut-être que le lycée, avec toutes ses complexités et ses difficultés sociales, ne serait pas aussi insurmontable qu’elle l’avait cru.

Elle entra dans la salle, où Monsieur Lecours l’attendait déjà, debout près de son bureau. Il lui fit un signe de tête distrait, comme pour l’inviter à reprendre sa place sans même vraiment la remarquer. Rosette se dirigea vers son pupitre, s’assurant de bien poser ses affaires avant de s’installer confortablement.

Le professeur, qui semblait absorbé par ses notes, ne prêta pas plus d’attention à son retour que tout à l’heure. La classe avait repris son rythme, et bientôt, Rosette se retrouva plongée dans les leçons, les yeux fixés sur le tableau, tentant de ne pas laisser son esprit vagabonder.

Au fil des minutes, elle réalisa qu’elle commençait à se détendre un peu plus. Ses premières heures à Saint-Célestin n’avaient pas été aussi catastrophiques qu’elle l’avait imaginé. Bien sûr, elle n’était pas encore complètement à l’aise, mais elle se sentait un peu moins étrangère à tout cela. Les autres élèves étaient concentrés sur le cours, et elle pouvait enfin se perdre dans la matière. Les murmures de la classe étaient presque apaisants, comme un fond sonore lointain.

La journée se poursuivit avec son lot de découvertes. À chaque nouveau cours, Rosette se sentit un peu plus à sa place. Elle commençait à comprendre le fonctionnement de l’établissement et à se familiariser avec ses camarades. Tout n’était pas encore parfait, mais elle sentait que la dynamique était en train de changer.

En sortant de la classe pour le cours suivant, un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Saint-Célestin n’allait pas être aussi effrayant qu’elle l’avait cru. Et grâce à Orchidée, elle avait trouvé un petit coin de confort au milieu de cette mer d’inconnus.

La journée continuait, mais Rosette savait que ce premier jour était déjà un petit pas vers l’intégration. Et ça, c’était un bon début.

La fin de la journée arriva plus vite que Rosette ne l’aurait imaginé. Après des heures de cours, de nouveaux visages et quelques échanges avec ses camarades, elle se retrouva enfin dehors, dans le vent frais du soir. Elle sortit du lycée, sentant l’air de la ville lui frôler le visage. Grandisbourg était calme, presque paisible, avec ses rues bordées d’arbres et ses bâtiments aux façades élégantes. Le trajet de retour vers son appartement ne serait pas bien long, et cela lui offrit un peu de répit avant de retrouver son petit cocon.

En rentrant chez elle, Rosette sentit une certaine fatigue la gagner. La journée avait été intense, mais pas aussi difficile qu’elle l’avait redouté. Elle se rendit directement à sa chambre et s’assit sur le bord de son lit, un soupir s’échappant de ses lèvres. La pièce était simple, avec ses murs blancs et les livres bien rangés sur l’étagère. Elle se laissa tomber en arrière sur le matelas, les bras étendus de chaque côté, repensant à tout ce qui s’était passé aujourd’hui.

Orchidée… Elle est vraiment différente de moi, pensa Rosette en fermant les yeux un instant. Mais elle est gentille, elle m’a aidée plus que je ne l’aurais imaginé. Un sourire discret naquit sur ses lèvres à cette pensée. Orchidée, avec son énergie débordante, sa façon d’aborder le monde avec légèreté, avait été un rayon de soleil dans cette journée encore pleine d’incertitudes pour Rosette.

Elle repensa aussi à Monsieur Lecours et à la façon dont il l’avait accueillie, presque indifférent à son retard, mais cela n’avait pas eu la même lourdeur qu’elle aurait cru. Je vais m’adapter, se dit-elle, il faut juste du temps.

La fatigue commençait à l’envahir, mais avant de se laisser aller, elle se redressa et se dirigea vers son bureau. D’un geste automatique, elle prit son téléphone et régla l’alarme de son réveil. 6h00. Une heure précoce, mais nécessaire si elle voulait s’assurer de commencer sa journée du bon pied, avoir le temps de se préparer calmement et de prendre le petit déjeuner avant de partir.

