Pneuma n’était pas comme les autres dieux. Là où les puissants régnaient en maîtres sur les royaumes, où les déesses et dieux de la guerre ou de l'amour s’attiraient les regards de tous, il était une ombre discrète, à peine perceptible parmi la multitude. Dieu des Esprits, il était celui que personne ne remarquait. Ni craint, ni adoré, il se glissait entre les pensées humaines, invisible et silencieux, agissant dans l’oubli.
Les autres dieux avaient leurs passions, leurs rivalités, leurs jeux de pouvoir. Mais lui, il n’avait jamais été intéressé par cela. Son royaume était ailleurs, loin des intrigues divines et des éclats de lumière. Pneuma n'avait rien de la grandeur des autres immortels, et il n’en ressentait aucune tristesse. Son seul désir, son unique souhait, était de vivre dans la tranquillité. Loin de la guerre, loin des conflits, loin des attentes des autres. Il ne souhaitait qu'une chose : être là, sans perturber l'équilibre, sans chercher à briller. Il était satisfait de cette existence silencieuse.
Il passait ses journées à veiller sur les esprits égarés, à guider les pensées perdues, à écouter des souvenirs qui ne demandaient qu’à être oubliés. Les humains l’ignoraient, tout comme les autres dieux. Pour lui, c'était parfait. Dans le grand ballet cosmique, il n'était qu'un souffle, un murmure dans le vent, une brume qui se dissipe à l’aube.
Mais tout cela allait changer.
Pneuma n’était pas du genre à s’inquiéter de ce qui ne le concernait pas, et pourtant, il y avait des présages. Des murmures. Des vibrations dans l’air céleste qui effleuraient son esprit avec une intensité qu’il ne pouvait ignorer. Quelque chose était sur le point de se produire. Ce n'était qu’une intuition, un frisson dans ses veines, mais il le ressentait profondément. Un changement approchait.
Il y avait deux âmes perdues, deux êtres en quête d'un sens qu’ils ne comprenaient pas encore. Une histoire qui s'écrirait dans les ténèbres, là où les destins se croisent sans le savoir. Les esprits des humains, ces âmes errantes, étaient attirées par cette collision inévitable.
L’une de ces âmes avait quitté le monde des mortels, un amour brisé et une promesse abandonnée. L’autre, un dieu déchu, délaissé et oublié, cherchant désespérément à fuir sa propre responsabilité. Ni l'un ni l'autre ne cherchaient la rencontre, mais le destin les forcerait à se croiser. Dans un monde où les émotions se mêlaient et où les esprits se tournaient en spirale, leur rencontre serait inévitable.
Pneuma, en tant que Dieu des Esprits, n’aurait pas pu y échapper, même s’il l’avait voulu. Le vent portait déjà leur nom dans l’éther, un nom qui s’entrelacerait bientôt à la sienne. Il ne le savait pas encore, mais il jouerait un rôle dans l’histoire à venir. Un rôle qu’il n’avait pas prévu.
Les esprits le savaient. Les murmures se faisaient plus forts, plus insistants, comme si l'univers entier l'invitait à sortir de l'ombre. Le vent divin soufflait, annonçant un bouleversement à venir.
Les âmes perdues, liées par le destin, se rencontreraient. Et dans leur sillage, tout changerait.
C’était une histoire de lumière et d’obscurité, de faiblesses humaines et de puissances divines. Et même s'il ignorait encore son rôle dans cette histoire, Pneuma savait une chose : il n’était plus seul dans son oubli.
Ce qui allait arriver ne pouvait plus être évité. Un souffle d'amour. Une rencontre divine. Le calme avant la tempête.
Pneuma vivait dans l’ombre des autres dieux. Tandis que les divinités se disputaient la gloire, les amours et les trônes, il s’était retiré dans les profondeurs silencieuses de son domaine. Dieu des Esprits, il se contentait de ses tâches, sans jamais chercher à se faire remarquer. Les autres immortels le considéraient comme une anomalie, une existence trop proche de l’humanité pour être appréciée dans leurs cercles divins. Il était un demi-dieu, un hybride étrange, dont l’essence était marquée par un côté humain que les dieux dédaignaient. Le mélange de sa nature divine et de ses racines humaines en faisait une créature indésirable, et ses pouvoirs, aussi puissants soient-ils, ne suffisaient pas à combler ce fossé entre lui et les autres.
Les immortels n'aimaient pas les demi-dieux. Ils les redoutaient presque, parce qu'ils rappelaient une vérité qu'ils préféraient ignorer : que derrière l'éclat des pouvoirs divins se cachaient des imperfections, des faiblesses, des souvenirs d’une existence mortelle. Pneuma savait cela mieux que quiconque. C’est pourquoi il avait appris, très jeune, à ne pas s’impliquer. À rester à l’écart. Il n’avait jamais cherché la compagnie des autres dieux et n’en avait jamais ressenti le besoin.
La solitude était sa compagne fidèle, et c’était peut-être ce qu’il aimait le plus dans sa condition. Dans le calme de ses pensées, il trouvait une forme de paix. Son devoir de Dieu était une constante, un rempart contre le tumulte des émotions et des relations humaines. Observer les âmes et les esprits, les guider à travers leurs tourments, était tout ce qu’il désirait. Ces pensées qui s’éteignaient dans l’oubli, ces esprits errants qu’il apaisait, il les connaissait mieux que quiconque. C'était son domaine, son royaume silencieux, où il régnait sans la lourde présence des autres divinités. Il se suffisait à lui-même. Le reste, il l’avait banni de son esprit.
