Hazel
Il n’avait pas bougé depuis que la porte s’était refermée derrière lui.
Le trottoir était vide. Le ciel, chargé. Il allait pleuvoir. Ça collait bien à l’ambiance.
Hazel leva les yeux vers la façade du restaurant. Lumières tamisées. Rideau tiré. Comme le cœur de cet oméga impossible.
Il revoyait son regard. Tranchant. Presque cruel. Mais derrière cette froideur, il avait senti un tremblement. Une peur. Et, peut-être… un appel.
Hazel avait appris à reconnaître les gens qui fuient parce qu’ils ne veulent pas être blessés. Enzo en faisait partie.
Il n’était pas dur. Il était terrifié.
Hazel passa une main sur sa nuque, soupira.
Il ne savait pas à quoi il jouait exactement. Il ne voulait pas sauver Enzo. Il n’était pas là pour réparer quoi que ce soit. Mais il n’avait jamais ressenti ça — cette envie instinctive de rester. De voir jusqu’où il pouvait aller.
Et pourtant… une part de lui doutait.
Est-ce que je vais finir par me brûler ?
Est-ce que je ne suis pas en train de vouloir trop, trop vite ?
Il ferma les yeux. Inspira lentement.
Puis il sourit, presque imperceptiblement.
« Tu veux des limites ? Très bien. Mais je vais rester juste là… au bord. Jusqu’à ce que tu ouvres. »
Une fissure dans l’armure:
Enzo
Le lendemain, Enzo avait essayé de reprendre son rythme habituel. Service du midi, réunions, gestion des stocks… Tout était chronométré, ordonné, maîtrisé. Comme toujours.
Mais à chaque moment de creux, Hazel lui revenait en tête. Sa voix. Son regard. La façon dont il ne s’était pas énervé la veille, malgré les barrières qu’Enzo avait dressées.
Et cette phrase…
« Ne me rejette pas juste parce que tu as peur. »
Elle tournait en boucle dans son esprit. Ça l’agaçait. Ça le troublait. Et pire, ça le touchait.
Enzo avait passé l’après-midi à se persuader qu’il n’y penserait plus. Qu’il n’avait qu’à ignorer Hazel jusqu’à ce qu’il se lasse. Ça avait toujours fonctionné avec les autres. Ça fonctionnerait encore.
Mais quand le service du soir commença et que la clochette de la porte tinta, Enzo sentit son cœur se serrer.
Hazel était là.
Encore.
Cette fois, il s’était installé dans un coin de la salle, loin du comptoir. Silencieux. Presque invisible. Il n’avait même pas cherché à croiser son regard.
Enzo fronça les sourcils.
Il est sérieux ? Il croit que je vais venir le voir ?
Et pourtant… au fil des minutes, son irritation s’effaça.
Il n’y avait aucune provocation dans l’attitude de Hazel. Pas de défi. Pas de demande. Juste… une présence.
À la fin du service, Enzo ne put s’empêcher de s’approcher, sous le prétexte de débarrasser la table.
Hazel leva les yeux, doucement.
« Salut. »
Simple. Direct. Sans pression.
Et pour la première fois depuis longtemps, Enzo répondit sans réfléchir.
« Tu restes tard. »
Hazel sourit. « C’est calme ici. J’aime bien. »
Un silence. Enzo se surprit à hocher la tête, presque imperceptiblement. Il posa les assiettes dans son plateau, mais au lieu de partir, il resta figé.
Puis, d’une voix plus basse qu’il ne l’aurait voulu, il lâcha :
« Si tu veux un café, je peux en faire. »
Les mots l’avaient dépassé. Et il vit dans le regard de Hazel une lueur qui lui donna envie de reculer. Mais c’était trop tard. Hazel répondit calmement :
« J’accepte. Merci. »
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