Il va falloir que je sois plus organisée, pensa-t-elle, tout en fixant l’écran de son téléphone. Si je veux vraiment m’adapter ici, mieux vaut commencer dès maintenant à bien gérer mes matinées.

Elle posa son téléphone sur son bureau, jeta un dernier regard à la pièce et s’étira avant de se préparer pour le soir. Un bain chaud, un peu de lecture, et une soirée tranquille l’attendaient. Ce n’était pas encore parfait, mais elle savait qu’elle était sur le bon chemin. Le matin viendrait vite, et avec lui, une nouvelle journée à découvrir.

En se couchant, Rosette sentit une étrange sensation de calme l’envahir. Le premier jour avait été un défi, mais elle l’avait surmonté. Elle n’était peut-être pas encore complètement intégrée, mais elle avait trouvé des petites étapes de confort et des gens avec qui elle pouvait interagir. Tout allait bien se passer, se dit-elle alors qu’elle s’endormait.

La sonnerie du réveil à 6h00 serait le début d’une nouvelle étape, et Rosette était prête.

Chapitre 3: les murmures de saint-célestin

Après une matinée chargée de cours, Rosette sentit le besoin de s’éloigner un peu de l’agitation du lycée. Elle n’était pas encore tout à fait habituée à ce nouvel environnement, et même si Orchidée lui avait offert un peu de répit la veille, elle avait envie de s’accorder un moment de solitude pour réfléchir.

Lorsqu’elle sortit dans la cour, elle chercha un coin tranquille où s’asseoir. L’endroit était vaste, bordé de grands arbres qui projetaient de longues ombres sur le sol dallé. Quelques élèves traînaient par-ci par-là, discutant entre eux ou tapotant sur leur téléphone, mais Rosette trouva un banc isolé, légèrement à l’écart, près du grillage qui entourait le lycée. Elle s’y installa et laissa échapper un soupir, appréciant la brise légère qui caressait son visage.

Elle observa les bâtiments imposants de Saint-Célestin, avec leurs vieilles pierres et leurs hautes fenêtres. Il y avait quelque chose d’ancestral dans cette architecture, une aura qui semblait presque hors du temps. Rosette ne savait pas pourquoi, mais une étrange impression l’envahissait depuis son arrivée ici. Comme si cet endroit cachait quelque chose d’invisible, un secret qu’elle ne pouvait pas encore saisir.

Alors qu’elle était plongée dans ses pensées, elle entendit des pas lourds crisser sur le gravier derrière elle. Un frisson lui parcourut l’échine et elle se retourna lentement. Un homme massif, vêtu d’un uniforme de vigile bleu foncé, s’approchait d’elle. Il portait une casquette sombre qui dissimulait partiellement son visage, mais son regard perçant et son air grave ne laissaient aucun doute : il ne venait pas ici par hasard.

Rosette se redressa instinctivement, mal à l’aise sous son regard scrutateur. L’homme s’arrêta à quelques mètres d’elle, croisant les bras.

— Tu es nouvelle ici, pas vrai ? demanda-t-il d’une voix grave et rauque.

Rosette hocha lentement la tête.

— Oui… Je suis arrivée hier.

Le vigile la fixa un instant, comme s’il cherchait à sonder son âme. Puis, il jeta un regard furtif autour de lui, s’assurant qu’ils étaient seuls.

— Écoute-moi bien, gamine. Il baissa légèrement la voix, rendant son ton plus menaçant. Ce lycée… Ce n’est pas un endroit comme les autres. Tu devrais faire attention.

Rosette sentit son cœur rater un battement.

— Pardon ? demanda-t-elle, troublée.

L’homme s’approcha d’un pas, son ombre s’étendant sur le sol à ses pieds.

— Il y a des choses ici qui ne devraient pas exister. Il marqua une pause, comme s’il hésitait à en dire plus. Des choses que les élèves préfèrent ignorer. Mais toi… Il la regarda plus intensément. Tu ne devrais pas les ignorer.