Sa famille, quant à elle, n’était pas une source de réconfort. Pneuma n’avait pas de relations familiales harmonieuses. Il avait été un enfant abandonné dans l’entre-deux, un produit de l’union entre un dieu et une humaine. Son père, un dieu obscur qu’il ne connaissait que de nom, l’avait laissé dans l’ombre des autres, indifférent à son sort. Sa mère, humaine, l’avait élevé dans une maison pleine de colère et de rejet. Elle n’avait jamais accepté la nature divine de son fils, ni la différence qui existait entre eux. Leur relation était chaotique, faite de silences lourds et de reproches silencieux. Il n’y avait jamais eu d’amour, juste une existence partagée par obligation. Pneuma avait vite appris à se replier sur lui-même. L’abandon était son seul héritage. Et dans la solitude, il avait trouvé une forme de réconfort.
Le seul lien qu’il avait jamais entretenu était avec son devoir. Ses fonctions divines. Cela, il l’aimait. Le sentiment de guider les âmes perdues, d’éclairer les pensées égarées, de donner un sens aux tourments invisibles des mortels. C’était sa raison d’être. Cela suffisait à son cœur, si un cœur, d’ailleurs, battait encore dans sa poitrine. Le monde des dieux, avec ses intrigues et ses conflits, n’était qu’une scène de théâtre qu’il n’avait jamais voulu rejoindre. Il était là, parmi eux, mais étranger à tout.
Et puis, ce matin-là, tout changea.
Un message arriva à lui. Il n’était pas rare que des appels divins atteignent son oreille, mais celui-ci avait quelque chose de particulier. Une convocation. Une simple note qui émergea dans l’air, une brume légère portée par les vents célestes. Le parchemin se déroula devant ses yeux comme un présage funeste. Zeus. Le nom de l’Olympe. Le dieu des dieux.
La convocation semblait anodine. La signature du grand Zeus ne pouvait signifier qu’une seule chose : une demande, une mission, une obligation. Pneuma n’avait pas de place dans ce monde de drames et de complots, et pourtant, cette demande le déséquilibrait. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ?
Pneuma fronça les sourcils et tenta de rationnaliser la situation, bien que la logique fût une compagne qu’il ne possédait que rarement. Il s’assit dans sa petite alcôve, une pièce enveloppée de brume et de lumière tamisée, où il passait ses journées à manipuler les esprits et à jouer avec les flux invisibles du monde. Il se mit à réfléchir, cherchant à comprendre la raison de cette convocation.
Peut-être qu’une âme égarée avait provoqué une perturbation, quelque chose qui nécessitait sa présence. Cela ne le dérangerait pas. Ce n’était que son rôle, après tout. Mais alors… pourquoi Zeus ? Et pourquoi maintenant ? La situation avait quelque chose de… personnel. L’idée d’être convoqué par Zeus, de se retrouver sous le regard de l’Olympe, lui déplaisait profondément. Pneuma n’était pas le genre à aimer la lumière des projecteurs. Il était le dieu des recoins obscurs, des zones invisibles. Il préférait rester dans l’ombre des choses, là où il était utile sans être vu. Mais une convocation de Zeus… Cela ne se refusait pas.
Il se laissa envahir par des pensées absurdes, une spirale d’hypothèses farfelues. Peut-être que Zeus voulait lui demander de purifier l’âme d’un mortel particulièrement perturbé. Ou alors, l’un des autres dieux avait besoin de son aide pour résoudre un conflit spirituel entre les royaumes divins et humains. Ou encore, il était victime d’une farce divine – un test, peut-être, ou un piège monté par l’un de ses anciens rivaux parmi les autres dieux.
Et puis il y avait cette idée absurde qui se forma dans son esprit. Peut-être que Zeus, dans un élan de grande bonté, avait enfin décidé de lui offrir une place parmi les autres divinités. Peut-être qu’il avait enfin vu quelque chose en lui que les autres n’avaient pas perçu, une qualité divine qui méritait une reconnaissance. Mais, alors, pourquoi la convocation était-elle si… brusque ? La rumeur circulait que Zeus était souvent capricieux, qu’il n’hésitait pas à rappeler ses sujets pour de petites raisons, pour des motifs dérisoires. Si c’était le cas, Pneuma n’avait aucune envie de se retrouver une fois de plus au cœur des manœuvres impitoyables du roi des dieux.
L’incertitude grandissait en lui, jusqu’à ce qu’il se lève, résigné. Quoi qu’il en soit, il n’avait pas le choix. L’appel avait été lancé, et le Dieu des Esprits devait y répondre. Il prit une profonde inspiration, son esprit se concentrant sur la convocation qu’il venait de recevoir. À contrecœur, il se dirigea vers l’Autel des Anciens, un lieu sacré où se tenaient les appels divins. Là, une réponse devait être donnée, une entrée dans le monde d’Olympe.
Et dans le fond de son cœur, une question persistait. Pourquoi moi ?
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