Un frisson glacé parcourut le dos de Rosette. Elle déglutit difficilement.

— Je ne comprends pas… De quoi parlez-vous ?

Le vigile laissa échapper un soupir, jetant un nouveau coup d’œil aux alentours.

— Tu comprendras bien assez tôt. Mais retiens ça : si jamais quelque chose te semble étrange ici… si tu entends des bruits la nuit, si tu vois des choses qui n’ont pas lieu d’être… Il se pencha légèrement vers elle. Ne cherche pas à comprendre. Fais comme les autres et détourne le regard.

Le silence tomba brutalement entre eux. Rosette sentait son cœur battre plus vite. L’homme lui adressa un dernier regard appuyé, puis se redressa et recula lentement.

— Fais attention à toi, gamine.

Puis, sans un mot de plus, il tourna les talons et s’éloigna dans l’ombre des bâtiments, laissant Rosette seule avec un sentiment grandissant d’inquiétude.

Elle resta figée sur le banc, son esprit en ébullition. Qu’avait-il voulu dire ? Que pouvait bien cacher cet établissement prestigieux ?

Un coup de vent fit bruisser les feuilles des arbres autour d’elle, et pendant un instant, Rosette eut l’impression que l’air même autour d’elle frissonnait.

Saint-Célestin n’était peut-être pas juste un simple lycée.

Rosette resta assise sur le banc un long moment après le départ du vigile, les paroles de l’homme résonnant encore dans son esprit.

“Il y a des choses ici qui ne devraient pas exister.”

Ces mots lui donnaient froid dans le dos. Elle n’était pas du genre à croire aux légendes urbaines ou aux histoires de fantômes, mais quelque chose dans l’attitude du vigile l’avait troublée. Ce n’était pas juste une mise en garde anodine. Il parlait avec une certitude, une gravité qui ne laissait place ni à l’exagération ni à la plaisanterie.

Elle observa les alentours, cherchant quelque chose d’inhabituel, mais tout semblait normal. Des élèves riaient un peu plus loin, certains se dépêchaient de retourner en classe, d’autres traînaient encore dans la cour. Le ciel était clair, l’après-midi paisible. Tout était normal… en apparence.

Mais maintenant, Rosette ne pouvait plus s’empêcher d’observer les détails. Un vieux lampadaire au fond de la cour dont l’ampoule clignotait faiblement. Une ombre sous un arbre, dont elle était presque sûre qu’elle avait bougé légèrement, alors que rien n’aurait dû provoquer ce mouvement. Une sensation étrange, comme si un regard invisible pesait sur elle.

Elle secoua la tête, essayant de se reprendre.

“Arrête, Rosette. Tu te fais des films.”

Mais malgré elle, un sentiment d’inconfort s’était installé au creux de son ventre.

La sonnerie annonçant la reprise des cours retentit, la sortant de ses pensées. Elle se leva précipitamment, ramassant son sac avant de prendre la direction du bâtiment.

Alors qu’elle marchait dans le couloir en direction de sa salle de classe, elle croisa Orchidée, qui semblait de bonne humeur comme toujours.

— Tu étais passée où ? demanda-t-elle en se plaçant à ses côtés. Je t’ai cherchée après le déjeuner, mais t’avais disparu !

— Je voulais juste… être un peu seule, répondit Rosette avec un sourire léger, essayant de cacher son trouble.

Orchidée la dévisagea un instant avant de hausser les épaules.

— Ouais, je comprends. Mais fais gaffe, hein ! Ce lycée est tellement grand que tu pourrais te perdre et on te retrouverait que dans six mois dans un placard poussiéreux.

Elle avait dit ça en plaisantant, mais Rosette frissonna malgré elle.

— Tu as déjà ressenti quelque chose d’étrange, ici ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

Orchidée cligna des yeux, surprise.

— Étrange ? Comme quoi ?

Rosette hésita un instant. Elle n’avait pas envie d’avoir l’air paranoïaque, mais quelque chose lui disait que cette question méritait d’être posée.

— Je ne sais pas… comme une impression que… quelque chose cloche, dit-elle prudemment.

Orchidée sembla réfléchir un instant, puis haussa les épaules.

— Non, pas vraiment. Enfin, Saint-Célestin est un lycée un peu spécial, c’est sûr. Tout le monde dit qu’il est hyper ancien, qu’il y a eu des tas d’élèves célèbres qui sont passés ici, et qu’il y a même des passages secrets quelque part sous l’école. Mais bon, ce sont juste des rumeurs, non ?

Des passages secrets… Rosette n’y avait pas encore pensé, mais cela expliquerait certaines choses.

— Tu crois que c’est vrai ? demanda-t-elle en baissant la voix.

Orchidée éclata de rire.

— Tu t’intéresses aux mystères du lycée, maintenant ? Méfie-toi, y’en a qui disent que les curieux disparaissent…

Elle dit ça avec légèreté, mais Rosette sentit un frisson la parcourir.

— Très rassurant, marmonna-t-elle.

— Oh allez, ne fais pas cette tête ! Si ça se trouve, on est assises sur un trésor caché et on ne le sait même pas.

Elles arrivèrent devant leur salle de classe, et Orchidée poussa la porte avec enthousiasme.

— Allez, Sherlock, on a un cours de maths à suivre !

Rosette sourit légèrement et entra à sa suite. Mais même assise à son bureau, stylo en main, une part d’elle ne pouvait s’empêcher de penser à la mise en garde du vigile.

“Ne cherche pas à comprendre.”

Elle n’était pas certaine d’y arriver. Car maintenant, elle voulait comprendre.

Et c’était peut-être ça, le vrai danger.

L’après-midi passa lentement. Rosette avait beau essayer de se concentrer sur les cours, son esprit revenait sans cesse à la discussion avec le vigile. Plus elle y pensait, plus elle sentait qu’il ne s’agissait pas de simples racontars pour effrayer une nouvelle élève.

Alors que le professeur écrivait une série d’équations au tableau, Rosette jeta un coup d’œil par la fenêtre. Le ciel était devenu plus gris, et un vent léger faisait osciller les branches des arbres dans la cour. L’atmosphère semblait plus lourde que ce matin, comme si quelque chose planait dans l’air.

Un mouvement attira son regard.

Dans l’ombre d’un des bâtiments, près d’une des portes de service, une silhouette se tenait immobile. Elle était trop loin pour qu’elle puisse distinguer les détails, mais elle avait la sensation que cette personne la regardait.

Un frisson parcourut sa colonne vertébrale.

Elle cligna des yeux, et… plus rien.

La silhouette avait disparu.

— Mademoiselle Blooms ?

Rosette sursauta. Toute la classe la fixait. Le professeur la regardait, bras croisés, une expression sévère sur le visage.

— Peut-être aimeriez-vous nous éclairer sur la réponse à cette équation, puisque vous semblez absorbée par quelque chose d’encore plus passionnant ?

Quelques rires étouffés résonnèrent dans la salle. Rosette sentit la chaleur lui monter aux joues.

— D-Désolée… je…

Elle fixa le tableau en panique. L’équation semblait simple, mais son cerveau refusait de fonctionner.

— C’est… X égale 5 ? tenta-t-elle au hasard.

Le professeur la toisa un instant, puis poussa un soupir en secouant la tête.

— Ce sera un zéro pour votre participation, et j’espère que vous serez plus attentive à l’avenir.

Les ricanements fusèrent à nouveau. Rosette se tassa dans sa chaise, souhaitant disparaître.

Orchidée, assise à côté d’elle, lui donna un léger coup de coude.

— Eh bah alors, t’as vu un fantôme ou quoi ? chuchota-t-elle.

Rosette serra la mâchoire, mais ne répondit pas.

Peut-être bien…

reste de la journée se passa sans autre incident, mais Rosette resta sur ses gardes. Elle ne vit plus de silhouettes étranges et tenta de se persuader qu’elle avait rêvé. Pourtant, au fond d’elle, une part refusait d’accepter cette explication.

À la fin des cours, elle rangea ses affaires et sortit lentement de la salle. Orchidée lui lança un sourire.

— On rentre ensemble ?

Rosette hésita, puis secoua la tête.

— Pas ce soir. Je voulais… explorer un peu le lycée.

Orchidée haussa un sourcil.

— Explorer ? Depuis quand t’es une aventurière, toi ?

— J’ai juste envie de mieux connaître l’endroit.

— Si tu veux mon avis, tu risques juste de tomber sur des salles de classe vides et des couloirs qui sentent le renfermé. Mais bon, amuse-toi bien !

Elle lui adressa un clin d’œil avant de partir.

Rosette resta seule dans le couloir, son sac en bandoulière. Elle prit une inspiration et, au lieu de se diriger vers la sortie, elle tourna dans un couloir moins fréquenté.

Si cet endroit cachait un secret… elle comptait bien le découvrir.

Et elle ignorait encore à quel point cette décision allait changer sa vie.

Le lycée était bien plus silencieux une fois la majorité des élèves partis. Rosette marcha lentement dans les couloirs, ses pas résonnant sur le sol carrelé. Elle n’avait pas vraiment de plan, seulement cette intuition persistante qu’il y avait quelque chose à découvrir ici.

Elle longea une rangée de casiers, s’apprêtant à descendre un escalier qui menait au rez-de-chaussée, lorsqu’une voix glaciale retentit derrière elle :

— Tu fais quoi encore ici ?

Rosette sursauta et se retourna précipitamment.

Adossé contre le mur, les bras croisés, un garçon la fixait de ses yeux perçants. Il était grand, élancé, vêtu d’un uniforme impeccablement ajusté qui contrastait avec son air nonchalant. Ses cheveux noirs tombaient légèrement sur son front, et une aura indéfinissable, entre arrogance et mystère, émanait de lui.

Rosette le reconnut immédiatement. Tout le monde connaissait son nom, même après seulement une journée ici.

Alex pete collman.

Lui, le garçon que personne n’osait vraiment approcher. Il traînait toujours seul, parlait peu, et pourtant, il semblait tout voir, tout entendre.

Et à cet instant précis, il l’observait avec une intensité troublante.

— Je… Rosette hésita. Je voulais juste… explorer un peu.

Alex haussa un sourcil, avant de décroiser les bras et de s’avancer vers elle d’un pas lent.

— Explorer ? Son ton était moqueur, mais aussi étrangement grave. Tu n’as rien à faire ici à cette heure.

— Je suis encore dans l’enceinte du lycée, je ne fais rien de mal, répondit-elle, tentant de garder contenance.

Alex s’arrêta à quelques centimètres d’elle. Maintenant qu’il était plus proche, Rosette remarqua à quel point ses traits étaient marqués : une mâchoire ciselée, un regard presque trop intense, comme s’il pouvait lire en elle.

— Rentre chez toi.

Son ton était sec, autoritaire. Ce n’était pas une suggestion.

Rosette serra les poings.

— Pourquoi tu me dis ça ? Tu es préfet, ou quoi ?

Un sourire en coin effleura les lèvres d’Alex, mais ce n’était pas un sourire chaleureux.

— Crois-moi, tu ne veux pas traîner ici après les cours.

Cette phrase réveilla un écho en elle.

“Si jamais quelque chose te semble étrange ici… détourne le regard.”

Le vigile lui avait dit ça, et maintenant Alex… Lui aussi semblait vouloir qu’elle parte.

— Est-ce que ça a un rapport avec… quelque chose que je ne devrais pas voir ? osa-t-elle demander.

Les yeux d’Alex s’assombrirent. Pendant un instant, Rosette crut qu’il allait répondre, mais il se contenta de soupirer avant de détourner le regard.

— Ne pose pas de questions. Rentre chez toi, maintenant.

Il la contourna, puis continua son chemin comme si elle n’existait plus.

Rosette resta figée un instant, le cœur battant.

Elle ignorait pourquoi, mais elle savait une chose : cet Alex savait quelque chose.

Et il semblait prêt à tout pour qu’elle n’apprenne jamais ce que c’était.

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